Les souhaits de santé de Justin Trudeau pour 2016

Si on se fie au plan du premier ministre Trudeau, l’année 2016 s’annonce fertile en santé.

Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne
Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne

Sante_et_scienceEn ce début d’année 2016, que nous souhaite donc le gouvernement Trudeau en santé? Je n’ai pas entendu les souhaits de la nouvelle ministre de la Santé Jane Philpott, mais j’ai relu sa lettre de mandat et le discours du trône afin de voir de quoi il en retournait.

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle aura du pain sur la planche! Mais est-ce qu’on y trouve de bonnes nouvelles? Il y en a en effet quelques-unes dans le «plan» du premier ministre, que j’avais en partie abordé durant la campagne.

Renforcer le système de santé

L’objectif global formulé par le premier ministre Trudeau est de «renforcer le système de santé universel financé par l’État et à veiller à ce qu’il s’adapte aux nouveaux défis», ce qui est déjà une bonne nouvelle.

J’espère que c’est sous l’angle de mieux défendre les cinq principes qui fondent les systèmes santé provinciaux. Parmi ces principes, on retrouve l’universalité, la gestion publique, la transférabilité (celle qui permet de se faire soigner d’une province à l’autre), l’intégralité, mais surtout, l’accessibilité, qui demande qu’aucun obstacle financier ou autre n’entrave un accès satisfaisant des personnes assurées aux services requis dispensés par un hôpital ou un médecin.

C’est important parce que le ministre Gaétan Barrette a légalisé les frais accessoires à travers le projet de loi 20, sans débat public, et qu’en Colombie-Britannique, l’ancien président de l’Association médicale canadienne poursuit le gouvernement provincial afin de pouvoir éventuellement les permettre là aussi.

Reste à voir quelle sera la position fédérale dans ce dossier.

Le vieillissement de la population

Un des grands défis des prochaines années est le vieillissement de la population et la nécessaire transformation des soins et des services de santé qu’elle suppose. Le premier ministre Trudeau souhaite que «les soins de santé à l’échelle du Canada évoluent rapidement pour s’adapter aux besoins changeants d’une population vieillissante».

Il demande donc à la ministre Philpott de collaborer «avec les gouvernements provinciaux et territoriaux pour les aider à rendre les soins à domicile […] plus accessibles». Il vise également un soutien financier pour les familles.

Bien sûr, il peut s’agir de vœux pieux, puisque les défis sont vastes et que d’autre part, rien de précis n’est associé à ces vœux, d’autant plus qu’il s’agit de compétences provinciales. Mais si le fédéral travaille avec les provinces pour financer une expansion des soins à domicile au Canada, c’est une bonne nouvelle. C’est d’autant plus important puisque le Canada fait piètre figure à l’international dans le financement accordé aux soins aux personnes âgées.

L’argent, toujours l’argent

On sait que l’argent, c’est le nerf de la guerre, en santé comme ailleurs, mais quelles sont les intentions du gouvernement Trudeau pour 2016? Assez générales: «Nous devons effectuer les investissements nécessaires pour faire en sorte que [le système de santé] puisse s’adapter aux défis».

Le gros défi pour 2016 sera en fait l’initiation des négociations, qui s’avèreront certainement complexes, pour le renouvèlement de l’entente fédérale-provinciale sur le transfert social canadien, servant à financer notamment la santé.

Dans sa lettre de mandat, Justin Trudeau demande à la ministre Philpott de conclure un «nouvel accord sur la santé pluriannuel qui comprendrait notamment une entente de financement à long terme».

Il entend donc faire participer les provinces et les territoires à ces démarches. Un gros changement de cap par rapport au gouvernement Harper, qui avait décrété les conditions à partir de 2017, sans aucune négociation avec les provinces, ce qui avait été fort décrié.

Un aspect spécifique – et intéressant – des propositions est de promouvoir «une collaboration pancanadienne dans le domaine de l’innovation en santé digitale». Il faut savoir que certains programmes fédéraux ont déjà eu des effets importants sur l’évolution de l’informatisation des dossiers médicaux au Québec. Une partie des travaux réalisés autour du Dossier Santé Québec et d’autres éléments apparentés découlaient d’un programme fédéral appelé Inforoute Canada, où des sommes substantielles furent consenties aux provinces pour l’informatisation des dossiers médicaux.

Comme cette information est encore incomplète et demeure un grand enjeu dans l’amélioration du réseau de la santé, les intentions du fédéral à cet égard sont bienvenues.

Parlons médicaments

Lorsqu’on parle d’argent, on ne peut passer sous silence les coûts des médicaments. Il faut se rappeler que le Canada est un des pays où les médicaments coûtent le plus cher au monde. Les engagements du gouvernement fédéral à cet égard manquent de précision, malgré les bonnes intentions. Ottawa souhaite:

  • «Améliorer l’accès aux médicaments sur ordonnance»;
  • «Conjuguer nos efforts à ceux des gouvernements provinciaux et territoriaux pour acheter des médicaments en vrac»;
  • «Réduire les coûts que doivent payer les gouvernements canadiens pour ces médicaments et les rendre plus abordables pour les Canadiens»;
  • «Déterminer s’il est nécessaire d’établir une liste nationale».

Tous ces points sont importants et certains travaux sont d’ailleurs entrepris, par exemple pour l’achat de médicaments en vrac, ce qui a du sens, parce qu’acheter les médicaments à grande échelle et en grande quantité donne plus le pouvoir de négociation avec les compagnies pharmaceutiques. Rendre les médicaments plus abordables est évidemment louable.

