Les petits pas du vaccin universel contre la grippe

Les médias rapportent que des chercheurs de l’Université de Chicago pensent avoir trouvé un moyen de produire un vaccin efficace contre de nombreuses souches de grippe.

Ils auraient découvert le Graal en la matière, nous dit-on. Pourtant, le vaccin universel est encore loin d’être à nos portes!

Dans les dernières années, motivées par la menace d’une pandémie, de nombreuses équipes de recherche dans le monde se sont lancées sur la piste d’un vaccin qu’on n’aurait pas à réinventer tous les ans. Le virus de la grippe a en effet la particularité de se réassortir rapidement pour donner naissance à des souches plus ou moins nouvelles.

L’idée, c’est de trouver une constante dans toutes ces sortes de virus que le système immunitaire pourrait reconnaître une bonne fois pour toutes, tout comme il le fait pour la rougeole ou la polio.

Jusqu’à présent, des chercheurs ont repéré, dans la séquence de protéines qui constituent le virus de la grippe, des petites parties qui semblent identiques quelque soit la souche. Reste à trouver un moyen de les atteindre, puis à le tester chez des animaux puis des humains. Un long chemin semé d’embûches, sur lequel on n’a pas fini de se casser des dents.

L’étude publiée par Patrick Wilson, de l’Université de Chicago, dans le Journal of Experimental Medicine, confirme que le système immunitaire peut théoriquement combattre plusieurs souches de grippe.

Le chercheur et son équipe ont analysé la réponse immunitaire de neuf jeunes adultes ayant contracté la grippe pandémique A(H1N1) et isolé 86 anticorps que ces personnes avaient secrété au cours de leur maladie.

Ils ont ensuite mis ces anticorps en présence de toutes les souches H1N1 de la grippe des dix dernières années, en plus de la souche de la pandémie de 1918 et d’une souche de grippe H5N1. En laboratoire, cinq de ces anticorps se sont révélés capable de détruire tous ces virus .

Depuis 2008, plusieurs essais cliniques de phase 1 ont déjà commencé sur des vaccins capables en théorie de cibler plus d’une souche, notamment ceux des compagnies de biotechnologies VaxInnate et Dynavax.

En juillet dernier, des chercheurs du National Institute of Allergy and Infectious Diseases ont aussi annoncé avoir réussi à immuniser des souris et des furets contre plusieurs souches de grippe.

Mais il faudra encore des années de recherche pour que ces essais aboutissent éventuellement.

Évidemment, un vaccin universel serait très souhaitable, puisqu’il permettrait en théorie de mieux protéger la population mondiale contre la grippe et de diminuer drastiquement les coûts de vaccination.

Mais soyons réalistes. Il est fort possible que les vaccins issus de ces recherches ne fonctionnent que sur certains types de souches et/ou avec une efficacité limitée  et/ou qu’ils soient inabordables et/ou que les grandes firmes pharmaceutiques ne le jugent pas rentables…

Attendons un peu avant de crier victoire!

Laisser un commentaire

Vous avez raison, ne crions pas victoire trop vite. Le vivant a plus d’un tour dans son sac pour se sortir du coin où on pensait l’avoir peinturé pour de bon. Heureusement d’ailleurs, sinon la vie serait inexistante sur cette planète.

Il est primordial, pour toute personne qui se dit scientifique, et qui s’intéresse au sujet des vaccins contre la grippe, de prendre en compte des données de la collaboration Cochrane, qui a fait des revues systématiques de la littérature sur les vaccins contre la grippe, pour plusieurs groupes de populations. Pour ce qui est des adultes en santé, vous pouvez accéder au rapport en question à cette page : http://www2.cochrane.org/reviews/en/ab001269.html

Pour ceux qui ne connaissent pas Cochrane, ni ne connaissent le terme evidence-based medicine, et bien en gros il s’agit de la littérature scientifique qui privilégie les études expérimentales randomisées, qui elles seules peuvent apporter une preuve d’un lien de cause à effet. On accorde une valeur moins importante aux études épidémiologiques, ou corrélationnelles, car ces études nous apportent une preuve d’un lien corélationnel, et non un lien de cause à effet.

Il faut savoir au départ que la plupart du temps, les revues Cochrane ont pour conclusion qu’il n’existe pas assez de preuve pour appuyer à peu près tout. Car leurs critères sont difficiles à rejoindre, puisque le genre de recherches privilégiées, les études expérimentales randomisées, demandent énormément de financement.
IL ne faut pas conclure que, parce que Cochrane affirme qu’il n’existe pas de preuve dans la littérature scientifique existante d’efficacité d’un produit X dans la prévention d’une maladie Y, que cela veut dire qu’il existe une preuve de sa non efficacité. Grosse nuance à faire et qui demande d’avoir un peu de caboche.

En revanche, lorsque Cochrane affirme qu’il existe une preuve de quelque chose, vous pouvez être certain à 99.99999% que la preuve est bel et bien réelle. Ce ne sont pas des dieux, et personne n’est au dessus de tout soupçon, mais Cochrane est reconnu à juste titre comme étant un des groupes les plus indépendants, intègres et rigoureux dans le domaine de la evidence-based medicine.

Lisez bien ceci : ce rapport de Cochrane affirme QU’IL EXISTE DES PREUVES DE MANIPULATIONS DE DONNÉES. Je cite : « The review showed that reliable evidence on influenza vaccines is thin but there is evidence of widespread manipulation of conclusions and spurious notoriety of the studies. »

Ce rapport n’est pas très reluisant pour l’efficacité des vaccins contre la grippe : aucune preuve existante d’un effet pour la prévention des complications. Zéro. La prévention est très modeste et comprend seulement les symptômes de la grippe, et non les complications.

Il faut comprendre aussi que bien que ce rapport affirme que les preuves des effets secondaires graves sont très limitées, cela ne signife pas qu’il existe une preuve que les effets secondaires
sont absents : ils n’ont tout simplement pas été étudiés, ou les études ont été mal faites. C’est pas étonnant, qui va financer une recherche qui s’intéresse aux effets secondaires à long terme et grave d’un vaccin ? Ça prend de l’argent pour prouver un lien de cause à effet, et c’est Big Pharma qui a l’argent. Avant de prendre des décisions pour ses enfants ou sa santé en général, vaut mieux être capable de réfléchir et de mettre les choses en perspective. Ce qu’on appelle souvent la science dans notre monde n’est que pure manipulation. Malheureusement dans notre monde l’argent a corrompu ce qu’on nomme maintenant la science.