Lésions de la moelle épinière : importante découverte au CHU de Québec

Le neurologue-chercheur québécois Steve Lacroix et son équipe étudient de toutes petites cellules du système immunitaire, les microglies. Leur récente découverte ouvre de nouvelles voies de recherche pour la communauté scientifique.  

Savoir média / Getty Images / Montage L'actualité

Une chute ou un accident de voiture peuvent avoir de graves conséquences si la moelle épinière est touchée. Au Canada, environ 85 000 personnes — dont quelque 20 000 Québécois — sont devenues paraplégiques ou tétraplégiques à cause d’une telle lésion. Or, les experts ne comprennent pas encore parfaitement les processus en cause.

Steve Lacroix, du Centre de recherche du CHU de Québec — Université Laval, s’applique à faire la lumière sur ces mécanismes. Ses travaux sur la cellule du système immunitaire appelée microglie, publiés en janvier 2019 dans la revue Nature Communications, lui ont valu le prestigieux prix Turnbull-Tator 2020, qui vise à soutenir la recherche dans le domaine des lésions de la moelle épinière ou du cerveau.

Avec son équipe, il a établi que la microglie limitait les dommages aux alentours des lésions de la moelle épinière. Une découverte fondamentale, qui permet de mieux comprendre le rôle d’une cellule immunitaire dans les paralysies résultant d’une blessure à la moelle épinière.

Entrevue avec ce neurologue qui possède plus de 20 ans d’expérience dans la recherche sur la moelle épinière.

Comment pourrait-on décrire votre découverte ? 

La microglie, une cellule qui réside dans la moelle épinière et le cerveau, nous défend contre les infections et intervient rapidement pour éliminer les pathogènes. Mais jusqu’ici, son rôle demeurait plutôt nébuleux lorsque des lésions survenaient dans la moelle épinière. Des études antérieures donnaient à penser qu’elle avait un effet néfaste en amplifiant les dommages inflammatoires. 

En utilisant des approches génétiques et des modèles animaux, on a modifié le génome d’une souris pour que ses cellules microgliales deviennent fluorescentes. Cela permet de les distinguer des autres cellules. C’est là qu’on a observé que sans microglies, les dommages empirent. On s’est rendu compte que ces cellules contribuent à former une cicatrice qui empêche l’inflammation de se propager. La microglie a donc un effet bénéfique.

Avec vos nouvelles connaissances sur les microglies, quelle est la prochaine étape dans vos recherches ?

On aimerait mieux contrôler cet effet de cicatrice autour du site lésionnel. Si c’est une bonne chose que la cicatrice restreigne l’inflammation, cela empêche toutefois les axones de se régénérer [l’axone est le prolongement du neurone].

La recherche est encore au stade fondamental. On tente de savoir si on peut faire en sorte que les microglies forment une cicatrice pour contenir l’inflammation tout en permettant aux axones de se régénérer. D’un point de vue clinique, ces travaux sont loin d’être prêts pour guérir un patient qui aura une lésion. 

Il faut faire attention de ne pas donner trop d’espoir aux personnes atteintes de ce type de lésion. Une dame dont le fils est tétraplégique depuis plusieurs années m’a écrit pour me dire que cela la rendait heureuse que les recherches continuent de progresser. Ce genre de message nous rapproche de la réalité des gens, et c’est ce que l’on souhaite, faire avancer les choses.

Le risque en recherche est souvent d’essayer d’aller trop rapidement vers un traitement applicable chez l’humain et d’éventuellement empirer la situation. Ma philosophie est de comprendre tous les fondements de la biologie et des maladies avant de penser à transférer ces connaissances vers la recherche et le traitement.

Actuellement, quels sont les traitements possibles et ceux que l’on envisage pour plus tard ?

Présentement, aucune médication n’est efficace à 100 %. Ceux qui subissent des lésions reçoivent dès les premiers instants des anti-inflammatoires pour réduire les dommages. Il existe des interventions sur le plan chirurgical, qui vont stabiliser la colonne vertébrale et créer une sorte de compression de la moelle épinière. 

On remarque aussi qu’il y a de plus en plus de recherches intéressantes sur les neuroprosthétiques. Ce sont des dispositifs déposés à la surface de la moelle épinière qui vont aller stimuler l’activité électrique des neurones et reconstruire la mécanique derrière le mouvement des patients. Ça ressemble un peu à de la science-fiction, mais c’est vraiment une voie potentielle pour les patients avec des lésions de la moelle épinière. D’excellents chercheurs en Suisse, aux États-Unis et même ici, au Québec, y travaillent.

Il y a aussi des projets expérimentaux sur les animaux, dans le cadre desquels on greffe des cellules souches directement au site lésionnel. Même s’il y a eu des progrès dans ce domaine dans les dernières années, ce n’est pas encore au point.

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Je me demande si ce genre de traitement pourrait être éventuellement utilisé dans le traitement des lésions causées par la sclérose en plaques…

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Bravo de faire connaître vos recherches. Les montants des tickets pour la vitesse devraient aider vos recherches et la fondation Martin Matte de Laval pourraient en bénéficier. Bravo!

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