Mais si on parle d’améliorer l’accès, le thème de l’assurance-médicaments (à l’échelle canadienne) n’est pas abordé directement. Le Parti libéral du Canada aurait apparemment (selon mes informations) appuyé l’an dernier l’idée d’une assurance-médicaments universelle, mais une ambiguïté est ensuite survenue sur le modèle préféré: soit une assurance publique (comme dans la majorité des pays de l’OCDE) ou «mixte» (privée-publique), comme au Québec depuis 1997.

Le Canada est un des rares pays de l’OCDE qui n’assure pas une large couverture des médicaments, comme tous les autres soins essentiels. Des changements à cet égard sont nécessaires, autant pour assurer l’accessibilité que pour diminuer les coûts.

De meilleures habitudes de vie en 2016?

Tant qu’à changer d’année, on peut aussi se demander quelles sont les bonnes résolutions du fédéral face aux habitudes de vie. On en retrouve quelques-unes. On parle par exemple d’adopter «de nouvelles restrictions, semblables à celles du Québec, sur la publicité visant la consommation de boissons et d’aliments mauvais pour la santé destinée aux enfants».

Le gouvernement Trudeau semble donc s’intéresser à ce qui se fait déjà au Québec pour contrer ces mauvaises habitudes, bien que cela soit insuffisant et qu’on attend chez nous depuis quelques années une politique plus large de prévention.

Le gouvernement fédéral parle aussi d’établir des règlements plus stricts, un peu comme cela se fait aux États-Unis, pour éliminer les gras trans et réduire le sodium des aliments transformés.

Enfin, l’étiquetage serait mieux règlementé, afin de mieux présenter les renseignements touchant la présence de sucre et de colorants artificiels ajoutés.

Obliger la banalisation des emballages de produits du tabac, paquets de cigarettes et autres, de manière semblable à ce que l’on trouve en Australie et au Royaume-Uni, apparaît toutefois la proposition la plus intéressante, à même d’aider à diminuer le taux de tabagisme. Cette approche aurait en effet permis à l’Australie de contribuer à diminuer le taux de tabagisme de 15 % à 12 %, un gain appréciable.

Améliorer la santé financière

Comme on le sait, l’accès aux soins de santé est important, mais la «santé» financière, la solidarité sociale, la redistribution et l’emploi – tout ce qui mène à une société plus juste – constituent des déterminants beaucoup plus importants de la santé.

Or, le gouvernement Trudeau a formulé plusieurs promesses qui visent à améliorer la santé financière des gens. En espérant qu’il ne s’agisse pas de vœux pieux, parce que les promesses politiques, c’est un peu comme les résolutions de l’année, n’est-ce pas?

Quoi qu’il en soit, on ne peut qu’appuyer l’intention du gouvernement d’améliorer le régime des pensions, la pauvreté des personnes âgées étant un problème grandissant dans nos sociétés. De même, la bonification de l’assurance-emploi aidera un peu les chômeurs à améliorer leur sort.

La diminution proposée dans le coût de l’accès aux études postsecondaires ne peut qu’agir positivement sur les déterminants de la santé, un lien clair existant entre le niveau de scolarité et la santé – mais il s’agit toutefois d’une compétence provinciale.

De même, les investissements publics visant à stimuler et à soutenir la croissance économique, l’expansion d’emplois, et la prospérité économique, au cœur du programme du gouvernement Trudeau, bien que tous les gouvernements tiennent ce discours et qu’on jugera en fonction des résultats.

On peut aussi se questionner sur les modalités liées à la «nouvelle allocation canadienne aux enfants», mais il faut reconnaître que toute aide aux enfants, victimes en première ligne de la pauvreté qui payent de leur santé, ne peut être que la bienvenue.

Bref, on vise à agir sur les déterminants sociaux de la santé et de revenus, ce qui est une bonne nouvelle pour tout le monde, au moins en théorie. Reste à avoir les résultats.

Tous ces dossiers seront à suivre de près et d’un œil critique en 2016. On pourra alors juger s’il s’agit de résolutions fragiles ou bien de politiques concrètes à même d’améliorer la santé et la vie des gens.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

3 commentaires
Les commentaires sont fermés.

«une collaboration pancanadienne dans le domaine de l’innovation en santé digitale». Santé digitale = santé des doigts… les « coupures » de l’ancien gouvernement au Bureau de la traduction font mal! (http://www.lapresse.ca/le-droit/politique/fonction-publique/201108/16/01-4426495-le-couperet-tombe-sur-le-bureau-de-la-traduction.php)

Digital est souvent utilisé comme synonyme de « numérique ». Je ne sais pas si c’est accepté par la sacro-sainte Académie française, mais je ne crois pas qu’il faille attendre que ce le soit pour utiliser ce sens du mot « digital » dans le language courant.

Je ne peux que constater avec Lise qu’il s’agit d’un anglicisme en ce sens, du moins c’est ce que nous dit Antidote:

Définition de digital, adjectif
locutions
Relatif aux doigts. Empreintes digitales.
Locutions (4)Masquer les définitions
empreinte digitale ou empreinte
Empreinte produite par les sillons de la peau des doigts, unique à chaque individu, souvent utilisée pour condamner un coupable ou pour innocenter un suspect. Relever les empreintes digitales laissées par un criminel. Prendre les empreintes digitales de quelqu’un.
hippocratisme digital
Déformation caractérisée par l’élargissement de l’extrémité des doigts et des orteils entrainant une convexité des ongles.
nerf digital⁠⁠
anatomie – Chacun des nerfs issus du plexus brachial et qui innervent les doigts de la main.