Les sites d’injection supervisée au cœur de tous les dilemmes

La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, dit qu’elle n’a pas d’argent, tandis que le fédéral ne semble pas pressé… Encore des obstacles qui retardent une initiative louable et nécessaire, dit le docteur Alain Vadeboncœur.

L'injection supervisée sauve des vies
Photo : J. Hayward/La Presse Canadienne

Le maire Denis Coderre souhaite implanter rapidement trois sites d’injection supervisés (SIS). Mais la ministre Lucie Charlebois dit qu’elle n’a pas d’argent, tandis que le fédéral ne semble pas pressé. Encore des obstacles qui retardent une initiative louable et nécessaire.
Sante_et_science

Comme je l’ai déjà écrit, les SIS (tel Insite à Vancouver) sauvent des vies et préviennent la transmission de graves maladies infectieuses, comme le VIH et l’hépatite B.

Du point de vue scientifique et de la santé publique, il n’y a donc pas de controverse : disposer de SIS dans une ville où la toxicomanie est présente est un avantage pour tout le monde.

Tout n’est pas si facile dans le monde réel, pas seulement gouverné par l’évidence scientifique, mais aussi par des enjeux politiques, sociaux et économiques dont il faut tenir compte. Les SIS se trouvent ainsi au confluent de plusieurs dilemmes.

Résistance politique

Du point de vue politique, d’abord : Insite a eu plus que maille à partir avec le gouvernement fédéral — pour ne pas le dire conservateur —, notamment sur le plan juridique.

Mais, en 2011, la Cour suprême a donné raison à Insite, retirant du même coup au fédéral la capacité de fermer le site, parce qu’elle jugeait notamment que cela constituerait une discrimination injustifiée à l’égard de ceux qui y reçoivent des services importants.

Par contre, pour ouvrir un nouveau site, Ottawa doit toujours donner son accord et ne semble pas chaude à l’idée, comme on peut le lire dans La Presse :

«Les Canadiens s’attendent à ce que leurs enfants puissent grandir dans des collectivités saines et sécuritaires. Un lieu de consommation supervisée de drogues injectables ne devrait jamais être établi sans une consultation préalable de la collectivité en question. […] Nous avons proposé une nouvelle loi rigoureuse qui permettra aux autorités policières, aux élus municipaux et aux résidants d’une collectivité de donner leur opinion avant qu’un permis ne soit accordé à un lieu de consommation supervisée, a indiqué Michael Bolkenius, attaché de presse de la ministre fédérale de la Santé, Rona Ambrose.»

Un tel site, où l’on supervise et encadre l’injection de drogues intraveineuses — ce qui permet de distribuer du matériel propre, d’intervenir rapidement en cas de surdose et d’offrir certains services de support — n’entre pas tout à fait dans l’approche idéologique du gouvernement actuel, qui favorise plutôt une politique de répression et de judiciarisation.

Dans cet univers, on a tendance à considérer la toxicomanie comme une responsabilité personnelle (dont l’individu doit se tirer lui-même), et non comme une condition médicale, qui demande une approche particulière, des ressources et une bonne dose d’humanisme pour en venir à bout.

Par ailleurs, à cet enjeu idéologique se greffe celui de l’équilibre des pouvoirs entre le fédéral et le provincial. La juridiction criminelle concernant les drogues est du ressort du premier, tandis que les soins offerts aux usagers relèvent du second. Il y a là conflit de juridiction, même si on sait que permettre l’ouverture d’un SIS est une bonne manière d’améliorer la santé.

Résistance économique

Pendant ce temps, la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, continue sa réflexion, mais ne paraît pas tellement pressée d’avancer :

«La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, a toutefois nié avoir donné le feu vert. “Le maire est un être passionné et brûlant, mais je n’ai toujours pas rendu de décision à ce jour. Le dossier est toujours en analyse.” Elle a précisé être à la recherche de financement, ce qui se révèle difficile dans le contexte budgétaire actuel.»

Ce n’est pas surprenant, en cette ère de compression des services. C’est mal évaluer la réalité et cela montre aussi les limites de planifier en silo plutôt que de considérer les coûts d’ensemble. Or, en prévenant les complications de santé liées aux drogues intraveineuses, on sauve globalement de l’argent, parce que les soins pour les complications coûtent une fortune. Mais il faut d’abord investir un peu.

Résistance sociale

Au-delà de ces aspects politico-économiques, il y a aussi la question sociale — qu’on ne peut négliger, et qui demande le doigté requis pour contourner les résistances —, réflétant à un niveau plus personnel les enjeux.

Il faut d’abord convaincre le public qu’il faut aider les toxicomanes, leur offrir des soins appropriés, dépenser des deniers publics pour répondre à leurs besoins et leur donner une place où recevoir des drogues ; bref, travailler à les sortir de leur misère ou, du moins, éviter qu’ils ne s’y enfoncent davantage.

Pour qui se renseigne, accepte les données de la science et convient de la nécessité d’aider les toxicomanes, une dernière résistance peut subsister : d’accord avec tout cela, implanter des centres, les financer, offrir de l’aide… mais ailleurs, pas dans ma cour.

