L’homéopathie fonctionne! Mais je prescris plutôt la natation.

Pour certains problèmes plus difficilement mesurables comme la douleur, la fatigue ou le ballonnement, le placebo peut vraiment résoudre des problèmes.

3480 McTavish, 9h50, vendredi. J’étais tombé sur cette note dans mon agenda. Mais c’était quoi, l’adresse? Aucun souvenir, peut-être un congrès à McGill? La semaine plutôt intense ayant déboulé, j’avais omis de vérifier. Ce qui m’a permis, tenez-vous bien, de comprendre que l’homéopathie fonctionnait. Rien de moins.

Il faut dire que notre pétition canon Mini-Miss m’avait tenu fort occupé. Lancée en vitesse mardi vers 15h00, quand nous avions vu le Journal de Montréal mettre en ligne notre lettre ouverte (« Mini-Miss au Québec? Non merci! »), elle avait recueilli jusque là 40 000 signatures… en 53 heures! Et entrainé son lot d’activités médiatiques. (N’oubliez pas de la signer, je dis ça de même.)

Mais 3480 McTavish… Un truc de cardiologie? Un congrès sur le système de santé?

Le courriel reçu la veille d’une des organisatrices m’a rapidement remis les yeux en face des trous:

« La conférence est demain, j’espère que vous vous sentez en forme! Alexandra Fletcher. »

Gentil de me faire un rappel, mais pourquoi devrais-je être en forme?

« S’il y a de quoi demain matin, vous pouvez m’appeler au 514-000-0000. »

Du service : prendre la peine de laisser un numéro en cas de pépin. La suite était  plus inquiétante :

« On a eu un changement hier: Dr XXXXX a dû annuler à la dernière minute, alors sentez-vous libre de présenter pendant plus de temps (jusqu’au 20 minutes) si vous voulez, on a moins de restrictions sur le temps! »

Sueurs froides.

Je suis retourné à mes courriels. Jusqu’à dénicher le bon : je n’allais pas assister à cette conférence – j’y étais conférencier! Ce qui, on en conviendra, est fort différent.

Et même avec plus de temps de glace, puisque nous n’étions plus que deux sur scène : moi et l’intéressant directeur du Département de médecine familiale à McGill, le docteur Howard Bergman.

Le thème? « The Future of Family Medicine: A new model of care for better health outcomes » rien de moins. Dans le cadre de la « 4e journée annuelle du Dialogue sciences et politique ».

On allait parler des Groupes de médecine familiale (GMF) et de la première ligne, sujets sur lesquels j’avais déjà réfléchi, tout de même, ça ne serait pas trop difficile à préparer.

Mais il fallait s’y mettre. Ce qui m’a conduit jusqu’à 3h30 du matin. Et à neuf, je me relevais pour aller présenter. Nuit un peu courte. Ce qui fut providentiel.

Au fait, la conférence s’est plutôt bien déroulée. Le docteur Bergman a proposé sa vision nuancée de la première ligne, où il faut « animer le changement » plutôt que « l’imposer ». Et moi la mienne, évidemment un peu iconoclaste.

Ma question principale : « Bigger or better practice? » Parce que les GMF font certainement partie de la solution, comme on dit, mais il ne faut pas y répéter à plus large échelle nos faiblesses actuelles.

J’ai commencé: « Je suis un partisan de cette nouvelle manière d’offrir des soins, appuyée par le système public, interdisciplinaire, globale, centrée sur le patient et intégrée, permettant d’offrir un meilleur accès et des soins de santé mieux coordonnés… » Ce que je concluais par : « …les CLSC. »

Je blaguais. Mais c’est bien ce qui était visé avec les CLSC, créés par le ministre Claude Castonguay au début des années 1970.

Au fait, le modèle du CLSC ressemble à celui des GMF, proposé 30 ans plus tard à la commission Clair, notamment par le docteur Bergman lui-même, alors membre de la commission – la propriété publique en moins.

