Les couilles de Sidney Crosby

Sidney Crosby a les oreillons. Il devrait revenir rapidement au jeu, mais court-il le risque de devenir stérile ? Le docteur Alain Vadeboncœur explore la question. 

Sidney Crosby
Photo : Darren Calabrese/La Presse Canadienne

Crosby est le 18e joueur de la LNH touché par les oreillons, rejoignant quatre joueurs des Ducks d’Anaheim, cinq du Wild du Minnesota et d’autres de divers clubs. Deux arbitres font aussi partie du lot.

Mis à part les symptômes et le risque de contagion qui les tiennent à l’écart du jeu, ils pourraient subir la conséquence la plus grave de cette maladie autrefois répandue : l’infertilité masculine.
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La ligue a rapidement réagi en gardant les joueurs à l’écart et en prenant des mesures pour diminuer les risques de propagation. C’est important, puisque le virus se transmet par contact direct. Et les vestiaires de hockey, on sait que ça ne sent pas la rose : facile d’imaginer que tout peut s’y propager. Le docteur Mike Wilkinson, le médecin de l’équipe de Crosby, l’a mentionné :

«Nous avons également renforcé les mesures appropriées de prévention des infections pour minimiser les risques de contraction, y compris l’hygiène, la désignation de bouteilles d’eau individuelles pour les joueurs, la désinfection des zones d’habillage et s’assurer que chaque joueur a été vacciné.»

Les membres de l’équipe mondiale junior de hockey ont également reçu un rappel du vaccin.

C’est pas dans les oreilles

Comme le nom de la maladie ne l’indique pas, les oreillons ont peu à voir avec les oreilles, même si l’infection a tendance à faire gonfler les parotides, glandes salivaires situées à l’angle de la mâchoire, près des oreilles. Dès lors, le malade ressemble à un écureuil aux joues pleines.

Les oreillons, c’est en fait une parotidite virale (qu’on qualifie aussi du joli mot de «ourlienne»), puisque le virus affecte surtout les glandes salivaires. Mais il peut aussi toucher les tissus nerveux, dont le cerveau, de même que les testicules, et plus rarement d’autres organes.

Ce virus fait partie de la famille des paramyxovirus, où l’on retrouve plusieurs autres sympathiques confrères, dont les parainfluenzavirus (qui donnent des syndromes grippaux), le virus de la rougeole et celui du virus respiratoire syncytial (VRS), dont je parlais dans une récente chronique sur la grippe.

Les symptômes ourliens

Comme beaucoup d’autres virus et infections, les oreillons passent parfois inaperçus. Un tiers des patients n’ont pratiquement aucun symptôme, même s’ils développeront des anticorps, signe que le virus a été présent dans le corps, identifié comme tel et combattu par nos défenses immunitaires.

Un second tiers souffrent d’une forme mineure, qui pourra donner le change pour un rhume. Enfin, le troisième tiers contractera la maladie complète, avec inflammation marquée des glandes salivaires. C’est le cas de Sidney Crosby et de ses infortunés (dans le sens médical uniquement) compagnons.

Le virus se reproduit dans la gorge et le nez, d’où il peut ensuite se répandre vers l’ensemble de l’organisme, par le sang. Localement, il induira une réaction de défense normale, avec afflux de cellules blanches pour combattre l’infection, provoquant cette réaction inflammatoire qui se manifeste par le gonflement des tissus, de la douleur et de la fièvre. L’incubation est de deux à trois semaines.

Diagnostic et traitement

Si le diagnostic est surtout clinique, en présence des signes clairs, on dose aussi les anticorps dans le sang, dont certains pourront indiquer indirectement le passage récent du virus. D’autres tests permettent aussi de constater la présence du virus par une technique de PCR (réaction de polymérisation en chaîne), qui amplifie le signal donné par l’ADN viral présent dans le sang du patient.

Si le diagnostic est simple, le traitement l’est encore plus, puisqu’il n’y a aucun traitement efficace qui soit offert, mis à part les soins de support qui sont requis (rarement) lorsque les patients sont très affectés. Et comme il s’agit d’un virus, les antibiotiques n’ont aucun effet.

Mais il y a les complications

Une orchite (inflammation des testicules) survient dans 15 à 30 % des cas chez les hommes (ou enfants) infectés.

Dans plus de la moitié des cas, l’orchite conduit à une atrophie testiculaire (souvent unilatérale), occasionnellement, à une diminution du nombre de spermatozoïdes produits, et plus rarement à la stérilité, si les deux testicules sont affectés.

C’est donc la conséquence malheureuse que peuvent craindre Sidney Crosby et ses collègues. Par contre, la sécrétion d’hormones mâles, une autre fonction importante du testicule, semble alors peu affectée.

Ces orchites ourliennes sont de plus en plus rapportées aux États-Unis, en raison de la baisse du taux de vaccination au RRO (rougeole, rubéole, oreillons) constatée dans plusieurs communautés. Tout cela bien alimenté par le battage publicitaire des clans «antivaccins», colportant l’hypothèse d’un lien entre le vaccin de la rougeole et l’autisme, à la suite d’un grand scandale scientifique, soit l’étude frauduleuse du chercheur britannique déchu, Andrew Wakefield.

