Les cinq dirigeants qui ont le moins bien géré la COVID-19 dans leur pays

La pandémie n’est pas terminée, mais ces dirigeants sont déjà entrés dans l’histoire pour avoir échoué à combattre efficacement la COVID-19. Des universitaires expliquent pourquoi.

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko, sans masque, visite un hôpital pour les patients atteints de la COVID-19, à Minsk, le 27 novembre 2020. (Crédit : Andrei Stasevich / TASS / Getty Images)

La COVID-19 est extrêmement difficile à endiguer, et les dirigeants politiques ne représentent qu’une partie de l’équation lorsqu’il s’agit de gérer cette pandémie.

Mais certains leaders mondiaux, actuels ou sortants, ont fait peu d’efforts pour combattre les flambées de coronavirus dans leur pays, que ce soit en minimisant la gravité de la pandémie, en faisant fi de la science ou en négligeant les gestes sanitaires essentiels comme la distanciation sociale et le port du masque. Tous les hommes figurant sur cette liste ont commis au moins une de ces erreurs, et certains les ont toutes faites — avec des conséquences funestes.

Narendra Modi, premier ministre de l’Inde

par Sumit Ganguly, Université de l’Indiana

L’Inde est l’épicentre actuel de la pandémie mondiale, ayant enregistré au mois de mai quelque 400 000 nouveaux cas par jour. Cette statistique, aussi terrible soit-elle, ne rend pas compte de l’horreur qui se déroule dans le pays. Les patients atteints du virus de la COVID meurent dans les hôpitaux parce que les médecins n’ont pas d’oxygène ni de médicaments comme le remdésivir à leur offrir. Les malades sont refoulés dans les cliniques, faute de lits disponibles.

De nombreux Indiens accusent un homme d’être responsable de la tragédie au pays : le premier ministre Narendra Modi. En janvier 2021, Modi a déclaré lors d’un forum mondial que l’Inde avait « sauvé l’humanité… en contenant efficacement le coronavirus ». En mars, son ministre de la Santé a proclamé que la pandémie tirait à sa fin. Dans les faits, la COVID gagnait en intensité en Inde et dans le monde entier — mais son gouvernement n’a rien fait pour parer à d’éventuelles résurgences des cas, comme l’émergence d’un variant plus mortel et plus contagieux.

Alors même que d’importantes zones du pays n’avaient pas totalement supprimé le virus, Modi et d’autres membres de son parti ont organisé des rassemblements de campagne en plein air avant les élections d’avril. Peu de participants portaient des masques. Modi a également autorisé la tenue, de janvier à mars, d’un festival religieux qui attire des millions de personnes. Les responsables de la santé publique pensent aujourd’hui que ce festival a pu être un événement super-propagateur et qu’il s’agit d’une « énorme erreur ».

Alors que Modi vantait ses succès l’année dernière, l’Inde — le plus grand fabricant de vaccins au monde — a envoyé plus de 10 millions de doses à des pays voisins. Pourtant, seulement 1,9 % des 1,3 milliard d’habitants de l’Inde avaient été entièrement vaccinés contre la COVID au début du mois de mai.

Modi et Bolsonaro se serrent la main
Le premier ministre de l’Inde, Narendra Modi, et le président du Brésil, Jair Bolsonaro, sont tous deux accusés d’avoir mal géré l’épidémie de COVID-19 dans leur pays. (Crédit : Pavel Golovin / AFP)

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Jair Bolsonaro, président du Brésil

par Elize Massard da Fonseca, Fundação Getulio Vargas et Scott L. Greer, Université du Michigan

Le président du Brésil, Jair Bolsonaro, ne s’est pas contenté de ne pas réagir à la COVID — qu’il qualifie de « petite grippe » —, il a activement aggravé la crise au Brésil.

Bolsonaro a usé de ses pouvoirs constitutionnels pour s’immiscer dans les affaires administratives du ministère de la Santé, telles que les protocoles cliniques, la divulgation des données et l’achat de vaccins. Il a mis son veto à des textes de loi qui auraient, par exemple, rendu obligatoire le port du masque dans les lieux religieux et indemnisé les professionnels de la santé ayant subi un préjudice permanent du fait de la pandémie. Il a également sapé les efforts du gouvernement pour encourager la distanciation sociale et a signé un décret permettant à de nombreux commerces de rester ouverts en tant qu’« essentiels », notamment les spas et les salles de sport. Bolsonaro a aussi fait la promotion intensive de médicaments non éprouvés, entre autres l’hydroxychloroquine, pour traiter les patients atteints de la COVID.