Qui souhaiterait, en effet, voir un tel centre s’installer à côté de sa maison tranquille et être confronté à de nouveaux arrivants un peu «dérangeants» — voire à la crainte bien concrète que des enfants ne se piquent sur des seringues abandonnées, ou que des maladies ne leur soient transmises ? C’est humain !

Avant de lancer la première pierre, je me pose moi-même la question : souhaiterais-je voir un SIS apparaître dans ma banlieue tranquille ? Peut-être pas. Remarquez, ça ne serait sans doute pas le meilleur endroit non plus pour rejoindre les toxicomanes. Mais bon, je comprends les craintes.

Cela dit, de telles craintes sont souvent non fondées. Par exemple, les SIS permettent de diminuer le nombre de seringues abandonnées dans les endroits publics. Mais elles doivent ainsi être prises en compte. Et il est probable que d’éventuels centres aient à être implantés dans les milieux où la toxicomanie sévit déjà : d’une part, pour permettre aux usagers d’accéder aux «services», d’autre part, pour ne pas transformer le tissu social.

Leadership requis

On comprendra que pour convaincre les citoyens d’embarquer, il faut non seulement beaucoup de volonté politique, mais aussi du doigté, une capacité de répondre aux inquiétudes, ainsi qu’un souci d’informer… ce qui n’est pas donné au premier venu.

On ne peut donc que saluer la volonté du maire Coderre d’aller de l’avant, en accord avec la tradition libérale de porter attention aux minorités et à leurs droits, puisque ce genre de dossier ne permet pas à un politicien de gagner de concours de popularité :

«Denis Coderre n’entend toutefois pas attendre le feu vert du gouvernement conservateur. “Je n’attendrai pas après Ottawa pour m’assurer de protéger [cette clientèle]”, a déclaré le maire lors d’un point de presse. Celui-ci estime que le jugement de la Cour suprême sur la légalité d’un tel centre à Vancouver donne la légitimité aux projets québécois pour aller de l’avant.»

Il faut l’encourager : les enjeux humains, de santé publique et économiques sont trop importants. Le fédéral doit dire oui, la ministre Charlebois doit appuyer et financer, et le maire Coderre doit maintenir la pression.

* * *

À propos d’Alain Vadeboncœur

Le docteur Alain Vadeboncœur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal. Professeur agrégé de clinique à l’Université de Montréal, il enseigne l’administration de la santé et participe régulièrement à des recherches sur le système de santé. On peut le suivre sur Facebook et sur Twitter : @Vadeboncoeur_Al.

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C’est drôle que ce monde là ne parle jamais de la clientèle, c’est-à-dire ceux qui gagnent 2 à 4 milles par semaine, parte sur la go et le lendemain n’ont plus une cent. Revenu Québec pourrait faire un grand ménage et pas besoin d,ouvrir de piqueries. Et quand tu regardes toute la documentation, articles de journaux, les mots « abstinence et pause consommation » ne sont jamais prononcés. Personne a intérêt à ce que ces gens arrêtent de consommer. C’est juste des consommateurs qui travaillent dans ce domaine là, consommateurs = qu’on le veuille ou non, ne pas respecter les lois du Canada. Depuis la création de « la réduction des méfaits », la situation n’a pas cessé d’empirer,de plus en plus de personnes se retrouvent à la rue. Chapeau quand même à ceux qui ont réussi à faire croire au gouvernement qu’un consommateur de drogues pouvait en aider un autre à arrêter.

Les SIS sont nécessaires, et il y a longtemps que l’on aurait dû en implanter à Montréal.
C’est totalement faux de dire que tous les gens qui travaillent dans ce domaine sont des consommateurs eux-mêmes, la majorité des intervenants n’ont jamais consommé de drogues de leurs vies. Il y a quelques exceptions, et dans le passé oui, il y avait plus d’ex-consommateurs convertis en intervenant qui oeuvraient dans ce milieu, mais la réalité a bien changé depuis une quinzaine d’années.
La situation n’a pas empiré depuis la réduction des méfaits, au contraire!
La perpétuation de préjugés comme les tiens, Daniel, c’est ce qui me fâche le plus.
Se borner à nier les évidences…