Une autre complication des oreillons est la méningite virale, observée dans environ 5 % des infections. Bien qu’il s’agisse d’une infection beaucoup moins grave que la méningite bactérienne (souvent mortelle), sa version virale peut tout de même conduire à des convulsions et une atteinte de l’état de conscience, signant une encéphalite (ou inflammation du cerveau).

Enfin, les oreillons peuvent causer une surdité unilatérale transitoire et des avortements spontanés tôt dans la grossesse, sans toutefois augmenter le risque de malformations.

Les éclosions d’oreillons

Avant la vaccination, les épidémies d’oreillons frappaient à la fin de l’hiver et au printemps, en particulier dans les écoles. Comme moi, la plupart de ceux qui ont plus de 45 ans se souviennent probablement de la semaine passée à la maison où ils avaient l’air d’écureuils bien nourris, mais souffrants.

Jusqu’à 90 % des adolescents ont alors développé des anticorps, signe que l’infection touchait de manière variable la majorité des jeunes. Par ailleurs, le taux de vaccination de 95 % atteint chez nous explique la quasi-disparition de la maladie.

Ainsi, depuis l’homologation (en 1969) du vaccin contre les oreillons, le nombre total de cas a diminué de plus de 99 %. Alors qu’on observait annuellement environ 34 000 cas depuis le début des années 1950, on est passé à moins de 400 par année au début des années 1990.

Je serais bien curieux de savoir comment ceux qui doutent de l’efficacité de ces vaccins pourtant sécuritaires expliquent cette baisse radicale d’une maladie ayant tout de même parfois des conséquences graves.

Une autre baisse des diagnostics a été constatée après l’introduction de la deuxième dose de vaccin, en 1996 et 1997, ramenant le nombre d’infections à 81 par année entre 2000 et 2006 ! Le vaccin est actuellement donné avec celui de la rougeole et de la rubéole, à 12 et à 18 mois.

Il faut savoir que 40 % des pays ne vaccinent pas contre les oreillons, où la maladie reste courante. Bien évidemment, il s’agit généralement des pays les plus pauvres.

Le coupable : la baisse du taux de vaccination

La vaccination n’a pas empêché des éclosions ponctuelles au Canada, notamment en 2007 (plus de 1 000 cas) et en 2008 (près de 750 cas). Des éclosions majeures sont aussi survenues dans d’autres pays développés : l’une des plus importantes a affecté les jeunes Anglais, entre 2004 et 2006, alors que 70 000 cas ont été diagnostiqués au Royaume-Uni. Ce n’est pas surprenant, l’étude de Wakefield ayant eu là-bas un effet sur la baisse du taux de vaccination.

En 2009, alors que plus de 7 400 cas d’oreillons ont été constatés en Angleterre et au pays de Galles, les chercheurs ont pu déterminer que la majorité des cas étaient d’ailleurs survenus chez de jeunes adultes non vaccinés. Je ne sais toutefois pas si c’est aussi le cas pour les joueurs de hockey.

Pourtant, le vaccin contre les oreillons a une efficacité de 75 % à 95 % lorsqu’il est donné avec un rappel, ce qui est bien davantage, par exemple, que celui contre la grippe.

Par ailleurs, les complications sont très rares et l’immunité est généralement conférée à vie, comme lorsqu’on a eu la maladie. Il arrive qu’un virus d’un type légèrement différent se manifeste, contournant ici les défenses immunitaires (comme le fait couramment celui de la grippe), mais le phénomène est rare.

Le commentaire plutôt cinglant du docteur Gerald Evans, professeur de médecine de la Reine et directeur du contrôle des infections à l’Hôpital général de Kingston, ne laissait planer aucun doute sur la position des médecins en santé publique :

«Quand les gens disent que certains de ces cas pourraient être liés à des taux de vaccination faibles chez les personnes, c’est un euphémisme. C’est à cause de la baisse des taux de vaccination, point.»

Alors s’il vous plaît, ne refusez pas ce vaccin à vos enfants pour des raisons nébuleuses. C’est un des plus efficaces qui soient, et cela permettrait de protéger la future progéniture de tout le monde — notamment celle des joueurs de hockey.

* * *

À propos d’Alain Vadeboncœur

Le docteur Alain Vadeboncœur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal. Professeur agrégé de clinique à l’Université de Montréal, où il enseigne, il participe aussi à des recherches sur le système de santé. Auteur, il a publié Privé de soins en 2012 et Les acteurs ne savent pas mourir en 2014. On peut le suivre sur Facebook et sur Twitter :@Vadeboncoeur_Al.

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Le fait que des joueurs de hockey vedettes développent cette maladie va peut-être faire prendre conscience à la population que la vaccination est importante. S’il devenait stérile, ce serait encore mieux (même si je ne lui souhaite pas ça).

Ce pourrait-être la meilleure publicité possible pour la vaccination, si les journalistes prennent l’occasion pour en parler et bien informer les gens.

Les pédiatres connaissent sûrement les bienfaits d’un certain nombre de vaccins. Comment se fait-il qu’ils ne réussissent pas à convaincre la plupart des parents ?

Le taux de vaccination pour les oreillons atteint (ou a atteint?) 95%. C’est donc dire que de manière générale, la plupart des gens étaient convaincus.

Oui, c’était un peu l’objectif de ce texte. Faire réaliser qu’il s’agit d’une maladie facilement contrôlable avec un bon taux de vaccination, mais qui a des conséquences pouvant être dramatiques.

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