Les scientifiques rament encore dans la marée noire de BP

Le 20 avril 2010, l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon donnait naissance à la plus grande marée noire de l’histoire des États-Unis.

Un an plus tard, les dommages sont peu visibles en surface et sur les côtes. Mais on ne sait pas encore grand chose des impacts de l’accident sur les profondeurs du golfe, car les scientifiques ont bien du mal à travailler, estime le magazine Nature dans un article intitulé Oil spill: deep wounds.

D’une part, les 50 millions de dollars par an sur dix ans promis par BP au lendemain de la tragédie pour financer la recherche tardent encore à arriver dans les laboratoires, à cause des innombrables tractations politiques et bureaucratiques dont ils ont fait l’objet.

Plusieurs chercheurs cités par Nature dans un article de février (Gulf research cash still in limbo) ont  perdu tout espoir d’en voir la couleur, alors que d’autres regrettent que le temps écoulé ait déjà effacé des traces de la marée noire qu’il aurait pourtant été fort utile d’étudier.

Les scientifiques ont en revanche bien reçu des fonds du gouvernement américain, dans le cadre du Natural Resource Damage Assessment (NDRA), un processus mis en place par le Department of the Interior pour évaluer les dommages causés par l’accident aux ressources naturelles du golfe et servir de base aux calculs des indemnisations.

Le problème, explique Nature, c’est que les aspects légaux de cette procédure gênent beaucoup les chercheurs dans leur travail.

Ainsi, certains ont dû accepter de pas discuter publiquement de leurs résultats, lors de congrès ou par le biais de publications dans des revues savantes.

Erik Cordes, une chercheur en écologie de l’Université Temple, à Philadelphie, explique qu’il n’a pas pu utiliser la méthode d’analyse qu’il préconisait pour étudier le stress des animaux de fond parce que des conseillers juridiques du NDRA lui ont dit qu’elle n’avait jamais été discutée en cour de justice, et que cela risquait d’invalider ses résultats advenant un procès. Cette méthode est pourtant reconnue par la communauté scientifique.

Question: peut-on encore faire de la bonne science quand on doit travailler dans le secret et piloté par des avocats?

Lors d’un accident de ce type, on devrait pourtant mettre le paquet pour faciliter le travail des chercheurs, de manière à ce qu’on puisse en tirer le maximum de leçons… pour la prochaine fois.

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Oui. Quand il y a des avocats dans un dossier environnemental c’est voué à l’échec. Les intérêts énergétiques prennent le dessus sur la qualité de nos environnement où nous vivons et l’énergie dont nous avons besoin pour soutenir notre mode de vie. C’est un cercle vicieux qui est difficile à briser. Que ça vienne des gouvernements, des lobbys, ou des travailleurs etc… les gens en général essayent de trouver un juste milieu jusqu’à temps que les dégâts soient trop important. J’ai l’impression qu’on se dit «la nature va se nettoyer d’elle-même»… C’est catastrophique à mon avis!

Ce n’est pas tant la judiciarisation du dossier qui est la cause des entraves à la recherche sur les impacts de la marée noire que le jeu des lobbys. C’est BP qui engage les avocats, faut tout de même pas l’oublier. En plus des accointances avec les sénateurs-idéologues républicains qui s’en font le relais. Le dédale des institutions américaines a pour but d’atténuer toute décision présidentielle. Il ne suffit qu’à étudier un tant soit peu l’histoire pour le réaliser.

Finalement, les fonds du trésors publics iront où? Dans la gestion des intérêts politico-économiques? Dans le passage à la moulinette légale des moindres petits détails? Quand trop de gens s’appliquent à diriger un navire, il ne va nul part.
Le jour où cela arrivera (pas si mais quand) chez nous, ce sera le même cirque. L’arène politique est féroce, et les pressions du lobby n’y sont certainement pas étrangères.