Les tests de féminité pour Semenya sont dépassés

L’enquête médicale à laquelle va devoir se soumettre Caster Semenya pour déterminer si elle est réellement une femme n’a aucun sens, de l’avis de plusieurs spécialistes. Car du point de vue scientifique, il est tout simplement impossible de répartir les milliards d’individus que compte l’espèce humaine en seulement deux catégories complètement distinctes, d’un côté des hommes, de l’autre des femmes.

Si l’on veut vraiment séparer l’humanité en deux, on n’a d’autre choix que de fixer une limite arbitraire, fusse-t-elle possiblement discriminatoire pour certaines personnes. Cela faudrait toujours mieux que de sacrifier l’avenir d’une fille de 18 ans en la soumettant à un processus d’examen de son identité extrêmement traumatisant. 

«La différenciation des sexes est une chimère persistante», écrit la biologiste et généticienne française Joëlle Wiels dans le livre Masculin-féminin, mythes et idéologies paru en 2006. Pourtant, dans le sport, elle est considérée comme nécessaire. Depuis une quarantaine d’années, les fédérations sportives et le comité international olympique ont donc eu recours à des méthodes de plus en plus sophistiquées pour tenter de déterminer le sexe des athlètes inscrites dans les compétitions féminines.

On a commencé par exiger qu’elles se soumettent à un examen physique des organes génitaux, réalisé par exemple par un gynécologue. Plutôt embarrassant, et discriminatoire par rapport aux hommes, à qui on ne demande rien. Les généticiens ont alors proposé qu’on distingue hommes et femmes sur la base de leurs chromosomes sexuels. À l’école, vous avez sûrement appris que les femmes ont deux chromosomes X, alors que les hommes ont un X et un Y. Aux JO d’hiver de 1968, on a donc inauguré une nouvelle méthode: prélever un échantillon de salive puis l’examiner au microscope pour y rechercher le corpuscule de Barr, un amas d’ADN présent dans le noyau des cellules et qui indique la présence de deux chromosomes X.

Jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que le lien entre chromosomes et identité sexuelle n’était pas si tranché: même si la grande majorité des femmes (au sens commun du terme) ont deux chromosomes X, certaines ont un X et un Y, tout comme certains hommes ont deux chromosomes X et pas de Y. Certains individus ont même trois chromosomes X!

Aux JO d’Albertville, en 1992, on a donc remplacé cette méthode controversée par une autre théoriquement plus fiable: la recherche, grâce à un test génétique, d’une séquence d’ADN précise dans le chromosome Y, sensée être présente uniquement chez les hommes. Sauf que cette méthode montra aussi très vite ses limites: on a trouvé des femmes porteuses de cette portion d’ADN, alors que des hommes ne l’avaient pas (ceux-ci auraient donc pu tricher pour concourir avec les femmes) … «Le recours aux tests génétiques a ouvert une véritable boîte de Pandore tant pour les athlètes que pour les officiels», explique ici le chercheur britannique Jonathan Reeser.

Le CIO décida de mettre fin à ces tests en 2000 et s’ouvrit à la différence, en fixant de nouvelles règles du jeu pour des personnes hermaphrodites. Ce qui n’a pas empêché la Chine de tester à nouveau le chromosome Y aux JO de 2008.

Pendant tout ce temps, des endocrinologues ont aussi proposé leur vision des choses, puisque les niveaux d’hormones sexuelles sont habituellement assez distincts entre hommes et femmes. Mais dans ce domaine aussi, on s’est vite aperçu qu’il était impossible de séparer strictement les individus en deux sexes. Il peut exister des différences de niveaux de testostérone bien plus grandes entre deux hommes qu’entre certains hommes et certaines femmes. 

L’IAAF a décidé en 2006 de remplacer les tests de féminité par un comité d’experts chargé de trancher au cas par cas lorsqu’il y a un doute. On ne sait pas grand chose du comité qui examinera la situation de Caster Semenya, sinon qu’il est formé d’un endocrinologue, d’un gynécologue, d’un psychologue, d’un spécialiste en médecine interne et d’un expert des questions d’identité sexuelle et de transgenre. Le processus est périlleux et fortement réducteur, car ces experts n’ont droit qu’à deux réponses pour une question aussi complexe. Oui, ou non.

On imagine à quel point se soumettre à un tel examen peut être extrêmement traumatisant, plus encore quand les résultats sont rapportés par les médias du monde entier. Pour Caster Semenya, si la réponse est «Non, elle n’est pas une femme», bien des mauvaises langues l’accuseront d’avoir triché, même si c’est complètement faux. Si la réponse est oui, on retiendra quand même que les experts ont douté.

Que faire? Une spécialiste américaine des questions de genre, Alice Dreger, propose une solution qu’elle explique ici : dresser une liste précise de régles pour la classification des individus entre les deux catégories, qui  puisse être discutée par des scientifiques, validée ou améliorée au fil des ans, et à laquelle chaque athlète puisse se référer. Avant de s’inscrire à une compétition, les Caster Semenya de ce monde pourraient être fixées sur leur cas dans le secret d’un cabinet médical plutôt que sur la place publique.

Ce serait déjà nettement moins dommageable que le cirque médiatique actuel.

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Il y a des questions éthiques à se poser mais il reste que par équité avec les autres femmes, il faut savoir sa prédominance sexuelle, étant donné que ça peut lui donner un certain avantage dans le développement musculaire et dans l’endurance cardio-respiratoire.

Puisque les femmes se battent pour l’égalité depuis des décennies, pourquoi ne pas faire des jeux olympiques mixtes, (homme, femme,….etc)
….c’est un exemple juste puisque maintenant on a des femmes pompiers et des hommes pompiers et beaucoup d’autres exemples.

c’est ce qu’on appelle fendre les cheveux en 4.
Considérant que dans la majorité des cas mettons 99% il est très facile de classer les individus entre hommes et femmes. Pour les hermaphrodites qu’on les laissent choisir leur genre préféré.
Si Caster se considère comme une femme c’en est une.
Peut importe que certaines considère que son physique l’avantage. Ce ne sont que des jeux après tout.

Le sexisme dans les sports est inacceptable, l’apparteid olympique, l’insulte faite aux femmes. Le préjugé qu’elles sont inférieurs, et donc doivent concourir dans une classe spéciale.

La seule raison pourquoi nous les femmes sommes moins performantes au niveau sportif, c’est que nous n’avons pas les mêmes opportunités que les hommes.

Il faut arrêter ces préjugés négatifs à l’égard des femmes. Tous ces tests sont réservés aux femmes, les hommes eux, considérés comme supérieurs n’ont pas à s’abaisser à ces tests.

@ louise

Je suis une femme et je crois que c’est une bonne chose que les femmes et et les hommes soient séparés dans les compétitions! Par la stature et la force des hommes, les femmes finiraient toujours après les hommes de toute façon… Il n’y a rien de rabaissant en disant que la testostérone des hommes fait toute la différence!

Ce n’est pas en jouant les victimes que les femmes vont progresser…

Halte aux discriminations! sexe et genre sont deux choses différentes !

https://wcd.coe.int/ViewDoc.jsp?id=1476821&Site=DC&BackColorInternet=F5CA75&BackColorIntranet=F5CA75&BackColorLogged=A9BACE

Le Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe s’est clairement exprimé (ci-dessus, 29 Juillet 2009) sur ces questions, mais entre les recommandations et l’application des lois, encore faut-il que celle ci existent !

A force de vouloir absolument mettre l’humanité dans deux cases, on ne contribue en fait qu’à institutionnaliser la discrimination…

Il existe de nombreux cas différents d’hermaphrodisme, faut-il pour cela en faire une catégorie globale sous prétexte qu’ils ne sont pas XY (« Hommes ») ou XX (« Femmes »).

Faut il ensuite faire une discrimination pour mettre à part les hommes devenus femmes et, bien entendu les femmes devenues hommes ???

Après ça, il restera à faire des compétitions spéciales pour les noirs, distinctes de celles des blancs, et des jaunes… sans oublier qu’il y a des métis dans tous les coins…

Sans compter qu’on organise des jeux « gays »… et, logiquement par contre, des jeux paralympiques (Pistorius est un tricheur parce que ses prothèses de jambes l’avantagent !!)

Berlin… 1936…. Jesse Owens… il y avait bien un petit moustachu qui trouvait ses performances anormales !

Lors des championnats du Canada 2006 de mountain bike, remportés par Michelle Dumaresq, homme devenu femme… la seconde, Danika Schroeter, a eu le bon goût d’arborer sur son maillot: « 100% pure woman champ »…
Sa fédération lui a collé trois mois de suspension.

Y aurait-il des individus ayant moins de droits que d’autres sous prétexte qu’ils ne sont pas XY ou XX ??

Etoile jaune ou Triangle rose pour les mettre en évidence ??

Signé: une femme sportive (pratiquant en compétition, et fort légalement) mais pourtant d’origine non génétique… hé oui