Les leçons de science des Simpson

À chacune de leurs aventures, la famille Simpson et les autres habitants de la petite ville de Springfield se comportent exactement à l’opposé de tout ce que la science et la raison devraient leur dicter en de semblables circonstances. Mais la satire est à ce point documentée que la célèbre série TV série constituerait un très bon moyen de comprendre les grands enjeux scientifiques de notre époque et de décoder les arguments qu’utilisent tous ceux que la science dérange pour des raisons idéologiques, religieuses, politiques ou mercantiles.

C’est en substance le message du livre «les Simpson et la science», du chercheur et vulgarisateur italien Marco Malaspina, paru l’automne dernier en français. Je ne suis pas particulièrement fan de cette série à succès. Mais après avoir dévoré d’une traite ce bouquin, j’avoue avoir hâte d’en regarder quelques épisodes !

Dans les Simpson, tout ce qui a trait à la science est irrémédiablement corrompu, souillé, mis à mal de manière caricaturale. Là où la série fait fort, explique Marco Malaspina, c’est qu’elle met en scène des arguments anti-scientifiques calqués sur ceux que l’on entend «dans la vraie vie».

Les incidents nucléaires presque habituels mais cachés par les autorités, les médecins plus intéressés par l’argent que par la guérison de leurs malades, le syndrome du «pas dans ma cour » pour la gestion des ordures ménagères, le marketing de la malbouffe, les suppléments alimentaires douteux, le créationnisme, les tentatives pour intéresser les jeunes à la science, le Ritalin, la marijuana sous ordonnance, les investissements dans la recherche spatiale… il n’est guère de sujets en lien avec la science que n’abordent pas les Simpson. Seule la pauvre Lisa, l’intello de la famille, appporte un contre-point scientifique aux arguments foireux des autres personnages, mais souvent au prix d’un terrible isolement social.

D’après Marco Malaspina, la série entretient un rapport très étroit avec la science. D’abord, on compte un nombre incroyablement élevé de gens formés en science parmi les auteurs des Simpson. Plusieurs sont des diplômés des prestigieuses universités de Harvard, Berkeley, Princeton et  Yale  en mathématiques, physique, informatique théorique, chimie inorganique, biochimie…  Les Simpson ont d’ailleurs fait l’objet de plusieurs articles dans des revues scientifiques comme Nature, Seed, Physics World, Science News. Même le  Journal de l’Association médicale canadienne a publié un texte (pdf ici, en anglais) sur ce que l’attitude des deux médecins de Springfiels révèle des contraintes actuelles de la pratique médicale ! La série regorge en outre de clins d’oeil à la science: le bébé qui forme E=mc2 avec ses cubes, le prof qui inscrit au tableau une équation qui, en apparence seulement, réfute le célèbre théorème de Fermat, Lisa qui lit Scientific American­…

La série compte aussi parmi ses «guest-stars» plusieurs scientifiques qui ont prêté leur voix à des caricatures d’eux-mêmes, comme l’astrophysicien Stephen Hawking et le défunt biologiste de génie Stephen Jay Gould, tout en acceptant que leurs personnages aient un comportement assez ignoble (Hawking fait jaillir un gant de boxe de son fauteuil roulant pour frapper Skinner avant de piquer sa bière à Homer, alors que Gould apparait comme un vieux renard un peu cupide, bedonnant et prêt à trahir la pauvre Lisa). D’après Hawking, les Simpson est la série la plus intelligente diffusée à la télévision (regardez-le l’expliquer ici)

Marco Malespina rapporte de nombreux extraits de dialogues qu’il met en parallèle avec des documents réels comme le rapport d’analyse de la catastrophe de Tchernobyl. Il raconte aussi certaines des émissions TV dont les Simpson sont friands, telle que cette vidéo «éducative» passée à l’école, où l’on voit Darwin embrasser lascivement Satan.

Le dernier mot à l’auteur de ce livre que je vous recommande chaudement:

La série Les Simpson n’expose pas le contenu de la science comme peuvent le faire un documentaire, une conférence, un livre ou une visite au musée, certes ; mais elle enseigne une chose autrement plus fondamentale, et beaucoup plus difficile à transmettre : observer la réalité de manière scientifique. Cette attitude, composée de rigueur et de curiosité, est parfaitement incarnée par Lisa. Mais elle est aussi faite de passion, comme l’enseigne Marge. D’irrévérence, telle est la leçon de Bart. Enfin, surtout, de cette indépendance de pensée dont Lisa est le modèle incontestable. Et le fait que cette dernière capacité soit considérée comme un signe de révolte est à la fois ironique et alarmant.

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Je n’ai jamais tellement écouté les Simpson, mais je me rends compte maintenant que la seule introduction de la série raconte tout ce que vous dites dans votre texte Mme Valérie.