On voit bien que tu ne sais absolument pas de quoi tu parles.ANNIE . La perpétuation de préjugés comme les tiens, Daniel, c’est ce qui me fâche le plus. Se borner à nier les évidences…ANNIE. En effet Annie, je suis plein de préjugés et je connais rien à la toxico…selon toi. Je vais donc te répondre. Ben non, je ne me pique pas. Pas besoin, à 53 ans, déjeunant avec 4 speeds le matin, plus ma consommation journalière, le sac magique chaud est devenu mon seul et unique ami. C’est ce qui empêche mon coeur et ma poitrine d’exploser. Mon nom est Daniel Talbot, travailleur autonome informatique, basse ville de Québec, jusqu’en 2011, je n’avais qu’une clientèle , des organismes communautaires, On me connait aussi sur le nom » LE BOURREAU « , ça c’est le nom qui m’a été donné en 2007 par le « pompier de la toxicomanie » pour avoir osé dénoncé à son employeur ce que m’avait fait subir une travailleuse sociale représentente syndicale alors que le dit « pompier » était représentant des employés sur le Conseil d’administration. C’est ce même « pompier », qui des années auparavant, quand j’y braillais dans face , m’avait expliqué qu’au nom du droit humain, fallait fermer sa gueule,quand je traversais le pont de Québec, pour me tirer en bas et que le soir la travailleuse sociale venait chez moi me fouetter comme un chien…..au nom de l’amour. Annie, je suis le plaignant de la cause 37-06-001 à l’ordre des travailleurs sociaux du Québec , ou la travailleuse sociale a eu 5 ans de radiation provisoire.En fait, j’ai tenté d’être plaignant puisque à 22 reprises, on m’a refusé ce droit, parce que l’employeur l’a fait, ce qui fait que sur les 10 ans qu’auront duré les procédures, je n’aurai pas le droit d’être tenu au courant des procédures, d’être tenu au courant des jugements, jugements, que je me procurerai par l’entremise d’organismes pour les gens de la rue de votre région, le syndic venant de la réduction des méfaits et son comité de discipline me refusant le droit d’être tenu au courant. Je suis aussi le « trou decul » qui se bat depuis des années, pour que l’ordre professionnel des travailleurs sociaux du Québec, fassent disparaître le nom des clients disponibles sur le site de la SOQUIJ à l’adresse http://www.jugements.qc.ca bafouant avec un je m’en foutisme total. le point 1 du dit jugement ou il est écrit, » ORDONNANCE de non publication et non diffusion du nom des clients mentionnés dans la plainte ou dans tout autre document déposé au dossier, ainsi que tout renseignement permettant de les identifier;. De toute ma vie, je n’ai jamais rencontrés de gens aussi peu professionnels, mais ils ont tous quelque chose en commun, ils viennent tous du milieu de la réduction des méfaits. ANNIE, je ne suis ici que pour une seule chose, DIRE AUX PARENTS QUI N’ONT JAMAIS CONSOMMÉ, SI VOUS AVEZ DES ADOS QUI ONT DES PROBLÈMES DE DROGUE, IL Y A DES MAISONS DE THÉRAPIE BASÉES SUR L’ABSTINENCE PAR DES GENS ABSTINENTS, ET CELLES DU GOUVERNEMENT OU LE OU LA THÉRAPEUTHE PEUT-ÊTRE UN(E) COKÉ(E) QUI NOURRIT LE CRIME ORGANISÉ ET PENSE N’IMPORTE QUOI SAUF APPORTER DU BIEN À VOTRE ADO. Dans le monde de la réduction des méfaits ,que fait un employeur lorsqu’un employé est radié parce qu’ils représentent un danger pour le publié et que le syndic demande qu’elle ne soit plus jamais seule avec un clientf?Réponse, RIEN, on chance son titre pour « intervenante en toxicomanie », on vous la présente comme une PROFESSIONNELLE. SOURCE ….site web du centre de réadaption d’UbaldVilleneuve page 3 à l’adresse http://www.cruv.qc.ca/documents/rapport%20CRUV_05_06.pdf Cette année aura été marquée par le traitement d’un dossier majeur comportant à lui seul quatre objets de plaintes. Le traitement de ce dossier a mobilisé plusieurs personnes et a conduit à une recommandation de mesures correctives, dont des mesures disciplinaires à l’endroit de l’employé ainsi qu’une plainte à son ordre professionnel. Site du collège des médecins, l’inconduite sexuelle, ou en sommes nous, Calomne contre CAnin, http://www.cmq.org/fr/public/profil/commun/AProposOrdre/ProcessusDisciplinaire/Enquetes/~/media/Files/References/Portrait-long-inconduite-sexuelle.pdf?91414 Site de l’ordre des travailleurs sociaux du Québec, CAlomne contre CAntin,. Alors Mme Annie, pendant les10 ans qu’auront duré ces procédures, je peux vous jurer que pas une seconde, quelqu’un s’est soucié de ce que j’avais vécu ou des conséquences que cela a apporté dans ma vie. Aussi longtemps que vous GENS DE LA RÉDUCTION DES MÉFAITS vous allez vous battre pour défendre le principle qu’on peut « fouetter les gens comme des chiens quand ils veulent se tirer en bas d’un pont, jusqu’à mon dernier souffle de vie je vais aider ceux qui se battent dans st-roch à Québec .pour qu’il n’y ait pas de piquerie supervisée. Et pour les lecteurs de la revue Actualité, non jen’ai pas de BS, c’est pour les êtres humains ça, parce qu’y a pire que le BS, c’est d’y avoir droit et ne pas le demander. A titre personnel, j’ai100 x plus respect pour le monde qui travaille en toxico qui ont déjà consommé,mais ont compris et sont devenus abstinents que des fonctionnaires qui ont jamais consommé de leur vie et passe leurs temps à cracher leurs mépris ou leurs préjugés sur le dos des consommateurs. Comme vous dîtes,annie, je connais rien, je suis un BOURREAU,UNE VIDANGE,UNE POUBELLE. Daniel Talbot, ex travailleur autonome, milieu communauaire seulement, basse ville de Québec.