Bolsonaro a utilisé son poste de président pour influencer le débat autour de la crise du coronavirus, créant un faux dilemme entre la catastrophe économique et la distanciation sociale et déformant la science. Il a rendu les gouvernements des États brésiliens, la Chine et l’Organisation mondiale de la santé responsables de la crise de la COVID et n’a jamais assumé la responsabilité de la gestion de l’épidémie dans son propre pays.

En décembre, Bolsonaro a affirmé qu’il ne recevrait pas le vaccin, en raison de ses effets secondaires. « Si vous vous transformez en crocodile, c’est votre problème », a-t-il déclaré.

La mauvaise gestion de la pandémie par Bolsonaro a créé des conflits au sein de son gouvernement. Le Brésil a vu défiler quatre ministres de la Santé en moins d’un an. Les flambées épidémiques non maîtrisées au Brésil ont donné naissance à plusieurs nouvelles souches du coronavirus, dont le variant P.1, qui semble plus contagieux. Le taux de transmission de la COVID au Brésil commence enfin à baisser, mais la situation reste préoccupante.

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Alexandre Loukachenko, président du Bélarus

par Elizabeth J. King et Scott L. Greer, Université du Michigan

De nombreux pays dans le monde ont affronté la COVID avec des politiques tragiquement défaillantes. Cependant, selon nous, les pires dirigeants face à cette pandémie sont ceux qui ont choisi le déni total plutôt que l’action inefficace.

Alexandre Loukachenko, dirigeant autoritaire de longue date du Bélarus, n’a jamais reconnu la menace de la COVID. Au début de la pandémie, alors que d’autres pays imposaient des règles de confinement, Loukachenko n’a mis en œuvre aucune mesure sanitaire pour empêcher la propagation du virus.

Il a plutôt affirmé que le virus pouvait être évité en buvant de la vodka, en allant au sauna et en travaillant dans les champs. Cette négation de la crise sanitaire a pratiquement laissé aux individus et aux campagnes de financement participatif le fardeau des mesures préventives et de l’aide.

Au cours de l’été 2020, Loukachenko a déclaré qu’il avait reçu un diagnostic de COVID mais qu’il était asymptomatique, ce qui lui a permis de continuer à prétexter que le virus n’était pas une menace sérieuse. Le fait d’avoir prétendument déjoué la maladie et d’avoir visité des hôpitaux voués à la COVID sans masque a également consolidé l’image d’homme fort qu’il souhaitait donner.

Le Bélarus vient de commencer sa campagne de vaccination, mais M. Loukachenko affirme qu’il ne se fera pas vacciner. Actuellement, moins de 3 % des Bélarusses ont reçu au moins une dose.

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Donald Trump, président des États-Unis

par Dorothy Chin, Université de Californie à Los Angeles

Trump n’est plus en fonction, mais sa mauvaise gestion de la pandémie continuera longtemps d’avoir des conséquences dévastatrices sur les États-Unis — en particulier sur la santé et le bien-être des minorités.

Trump face à une foule
Donald Trump lors d’un rassemblement de campagne, le 17 octobre 2020 à Muskegon, Michigan, après s’être remis de la COVID-19. (Crédit : Rey Del Rio / Getty Images)

Le déni précoce de la pandémie par Trump, son leadership incohérent ainsi que la désinformation constante sur le port du masque et les traitements ont nui au pays dans son ensemble — mais le résultat a été bien pire pour certains groupes que pour d’autres. Les communautés de couleur ont souffert d’un nombre disproportionné de contaminations et de décès. Bien que les Afro-Américains et les Latinos ne représentent que 31 % de la population américaine, par exemple, ils comptent pour plus de 55 % des cas de COVID. Les membres des communautés amérindiennes ont été hospitalisés 3,5 fois plus et ont connu un taux de mortalité 2,4 fois supérieur à celui des Blancs.

Les taux de chômage sont également disproportionnés. Au plus fort de la pandémie aux États-Unis, ils ont grimpé à 17,6 % pour les Latino-Américains, 16,8 % pour les Afro-Américains et 15 % pour les Américains d’origine asiatique, contre 12,4 % pour les Américains blancs.

Ces écarts considérables ont amplifié les inégalités existantes telles que la pauvreté, la précarité du logement et la qualité de l’enseignement — et continueront probablement à le faire pendant un certain temps. Par exemple, alors que l’économie américaine dans son ensemble montre des signes de reprise, les groupes minoritaires n’ont pas fait de progrès équivalents.

Enfin, le fait que Trump ait imputé à la Chine l’origine de la COVID — accolant au virus des épithètes raciales comme « kung flu » — a immédiatement été suivi d’une multiplication par près de deux des attaques contre les Américains d’origine asiatique et les insulaires du Pacifique au cours de l’année écoulée. Cette tendance inquiétante ne montre aucun signe d’atténuation.

L’administration Trump a encouragé dès le début la mise au point d’un vaccin par les États-Unis, une réalisation dont peu de dirigeants mondiaux peuvent se prévaloir. Mais la désinformation et la rhétorique antiscientifique qu’il a diffusées continuent d’obstruer le chemin vers la sortie de la pandémie aux États-Unis. Les derniers sondages indiquent que 24 % de tous les Américains et 41 % des républicains disent qu’ils ne se feront pas vacciner.

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Andrés Manuel López Obrador, président du Mexique

par Salvador Vázquez del Mercado, Centro de Investigación y Docencia Económicas (Centre de recherche et de documentation économiques)

Avec 9,2 % de patients atteints de la COVID qui succombent à la maladie, le Mexique détient le taux de mortalité le plus élevé au monde. Des estimations récentes montrent que la pandémie y a fait près de 617 000 morts, soit autant qu’aux États-Unis et en Inde, deux pays dont la population est pourtant beaucoup plus importante.

Une combinaison de facteurs a contribué aux flambées épidémiques galopantes et prolongées de COVID au Mexique. L’un d’eux est le manque de leadership national.

Tout au long de la pandémie, le président Andrés Manuel López Obrador a cherché à minimiser la gravité de la situation au Mexique. Au début, il a résisté aux appels à décréter un confinement national et a continué à organiser des rassemblements dans tout le pays avant de finir, le 23 mars 2020, par fermer le Mexique, qui est resté sur pause pendant deux mois. Il a fréquemment refusé de porter un masque.

Le président mexicain s’exprime sur une scène avec une petite foule de représentants du gouvernement assis à proximité
Andrés Manuel López Obrador, sans masque, annonce un verrouillage national le 23 mars 2020, après avoir encouragé pendant des semaines les Mexicains à poursuivre leurs activités habituelles. (Crédit : Adrián Monroy / Medios y Media / Getty Images)

Ayant hérité d’une multitude de services de santé sous-financés lors de son arrivée au pouvoir en 2018, López Obrador n’a que très peu augmenté les dépenses liées à la santé pendant la pandémie. Selon les experts, les budgets des hôpitaux sont insuffisants par rapport à l’énormité de la tâche qui leur incombe.

Avant même que la pandémie n’éclate, la politique d’austérité budgétaire extrême de López Obrador — en place depuis 2018 — avait rendu la lutte contre la crise sanitaire beaucoup plus difficile en limitant considérablement l’aide financière liée à la COVID offerte aux citoyens et aux entreprises. Cela a, dans la foulée, aggravé l’importante crise économique causée par la pandémie, alimentant la nécessité de maintenir l’économie ouverte toute l’année dernière, en bonne partie pendant la féroce deuxième vague hivernale, dont le Mexique commence à peine à se relever.

Avec comme résultat une autre fermeture devenue inévitable : celle de décembre 2020.

Aujourd’hui, le port du masque a gagné en popularité et le Mexique a entièrement vacciné 10 % de sa population, contre moins de 1 % au Guatemala voisin. La situation s’améliore, mais le chemin de la guérison sera long pour le Mexique.La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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Il s’agit en fait de la liste des dirigeants qui ont le mieux géré la pandémie. Merci de votre désinformation L’Actualité!! (sarcasme).