Les médias et le bacon qui tue

Si rapporter tout croche des nouvelles scientifiques donnait le cancer, ce serait l’hécatombe dans le monde des médias.

Photo: Unsplash/Pixabay
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Sante_et_scienceAlors que je prenais une pause charcuterie entre mon deuxième et mon troisième hamburger, la nouvelle est tombée: la consommation de viandes rouges et transformées augmente les risques de développer le cancer colorectal. Ou, comme disait le titre de l’article que j’ai vu passer sur Facebook: «Le BACON va te donner LE CANCER!!!1!!*!»

Ne manquait plus que ça.

Après avoir pris une bouchée de mon saucisson, je me suis soudainement arrêté en me demandant: «Coudonc, est-ce que je vais m’empoisonner en mangeant de la viande gonflée aux hormones, ou en mangeant de la viande qui donne le cancer?»

J’ai remis le prosciutto sur le comptoir. Découragé.

J’ai laissé tomber mon sandwich au jambon. Oublié mon projet de manger un steak sur le barbecue. Et je suis parti à l’épicerie pour acheter quelques conserves de lentilles. Ridicule. Crispant.

Les médias étaient sans équivoque: j’allais mourir d’un cancer du tournedos causé par une tranche de pancetta, et la seule chose à faire était d’en apprécier chaque bouchée comme si c’était la dernière, parce que ce l’était probablement.

Puis, j’ai pensé… Si le vin rouge est bon contre le cancer, est-ce je pourrais contrecarrer mon steak avec une sauce au vin? Et si je marinais mon bacon dans le curcuma? Et si… Et si… Et si je mangeais un steak de docteur Béliveau? Non, là, j’allais trop loin.

Mais comprenez mon trouble: déjà qu’on ne peut plus tranquillement respirer de l’amiante en se faisant bronzer aux rayons X, quels plaisirs reste-t-il à un simple épicurien comme moi?

Ricardo n’avait plus qu’à rebaptiser son «spécial gars», plein de viande et de bacon, le spécial «On va tous mourir».

«Adieu, monde cruel!» que je lançai, la bouche pleine d’un savoureux et dangereux sandwich à la viande fumée.

C’est alors que j’ai entendu cette entrevue avec Yves Gingras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences à l’UQAM, à l’émission Le 15-18. Il y expliquait assez clairement ce qu’il en est:

«Le problème, dans les journaux, c’est que l’on rapporte des probabilités relatives. Dire que le risque de cancer est augmenté de 18 %, ça ne veut rien dire, car on ne connaît pas le risque absolu. Tout ce que l’on sait, c’est que la probabilité augmente dans certaines conditions.

«Ces conditions reviennent à manger deux hotdogs par jour, tous les jours de votre vie. C’est à ce moment que si vous aviez une chance sur 100 d’avoir le cancer, ce chiffre passe à 1,18 %.»

Ouin. Je ne suis pas médecin, mais je dirais que si votre alimentation comprend deux hotdogs chaque jour, plusieurs maladies risquent de vous rattraper avant le cancer. Sans parler de la perte du désir de vivre engendrée par le fait de manger la même chose quotidiennement.

Quant à tous ceux qui ont annoncé que le saucisson était «aussi dangereux que l’amiante ou le tabac», ils étaient dans le champ. Les deux produits sont dans la même catégorie, celle des agents «cancérogènes pour l’homme», sans plus. De la même façon, le chaton et le tigre sont tous deux des félins, mais si le Zoo de Granby avait un enclos de chatons, je ne suis pas sûr qu’on serait autant impressionnés.

Ce n’est pas la première fois qu’on vit une telle situation. Si rapporter tout croche des nouvelles scientifiques donnait le cancer, ce serait l’hécatombe dans le monde des médias. Les journalistes sont parfois très poches pour parler de science. Surtout s’ils doivent travailler rapidement.

La viande est-elle aussi dangereuse que l’ont prétendu différents articles? Je vais éviter d’être un de ces journalistes poches et laisser mes collègues Valérie Borde et Alain Vadeboncoeur (ou bien ces deux textes) répondre à la question. Je peux cependant affirmer avec certitude que l’alimentation, c’est compliqué. Je le sais: je rate tous mes gâteaux.

