Les leçons de L’Isle-Verte

Quand un drame comme celui de L’Isle-Verte survient, il est normal de se poser des questions sur l’efficacité des mesures de prévention. Mais il faut garder la tête froide, dit la blogueuse Valérie Borde.

Alors qu’on recherche encore les dépouilles des victimes de l’incendie de la résidence de personnes âgées de L’Isle-Verte, de nombreuses personnes se demandent si on a tout fait pour protéger ses résidents du risque de feu.

Aurait-il fallu installer des gicleurs même dans la partie la plus ancienne de la résidence ? Faire des exercices de feu la nuit pour simuler les conditions réelles ? Engager plus de personnel pour la surveillance nocturne ?

Toutes ces questions, les spécialistes de la prévention des incendies se les sont déjà posées il y a plusieurs années.

Elles sont notamment abordées dans le plan de sécurité incendie que les propriétaires de résidences privées pour personnes âgées doivent produire depuis 2007, au Québec, pour obtenir leur permis d’exploitation après approbation par l’agence régionale de santé et des services sociaux.

Par exemple, on a jugé que même si la majorité des incendies qui font des victimes se déroulent la nuit, les exercices de feu nocturnes sont trop dangereux pour les résidents qui pourraient se blesser même en l’absence de feu. On demande donc qu’ils soient menés de jour, mais avec le nombre minimum de personnes affectées à la surveillance, ce qui correspond généralement au personnel de nuit.

Quand un drame comme celui de L’Isle-Verte survient, il est normal de se poser des questions sur l’efficacité des mesures de prévention.

Mais il faut garder la tête froide, car plus on accroît les exigences de sécurité (qui ne réduiront jamais à zéro le risque d’accident), plus loger dans ces résidences va coûter cher, et plus on risque d’en diminuer l’accessibilité, comme l’a évoqué le ministre de la santé Réjean Hébert.

Or, aujourd’hui, les personnes âgées qui vivent en résidence sont déjà probablement bien mieux protégées contre le risque d’incendie que celles qui vivent chez elles ou avec leurs enfants.

Ce drame devrait donc surtout inciter les Québécois à se pencher sur leurs propres moyens de prévention contre le feu et ceux de leurs proches âgés.

Depuis qu’on compile des statistiques sur le nombre de victimes d’incendies, on sait que les aînés sont les moins aptes à survivre à ces accidents.

Chez les 65 ans et plus, le taux de décès par incendie d’un domicile est trois fois plus élevé que dans le reste de la population adulte, ce qui s’explique par plusieurs raisons (voyez ce document de la US Fire Administration en pdf, ainsi que ses références), dont :

– Les difficultés cognitives et de mobilité ;

– La prise de plusieurs médicaments qui peuvent présenter des effets secondaires importants (par exemple, rendre le réveil nocturne beaucoup plus difficile) ;

– Le moins bon pronostic après des brûlures majeures.

Avec le vieillissement de la population, on devra donc se montrer de plus en plus prudent face au feu.

Selon les statistiques de la sécurité publique (pdf), en 2011, 7 319 incendies dans des bâtiments ont été répertoriés au Québec, dont 72 % se sont produits dans des résidences.

La bonne nouvelle, c’est que la tendance est à la baisse : on est passé de 120 incendies de domiciles par 100 000 habitants en 2000 à 91 en 2011. Les mesures de prévention semblent porter fruit.

Malgré tout, plus du tiers (37 %) des maisons ou appartements qui ont pris feu en 2011 n’avait pas d’avertisseurs de fumée. Et lorsque le feu s’est déclaré, 29 % des avertisseurs de fumée n’ont pas fonctionné.

Parmi les bâtiments qui ont brûlé en 2011, 7 % étaient équipés de gicleurs. Dans 65 % des cas, ces équipements n’ont pas fonctionné.

On peut sans doute faire mieux !

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Y’a des détecteurs partout aujourd’hui. Sauf que les locataires, surtout les fumeurs, les débranchent.
C’est ce que je soupçonne à l’Isle Verte
Le vieux monsieur fumait en cachette et lorsque l’intervenant est arrivé dans sa chambre, le feu était poigné ben dur. Signe que le feu était poigné depuis plusieurs minutes et que le détecteur n’a pas sonné alors qu’il aurait du sonner depuis le tout début du feu.
Bref, c’est un problème de fumeur et de délinquance. Rien à voir avec les gicleurs.
Cette histoire me fait penser aux armes.
La gauche veut controler la vente. La droite ramene la question à un problème de santé mentale.

Vous dites que les personnes âgées sont probablement mieux protégées dans une résidence pour personnes âgées que dans un domicile privé. Cela semble une simple opinion qu’il serait intéressant de vérifier plus scientifiquement. Personnellement, j’ai des doutes, lorsque rien ne peut ralentir le feu et que 2 personnes doivent évacuer plus de 50 pensionnaires peu mobiles, peu habillées et qu’il fait -30 dehors… Et il semble que cette situation puisse se répéter bien ailleurs qu’à l’Isle Verte.

Je suis bien d’accord qu’il ne faut pas paniquer, que le risque zéro n’existera pas, mais il faut peut-être assumer le fait que si nous ne voulons pas prendre soin de nos personnes âgées à la maison, nous devons au minimum accepter de payer pour qu’elles soient soignées dans des lieux sécuritaires. Et il apparaît assez clairement, maintenant, que la résidence de l’Isle Verte, même bien gérée et respectueuse des normes, n’était pas un lieu sécuritaire.

Je suis toujours sidéré quand je lis qu’on n’offrira pas tout ce qu’il faut pour la sécurité et le bien être des gens, parce que «ça coûterait trop cher«, que ce soit pour des enfants ou des vieillards…peu importe.

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