Les maladies inflammatoires de l’intestin en hausse chez les enfants

Depuis plus d’une décennie, le nombre de nouveaux cas de maladie de Crohn et de colites ulcéreuses augmente annuellement chez les enfants, qui sont atteints de plus en plus jeunes. Notre mode de vie serait à blâmer.

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«Au CHU Sainte-Justine, qui collige annuellement dans un registre tous les nouveaux cas de maladie de Crohn et de colites ulcéreuses, on est passé de 80 cas en 2009 à 132 cas en 2020 », mentionne le Dr Prévost Jantchou, chercheur clinicien en gastroentérologie pédiatrique au CHU Sainte-Justine. Ce sont les deux principales formes des maladies inflammatoires de l’intestin (MII). Elles sont causées par un système immunitaire déréglé ou « hyperactif » qui déclenche une réponse inflammatoire démesurée face à des bactéries « amies » qui se trouvent dans notre tube digestif et nos intestins. L’inflammation chronique provoque alors la destruction des muqueuses et la formation d’ulcères, de fissures, de crevasses et de lésions. S’ensuivent des symptômes comme des maux de ventre, du sang dans les selles, des vomissements, de la fatigue et de la diarrhée.

À l’Hôpital de Montréal pour enfants, on ne tient pas de statistiques sur ces diagnostics, mais les médecins ont également remarqué une hausse notable de nouveaux cas chaque année, selon la Dre Laurence Chapuy, gastroentérologue pédiatrique à cet établissement.

En 2018, plus de 7 000 Canadiens de moins de 18 ans vivaient avec une MII. Ils étaient deux fois moins nombreux il y a 15 ans, d’après le plus récent rapport de l’organisme Crohn et Colite Canada.

Alors qu’elles se déclarent habituellement à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, soit entre 15 et 30 ans, les MII sont de plus en plus souvent diagnostiquées chez les jeunes enfants.

« La moitié des nouveaux cas juvéniles touchent les enfants de 11 à 16 ans, signale le Dr Jantchou. Un quart de ces maladies sont diagnostiquées chez les moins de 11 ans et l’autre quart chez les plus de 16 ans. »

Cette situation inquiète les médecins, car les MII augmentent les risques de contracter une autre maladie auto-immune — comme la maladie cœliaque, le psoriasis ou le diabète de type 1 — au cours de la vie, ainsi qu’un cancer colorectal à l’âge adulte. Il faut savoir que les MII ne se guérissent pas ; elles se traitent à l’aide de médicaments que les patients doivent prendre toute leur vie.

Plus on contracte une MII jeune, plus il y a de risques de complications à l’âge adulte, comme des opérations pour enlever le côlon dans le cas d’une colite ulcéreuse ou une partie ou la totalité de l’intestin dans le cas de la maladie de Crohn. Cela étant dit, les traitements ont beaucoup évolué depuis 10 ans. « Notre arsenal thérapeutique — médicaments, approche alimentaire — est beaucoup plus grand et on arrive à éviter les opérations répétées », note la Dre Chapuy.

Génétique et habitudes de vie

Différentes études ont établi que plus de 200 mutations génétiques prédisposent à contracter une MII. Ces mutations peuvent être héréditaires. Ainsi, un enfant risque davantage de souffrir d’une MII si l’un de ses parents en est atteint. « Les antécédents familiaux représenteraient de 10 % à 20 % des cas », précise le Dr Prévost Jantchou.

Cependant, « la présence d’une ou de plusieurs de ces mutations ne veut pas dire que la personne va automatiquement souffrir d’une MII. Il faut un déclencheur pour que la maladie apparaisse », explique la Dre Laurence Chapuy.

Notre façon de vivre et de manger tout comme notre environnement peuvent déclencher une MII en déstabilisant et en modifiant notre microbiote, poursuit la gastroentérologue.

Par exemple, la prise d’antibiotiques de façon répétée pendant les trois premières années de vie peut détruire les bactéries qui assurent la santé intestinale. « Une bonne manière de se protéger des infections durant l’enfance est de privilégier l’allaitement le plus longtemps possible et de suivre le calendrier de vaccination recommandé par le gouvernement », fait valoir le Dr Jantchou.

Une alimentation pauvre en fibres, mais riche en gras, en protéines animales et en produits transformés augmente également le risque de souffrir d’une MII. « Il faut privilégier les aliments riches en graines et en fibres, comme le pain brun, les fruits et les légumes », conseille la Dre Chapuy.

La thèse hygiénique est aussi avancée pour expliquer la hausse des MII chez les enfants. « Moins un enfant est exposé aux microbes, moins son système immunitaire apprend à différencier les bonnes bactéries des mauvaises », poursuit celle qui est également spécialisée en immunologie. Plusieurs études montrent d’ailleurs que les petits citadins sont plus touchés par les MII que les petits campagnards : en ville, les enfants ont moins de contacts avec les animaux de la ferme, ils font moins de jeux à l’extérieur et dans la terre, moins d’activité physique. « La sédentarité prédispose aussi aux MII », ajoute le Dr Jantchou.

Enfin, le plus faible ensoleillement des contrées nordiques semble être un facteur de risque. « On pense que la vitamine D, que nous procure notamment le soleil, aurait un rôle protecteur, souligne le chercheur de Sainte-Justine. Nous menons actuellement des essais cliniques dans sept centres hospitaliers du Canada pour vérifier si c’est le cas. »

Quels symptômes surveiller chez votre enfant ?

Le Dr Jantchou est formel : il est important de dépister rapidement les MII pour les traiter le plus tôt possible. « La prise en charge est plus difficile quand le diagnostic est tardif », note le spécialiste.

Il conseille aux parents de rester alertes à la présence de sang dans les selles, aux diarrhées, aux maux de ventre et aux vomissements répétés, à la fatigue, à la fièvre, à la perte de poids et à l’arrêt de croissance.

« N’hésitez pas à consulter si ces symptômes persistent », dit-il. Un médecin vérifiera alors par des prises de sang et des tests de selles s’il y a présence de marqueurs d’inflammation dans le corps. Si c’est le cas, il poussera l’investigation en prescrivant une échographie pour voir l’état de la paroi extérieure de l’intestin, puis, éventuellement, une endoscopie pour examiner l’intérieur du tube digestif, de l’intestin, du côlon et de l’anus.

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