Alors si un article prétend vous expliquer les liens entre un groupe d’aliments et le cancer, tels que découverts en analysant plus de 800 études, et qu’il le fait en moins de trois paragraphes, il se peut qu’il manque quelques informations essentielles. Méfiez-vous.

Et, cher Internet, j’en profite pour te rappeler que, de toute façon, manger une livre de bacon chaque matin, ça n’a JAMAIS été santé. Cancer ou pas. Tu sembles l’oublier, parfois.

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Ça tombe bien, j’ai une question qui me chicote depuis que les allégations/accusations sont sortie sur les charcuteries. Surtout concernant les produits maisons, artisanale et industriels. Je ne sais pas si je peux avoir une réponse ici mais essayons-nous quand même!

Est-ce que toutes les charcuteries sont à mettre dans le même panier quand il est question de la notion cancérigène? Y’a t’il des techniques ou des produits employés disons au niveau industriel qui fait que ceux là sont plus apte à être nocif qu’un produit plus artisanal?

On peut s’entendre que la liste d’ingrédient sur du bacon commercial style « Maple Leaf » est beaucoup plus longue que chez un boucher qui le fait lui même. Donc si le produit contient moins de produit finissant en « ate » et « ite » (comme les nitrates/nitrites et autres produits de ce genre) serait à pointer plus que la charcuterie en particulier (comme c’est le cas avec les produits qui sont parlé dans le reportage ici)? Est-ce que ma viande fumé moi-même à la maison est aussi dommageable pour ma santé que les bâtons de viande emballé sous vide dans les dépanneurs? Est-ce que du proscuito est aussi pire que du baloney? Dois-t’on comparer les saucissons Grelots et Bâtons à des vulgaires saucisses à hotdog question cancer/charcuterie?

Ce serait bien d’amener des distinctions dans tous ça pour être plus apte à continué de manger des produits de ce genre sans prendre un risque (ou même un risque calculé).

moins il y a de transformation et de produits ajoutés, mieux c’est. et en plus chez le boucher local, tu as réponse directe à tes questions sur ses procédés donc voyez ce que lui même vous répondra?

Voici ma philosophie de vie hérité d’un vieux dicton zen « Mange quand tu as faim, boit quand tu as soif et tu sera heureux jusqu’à ta mort. » Et depuis ce temps je suis heureux en mangeant quand j’ai faim (je mange modérément de la viande) et je bois quand j’ai soif (le vin inclus). Mon père faisait sensiblement la même chose et il ne se souciait pas de ce qu’il mangeait. Et il est mort heureux de sa belle mort à 94 ans.

Clissss que j t aime comme journaliste, la vérité c est ce que les autres ont de la misère à dire !!!!! Mais ça leur prend des titres « Vendeur » et inquiète la population pour rien

Ils faut aller au-dela des gros titres et ecouter des spécialistes tel le docteur Vadeboncoeur !

Les titres « halloween » au quotidien viennent à enlever toute crédibilité au journalisme. La peur aussi tue. Et toujours miser sur les « émotions » pour titrer un article scientifique est aussi dommageable que le message à passer.
Quelqu’un le dit bien, la modération en tout est notre plus grand allié. Que cette modération s’applique à l’hygiène, le travail, l’alimentation, le sport, la conduite automobile etc… Pourquoi aujourd’hui avons-nous tant besoin de vivre l’extrême!!! Je me pose cette question à tous les jours quand j’ouvre les nouvelles… tout est extrême. Bravo pour la modération de vos propos. Et mangeons de tout modérément… avant qu’à force de nous mettre « aux graines » notre corps en vienne à refuser toutes autres aliments.

Ah! Comme j’ai ri!! Et comme ça fait du bien de désamorcer nos « terreurs » alimentaires, négligemment entretenues pas des journalistes trop pressés. Je serai désormais beaucoup plus zen en savourant mon p’tit bacon du dimanche matin.

« Si rapporter tout croche… »

C’est pas un peu »tout croche comme formulation » venant d’un journaliste…