Les médecins étaient alors restés méfiants. Ce qui devait être la porte d’entrée du système de santé ne l’est jamais devenu. Bien que les CLSC ont ensuite développé une excellente offre de services de proximité et de soutien à domicile. Mais on n’a jamais passé beaucoup par là pour accéder aux soins courants.

J’ai aussi mentionné qu’on pourrait faire mieux avec les GMF, mais également, si on ne fait pas attention, plus de ce que nous faisons actuellement mal : par exemple, offrir un accès rapide modulé sur les besoins des patients, mieux coordonner les soins et viser un impact réel sur la santé des patients.

Parmi les « soins » que j’ai remis en question, question de faire jaser, il y a ces « check-ups » annuels. Pour les  personnes en bonne santé, ça ne change pas grand-chose à leur état, sauf pour certains dépistages précis et plutôt limités.

Il y a même un petit risque : tests inutiles et donc effets secondaires conséquents. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est une vaste analyse du groupe Cochrane, référence béton.

Nous sommes ensuite passés à la discussion, fort animée. Puis, je suis rentré, plutôt fatigué, mais heureux, comme toujours après une rencontre avec un public intéressé.

La perte du cellulaire

Jusqu’à ce que je réalise que je n’avais pas mon cellulaire. Fatigue aidant, je l’avais perdu.

J’ai paniqué un peu, mais comme j’avais suivi mon chemin avec mon GPS, il devait être resté à la conférence.

J’y suis retourné au pas de course. Où nous l’avons finalement localisé : sur la table, près du projecteur.

Tout allait bien. Je devais attendre la fin de la conférence actuelle.

Qui était, je m’en suis vite rendu compte, fort intéressante: avec Joe Schwarcz, PhD, professeur au département de chimie et directeur de l’organisation pour la science et la société de McGill. Il y allait d’une critique rigoureuse de l’homéopathie.

Il expliquait notamment pourquoi l’homéopathie ne fonctionne pas et ne peut fonctionner, qu’il n’y avait pas de démonstration crédible de son efficacité et que le niveau de dilution proposé impliquait une absence complète de molécules du produit original.

Je me souvenais en parallèle des nombreuses analyses Cochrane sur la question, montrant que le placebo agit autant que le médicament homéopathique pour une variété de problèmes.

La réponse habituelle des promoteurs de l’homéopathie? La science « traditionnelle » ne peut rien démontrer quant à l’efficacité de l’homéopathie, parce qu’une telle pratique individualisée ne peut se « réduire » à des études scientifiques « standards ».

Le principe fondateur de l’homéopathie, cette fameuse « mémoire de l’eau », était aussi mis à mal par le docteur Schwarcz. Comme si des molécules contenaient une image fantôme de toutes les substances côtoyées.

Bref, une arnaque – ou pour parler plus poliment : des prétentions pas à la hauteur.

L’épiphanie

C’est là que j’ai compris la vérité : l’homéopathie fonctionne.

L’épiphanie. Que je n’aurais pas vécue si je n’avais oublié mon cellulaire, ce qui ne serait pas arrivé si je ne m’étais pas couché tard.

C’était pourtant une évidence : l’homéopathie fonctionne tout autant que le placebo, toutes les études le montrent. Ce n’est pas rien. Parce que l’effet placebo est un traitement puissant.

Mais je comprenais du coup que je ne pourrais jamais en prescrire. Parce que ce serait mentir.

L’homéopathie fonctionne, ce qui ne veut pas dire que les médicaments homéopathiques ont le moindre effet biologique. Ce n’est d’ailleurs pas nécessaire.

Quand on donne un placebo à un patient en migraine, son efficacité atteint souvent 30 ou même 40% (alors que les différents médicaments testés ont une efficacité de l’ordre de 60-70-80-90 % selon le cas). C’est vrai pour plusieurs problèmes de santé.

Et 40% d’efficacité, c’est déjà très bien, voyons! Surtout pour un produit qui, par définition, ne contient rien. Sauf de l’eau. Sèche, ce qui est un paradoxe, quand on appuie sa théorie sur la mémoire de l’eau.

Et le placebo ne comporte aucun risque en soi. Ce qui est préférable à d’autres mixtures vendues dans des boutiques parfumées et dont on ne sait pas trop de quoi elles sont dérivées.

Le formidable effet placebo, mesure directe de notre propre capacité à guérir.

Évidemment, c’est moins clair si on souffre d’un gros cancer ou d’une fracture, mais pour certains problèmes plus difficilement mesurables comme la douleur, la fatigue ou le ballonnement, le placebo peut vraiment résoudre des problèmes.

Et pour ceux qui se posent maintenant la question, je doute peut-être de l’efficacité de certains tests offerts aux personnes bien portantes, j’ai souvent écrit là-dessus, mais je doute encore plus de l’homéopathie. Du moins, qu’elle soit plus efficace que le placebo.

Mais je pense tout de même qu’il s’agit d’une remarquable stratégie de potentialisation de l’effet placebo. Si on y croit, ça marche. C’est simple, non?

Comme ma sœur, pour prendre un exemple concret. Ce qui occasionne d’ailleurs de nombreuses discussions passionnantes autour d’un souper. Oui je sais, on se voit pas assez souvent, je vais t’appeler, promis.

D’où le dilemme : comment conserver le potentiel d’autoguérison du placebo sans le purger son remarquable effet placebo?

Le cérémonial même de l’homéopathie, ce long et poétique questionnaire holistique explorant les méandres du vécu, c’est un magnifique potentialisateur placebo.

Défi. Peut-être insoluble. Ou du moins, impossible à diluer.

Pour qu’un placebo fonctionne – ou l’homéopathie – il faut y croire. Mais si le praticien n’y croit pas et en informe le patient, comme il doit le faire, peut-être que ce patient n’en ressentira aucun effet bénéfique. Et même que sa compliance sera affectée : pourquoi prendre jusqu’au bout un traitement dont mon médecin vient de se moquer?

Or, je ne peux pas mentir à mes patients. Je ne pourrais pas, sachant que je prescris du vent. Ou plutôt de l’eau. Avec une mémoire. Sèche. En fait, je ne pourrais pas m’empêcher de sourire. Ce qui annulerait sans aucun doute son effet potentiel.

Je ne peux pas. Ni faire tout le cérémonial, pourtant clef. Ni éviter d’arborer un air sceptique. Je  fais donc un piètre homéopathe.

Ma seule science homéopathique consiste à mettre parfois la main sur l’épaule d’un patient qui en a besoin. Et vous savez quoi: ça marche. Parce qu’on y croit.

Primum non nocere

C’est fâcheux, parce qu’à tout prendre, puisque l’homéopathie est clairement sans risque, je devrais l’utiliser… davantage.

Le seul risque de l’homéopathie, c’est quand elle prétend se substituer aux traitements montrés efficaces. Surtout quand les patients interrompent des traitements « allopathiques » validés, par exemple une chimiothérapie, pour se tourner vers l’homéopathie, pensant accélérer la guérison.

Puisque je ne peux honnêtement prescrire de l’eau sèche, même avec une mémoire, aussi bien proposer à mes patients d’aller nager dans l’eau mouillée, un excellent traitement pour l’anxiété, la fatigue, l’obésité, le diabète et les petits malaises.

Ceci dit, dans le cadre de la préparation de cette réflexion, mon ami Ianik Marcil a ouvert une nouvelle perspective que je n’ai malheureusement pas le temps d’aborder: qu’en est-il de la natation sèche? J’y reviendrai sans doute. D’après Jacques Morisette, un ami Facebook que je ne sais pas ce qu’il fait, la natation sèche, ça marche (NDLR dans le sens de « ça nage ») si on y croit.

Sans compter que cette question pourrait ouvrir un vaste débat de santé publique: pourquoi pas l’homéopathie mouillée? J’ai calculé qu’avec un seul milligramme de Rumex Crispus lancé dans l’océan, on pourrait éradiquer en quelques jours le rhume. Mais personne n’en parle, ce qui sent le complot allopathique. Abraham Flexner, sors de ce corps (je reviendrai un jour sur ce fameux rapport qui en 1910 consacra la suprématie de l’allopathie sur les autres pratiques médicales).

Et vous, êtes-vous plus homéopathie sèche ou natation mouillée?



 

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Bonjour
Intéressant tout ça – je me demande seulement pourquoi ces « médicaments » sont en vente dans les pharmacies, opérées par des pharmaciens qui doivent, en principe, protéger le public ? Voilà un corps professionnel qui ne semble pas aimer la natation.

Il faudrait leur poser la question. Le Pharmachien, en tous cas, dénonce la vente de médicaments homéopathiques.

Pourquoi également les pharmacies vendent-elles des barres de chocolat, des croustilles, des boissons gazeuses, et tout une panoplie de produits (vêtements, produits de beauté, papier de toilette, etc…!!!) qui n’ont rien, strictement rien à voir avec la profession?

On leur a enlevé les cigarettes il n’y a pas si longtemps mais ce fut un combat épique.

J’aimerais bien ne pas croire à l’homéopathie, mais alors comment expliquer que cela fonctionne chez les enfants et les animaux? Et comment expliquer qu’une sceptique comme moi fut guérie d’un foudroyant problème de sinus il y a 10 ans, après une seule dose de « hepar sulph »? Comment expliquer que mon beau-père mexicain, un vieillard assez stupide à qui j’avais donné le flacon de laxatif que m’avais prescrit la pharmacienne homéo, pour qu’il prenne 4 petits globules le soir et 4 autres le matin au besoin, mais qui prit toute la petite bouteille, se réveilla en pleine nuit baignant dans les excréments, et ma belle-mère aussi? (Tous deux sont allés à leur tombe croyant que j’étais une sorcière!)

Pourquoi ne pas avouer tout simplement que peut-être existe-t-il une façon de mesurer les choses qui n’a pas encore été découverte?

Bonsoir. Merci de vos commentaires.

D’abord, j’aimerais bien voir les évidences montrant con efficacité chez les animaux. Voici justement le point de vue d’un expert vétérinaire sur la question, et notamment un résumé des études.

Sur les enfants, je ne connais pas non plus d’études qui montrent que cela fonctionne. Cochrane montre des études négatives.

Pour le reste, les expériences individuelles ne peuvent constituer une preuve de l’efficacité d’aucun traitement. Ce sont des anecdotes, qui peuvent permettre de générer des hypothèses, mais pas de prouver quoique ce soit.

On peut aussi dire que la manière de mesurer l’efficacité de l’homéopathie n’a pas encore été découverte, mais compte tenu qu’elle existe depuis fort longtemps, il est surprenant que personne n’ait découvert une telle méthode.

oui, cher docteur Vadeboncoeur, comment expliquez-vous que l’homéopathie donne des résultats sur des enfants ou des animaux ? Oui, c’est anecdotique, mais pour une mère dont la fille de 18 mois fait du faux croup en pleine nuit, et qui lui administre (sur les conseils de son médecin homéopathe) tel remède homéopathique, et qui constate qu’elle respire mieux dans les minutes qui suivent (et ce, lors de plus d’une crise de faux croup), cela veut dire que cela fonctionne. C’est personnellement ce qui m’a convaincue des bienfaits de l’homéopathie. Comment cela fonctionne ? Pourquoi cela peut donner de bons résultats ? On n’en sait rien. Il pourrait se passer quelque chose à un niveau encore méconnu dans notre société, le niveau énergétique. Si les médecins étaient plus ouverts à certaines approches alternatives, les malades pourraient s’en porter mieux. La médecine se prive de ressources utiles par manque d’ouverture d’esprit. Vous conviendrez avec moi que pendant des siècles, elle a soigné suite aux observations menées par les cliniciens (les fameuses ‘anecdotes’). Je connais pour ma part des centaines de personnes ayant bénéficié d’approches alternatives, incluant l’homéopathie. Et pourquoi un agriculteur dépenserait son argent durement gagné en faisant soigner ses animaux par un homéopathe, si cela ne fonctionnait pas ? L’effet placebo parce que lui-même y croit ? Peu importe, l’important, c’est que cela fonctionne. