Les «ingénieures» aux pieds nus

Ces femmes vivent dans des endroits isolés, dépourvus d’électricité. Elles sont pauvres et illettrées. Sans avenir ? Pas du tout ! Elles ont au contraire un pouvoir qui vaut de l’or : celui de mettre en place un système d’énergie solaire dans leur village. Et d’être rémunérées par leur collectivité pour le faire.

photo : Barefoot College
photo : Barefoot College

Ce sont les «ingénieures» aux pieds nus, comme les appellent ceux qui les forment, au collège Barefoot, situé à Tilonia, dans l’État du Rajasthan, en Inde. Au terme d’une formation pratique de six mois, financée notamment par l’ONU et l’État indien, ces femmes retournent chez elles en sachant assembler et installer des panneaux et des lanternes solaires, de même que des brûleurs pour cuisiner, qui se rechargent durant la journée. Au revoir kérosène, charbon de bois, piles et bougies… 

Depuis 1984, 223 femmes ont suivi ce cours technique de «génie» express en Inde. De retour dans leur contrée, elles forment à leur tour d’autres recrues. Car ces femmes viennent de partout : majoritairement de l’Inde et de l’Afrique, mais aussi de l’Asie, du Moyen-Orient, de l’Amérique du Sud et de la Russie. C’est ainsi qu’un total de 760 kW d’énergie solaire se répartissent aujourd’hui dans 20 pays, 753 villages et 20 000 maisons, changeant des vies et évitant 4,5 millions de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre!

Mais pourquoi surtout des «ingénieures» aux pieds nus? «Nous ne formons plus les hommes, parce qu’ils sont un mauvais investissement, dit Bunker Roy, fondateur du collège. Ils ne veulent qu’un diplôme, pour aussitôt partir travailler en ville.» Or, le savoir solaire doit rester dans les villages… car c’est là qu’il fait noir!