Les moustaches de Movember défrisent

Les dons ont chuté de 42 millions en 2012 à 23 millions en 2014, puis à 14 millions en 2015. C’est encore substantiel, mais le mouvement semble s’essouffler.

moustache-large

Depuis deux ans, les moustaches se font plus rares au Canada.

Alors que la campagne Movember s’est terminée la semaine dernière, les dons ont chuté de 42 millions en 2012 à 23 millions en 2014, puis à 14 millions en 2015. C’est encore substantiel, mais le mouvement semble s’essouffler.

Cette «publicité ambulante et animée pour la santé masculine» a pourtant connu ses heures de gloire.

Créé en 2003 par deux Australiens, Travis Garone et Luke Slattery, Australiens de l’année en 2010, le mouvement est rapidement devenu international… et très fructueux dans sa recherche de fonds.

Si, en 2003, seuls 30 hommes avaient accepté de participer, pour finalement récolter… zéro dollar, la suite allait être plus fructueuse.

Des réserves sur le dépistage

J’avais moi-même des réserves sur le mouvement, ayant l’impression que Movember se concentrait un peu trop sur la promotion du dépistage du cancer de la prostate, un sujet controversé, comme je l’ai déjà écrit. Mais au fil des ans, le message a évolué.

Sur le site de la fondation Movember, on ne retrouve pas vraiment de propositions touchant le dépistage. Tout au plus mentionne-t-on que les hommes doivent prendre «certaines mesures» et consulter leur médecin.

Il faut savoir que les autorités de dépistage américaines et canadiennes ne recommandent plus le dépistage du cancer de la prostate par dosage de l’APS et par toucher rectal. La principale raison est que cela ne change pas la mentalité à long terme.

Plus que le cancer de la prostate

Movember parle maintenant de santé masculine et recueille dorénavant des fonds pour plusieurs problèmes touchant la santé des hommes. La fondation est donc le pendant masculin des organismes se consacrant à la santé de la femme – notamment au cancer du sein.

Trois autres thèmes sont apparus au fil des ans: le cancer testiculaire, la mauvaise santé mentale et l’inactivité physique.

Bien que ces derniers problèmes ne soient pas exclusivement masculins, la fondation Movember souhaite «un changement constructif au profit de la santé masculine en insistant sur la sensibilisation et l’éducation des hommes toute l’année».

Il s’agit donc d’un «organisme de bienfaisance mondiale qui veut que les hommes vivent plus longtemps, plus heureux et en meilleure santé».

Des hommes qui, apparemment, négligeraient leur santé. La fameuse négation, qu’on retrouve par exemple en cardiologie, lorsque des hommes hésitent à consulter, malgré des symptômes évidents d’angine ou d’infarctus.

En 12 ans, le mouvement est passé de ces 30 participants australiens… à plus de 5 millions de participants dans le monde. Il compte maintenant sur plusieurs millions de Mo Bros moustachus, mais aussi sur les Mo Sistas, qui recueillent des fonds bien qu’elles n’arborent pas la moustache.

Au Canada, les Mo Bros et les Mo Sistas ont recueilli des dizaines de millions de dollars au fil des ans. De ce total, 83 % sont alloués directement aux programmes de santé masculine, l’administration étant donc tout à fait raisonnable. Plus de 1 000 programmes visant l’amélioration de la santé masculine ont ainsi été appuyés financièrement.

À l’échelle mondiale, c’est plus de 677 millions qui ont été amassés depuis 2003 pour des programmes, d’abord surtout centrés sur le cancer de la prostate.

Le cancer de la prostate

C’est le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les hommes au Canada. On parle de plus d’un million de cas actuellement.

Cette année, 24 000 hommes recevront le diagnostic, près du quart (24 %) des nouveaux cas de cancers chez l’homme, et 4 100 hommes en mourront, soit 10 % de la mortalité de tous les cancers.

La fondation Movember vise donc à:

  • développer, par la recherche, les connaissances sur le cancer de la prostate;
  • aider à améliorer la vie des hommes atteints du cancer de la prostate, du diagnostic au rétablissement;
  • accroître la sensibilisation au cancer de la prostate tout en s’assurant qu’il demeure une priorité publique;
  • éduquer les hommes afin qu’ils «reconnaissent les moments où ils doivent prendre des mesures et lesquelles ils doivent prendre».

L’un des objectifs de la filiale canadienne est de réduire les variations de traitements entre les provinces. L’analyse des données montre que le cancer est traité très différemment d’une province à l’autre, la fondation s’étant donné pour but de financer les programmes qui permettront d’aplanir ces différences.

Cancer testiculaire

Le cancer du testicule s’est ajouté comme priorité des campagnes Movember. C’est le cancer le plus courant chez les hommes de 15 à 29 ans.

Bonne nouvelle, contrairement au cancer de la prostate, son taux de guérison est très élevé: 95 % des cancers du testicule sont en effet amenés à guérison. C’est parce que le traitement a beaucoup évolué depuis quelques décennies.

On vise à sensibiliser les jeunes hommes à cette réalité, bien qu’il n’existe aucune méthode de dépistage standardisée ayant fait ses preuves.

Mauvaise santé mentale

La santé mentale est la troisième priorité de la fondation. C’est important, quand on sait que 11 % des hommes vivront une dépression au cours de leur vie.

Rappelons que les trois quarts des suicides sont malheureusement accomplis par des hommes.

On se donne comme objectif de favoriser le dépistage et de «faire parler» les hommes avant qu’il soit trop tard. C’est tout à fait louable.

Le défi MOVE

Alors qu’au Canada un homme sur quatre se conforme à la recommandation de réaliser 150 minutes d’exercice par semaine et que l’exercice est un puissant déterminant de la santé, on ne peut qu’appuyer les principes du programme MOVE. Durant tout le mois de novembre, il cherchait à pousser les hommes à faire 30 minutes d’exercice par jour.

Différentes activités convenaient pour relever le défi: la marche rapide pour se rendre au travail, les jeux, les balades à vélo — bref, toute activité correspondant à un exercice modéré.

À suivre en 2016

Movember a connu beaucoup de succès au Canada, comme ailleurs dans le monde.

Mais peut-être que le message, aujourd’hui moins ciblé, attire moins de participants et donc de donateurs, en passant du thème du cancer de la prostate à celui de la «santé de l’homme», qui reste un peu vague.

Reste à voir si la fondation Movember réussira à multiplier les moustaches en novembre 2016.

Laisser un commentaire

Intéressant, merci. En tout cas, à l’ire l’article, ça m’a donné envie de m’y intéressé encore plus.

Sujet très intéressant. Il était temps qu’un organisme fasse la promotion de la santé des hommes.

Une belle perle s’est glissée dans le paragraphe suivant. Il faudrait lire mortalité à la place de mentalité… Parce que si le toucher rectal change la mentalité à long terme, c’est sûr qu’il faut y remédier! :-))

«Il faut savoir que les autorités de dépistage américaines et canadiennes ne recommandent plus le dépistage du cancer de la prostate par dosage de l’APS et par toucher rectal. La principale raison est que cela ne change pas la mentalité à long terme.»