Les régimes amaigrissants, ça ne marche pas

Oui, il est important de bien manger et de bouger, mais pas pour maigrir : pour être en santé, martèle le chercheur Benoît Arsenault. 

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Régime Montignac, hypocalorique, diète cétogène… Les régimes et les diètes se suivent avec toujours le même résultat, l’échec. Et l’industrie de la perte de poids se nourrit de ces échecs. « Cette industrie est une machine à imprimer de l’argent sur le dos des victimes de la culture des diètes », déplore le chercheur Benoît Arsenault. 

Le Dr Arsenault est professeur agrégé au Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, où ses travaux portent sur l’obésité, le diabète et la maladie du foie gras. Il fait le point sur le lien entre l’obésité, la santé et l’alimentation.

Dans quelle mesure le surpoids est-il un facteur de risque pour la santé ?

Benoît Arsenault: Des études très robustes sur de grandes cohortes ont démontré que le risque de souffrir de maladies comme le diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires ou certains cancers est associé à notre poids. Il n’y a aucun doute là-dessus. Mais il est très difficile de ramener des données populationnelles à des données individuelles.

Ainsi, des gens minces vont être atteints de maladies en raison d’habitudes de vie non optimales. Et inversement, toutes les personnes en surpoids ne vont pas nécessairement souffrir de maladies. Des femmes entreposent leurs graisses dans leurs hanches ou leurs cuisses sans conséquences métaboliques associées à un surpoids.

Justement, on entend parfois que le mauvais gras est celui qui se loge dans l’abdomen. Qu’en est-il ?

B. A. : Effectivement, il est bien démontré depuis 40 ans que l’important n’est pas nécessairement la quantité absolue de gras, mais où ce gras est situé dans le corps.

Le gras entreposé dans nos cellules adipeuses risque peu de mener à l’apparition de maladies. Mais à un moment donné, les cellules adipeuses, saturées, ne sont plus capables d’entreposer le gras. Les lipides passent alors dans la circulation sanguine et se retrouvent dans l’abdomen, le cœur, le pancréas, le foie, les muscles. Cette forme d’obésité est associée à des problèmes de cholestérol et à une augmentation de la tension artérielle, qui eux sont des facteurs de risque des maladies cardiovasculaires. Ce gras est aussi impliqué dans la régulation de la sensibilité à l’insuline, et donc lié au risque de diabète de type 2.

Est-ce que ces personnes ne devraient pas perdre du poids pour réduire leur risque ?

B. A. : Même si le fait d’être plus gros que la moyenne augmente le risque de maladies, la science n’a pas encore démontré que suivre un régime amaigrissant réduit ce risque. Pour les maladies cardiovasculaires, par exemple, l’American Heart Association a publié en mai 2021 une déclaration scientifique selon laquelle il n’y a pas encore d’études qui prouvent que la perte de poids par l’alimentation ou l’activité physique a une incidence sur le risque de maladies cardiovasculaires.

Par contre, des dizaines de recherches indiquent que les régimes amaigrissants ne fonctionnent pas chez l’immense majorité des gens. Peu importe la diète et la façon de maigrir, il est relativement facile pour certaines personnes de perdre quelques kilos en trois mois, six mois ou un an. Mais à long terme, le poids va revenir à ce qu’il était avant. Le fait de suivre des régimes amaigrissants qui se terminent par un échec, puis un autre crée des cycles de perte et de regain de poids. On appelle ça des diètes yoyos. Et il est démontré que ces cycles sont un facteur de risque des maladies cardiovasculaires.

Alors, comment réduire le risque de maladies cardiovasculaires ?

B. A. : On pense souvent qu’on doit absolument perdre du poids pour être en meilleure santé, mais c’est complètement faux. On peut recalibrer nos habitudes de vie en étant plus actif et en mangeant mieux. Il est bien prouvé que le fait de diminuer la consommation de produits ultratransformés ou riches en sodium peut faire baisser notre tension artérielle, le cholestérol et la glycémie. La diète méditerranéenne [composée de fruits, de légumes et de céréales, pauvre en sel et en sucre et exempte d’aliments transformés] a un effet sur la réduction du cholestérol sanguin et sur la tension artérielle. Une étude démontre que le fait d’adopter une alimentation de type méditerranéen diminue le risque de maladies cardiovasculaires, mais n’influence pas le poids.

Et pour l’activité physique ?

B. A. : On suggère souvent aux gens de faire de l’activité physique pour perdre du poids, et ils sont déçus parce que la très grande majorité ne va pas en perdre.

Si on est actif au quotidien, on augmente notre capacité cardiorespiratoire et notre sensibilité à l’insuline, on diminue la graisse dans nos muscles et on améliore plein de processus biologiques. Cela mène à une réduction du risque cardiovasculaire, sans entraîner nécessairement une perte de poids. Il y a des bénéfices spectaculaires sur la santé juste à être actif au quotidien, peu importe qu’on perde du poids ou non.

Quand on parle de maigrir pour avoir un poids santé, on envoie le mauvais message, alors ?

B. A. : Depuis 40 ans, la culture des diètes et des régimes amaigrissants implante dans le cerveau l’idée qu’il faut être mince pour être en santé. Cette culture mène à une relation toxique avec l’alimentation, avec le corps. Ça mine l’estime de soi. Les personnes plus grosses que la moyenne se font dire à répétition qu’elles devraient se mettre au régime. Souvent, les régimes amaigrissants sont un aller simple vers des troubles alimentaires. Présentement, on est dans une épidémie de troubles de santé mentale, et cette culture du corps parfait et de la restriction calorique y contribue grandement.

Il faut détricoter 40 ans de message public et être nuancé sur la nécessité absolue de devoir perdre du poids pour être en meilleure santé et pour être une meilleure personne dans notre société. Il faut arrêter de dire qu’on doit bien manger et bouger pour perdre du poids. Il faut bien manger et bouger pour améliorer notre santé, qu’on perde du poids ou non.

Les commentaires sont fermés.

Merci pour cet article intéressant qui rassure.
En effet à force de faire des régimes, ça ne fonctionne plus et ça démoralise.

Merci pour cet article ça remonte le moral de voir qu’il y a des docteurs qui ne s’occupent pas que de nous faire maigrir pour renter dans le moule.

En ce qui concerne le régime cétogène qui n’est pas un régime hypocalorique, c’est faux de mentionner que ça ne fonctionne pas. Il faut comprendre comment ça fonctionne et l’adopter pour la vie. Éliminer les glucides en quantité pour la vie. Ils sont responsables de tous les maux.

Vrai!… 45lbs je en 6 mois. Mon gendre est rendu à 80 depuis janvier… prises de sang top!… renverser diabète, hypertension finie et reflux… vive clinique reversa!

En ce qui me concerne, j’ai perdu 30 livres en 18 mois en intégrant le jeûne intermittent, en diminuant notablement les glucides et en faisant en moyenne 10 000 pas par jour. Je me permets quelques incartades… Des chips, des fois, c’est bon pour l’âme…😉

Je ne sais pas si le régime cétogène est bon pour la santé. J’en doute. Mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il s’agit d’une aberration environnementale. La période des chasseurs-cueilleurs était peut-être idyllique. J’en doute aussi. Mais nous sommes maintenant au moins sept milliards d’habitants de plus. Si nous nous mettons tous à manger massivement des protéines animales, ce sera la catastrophe.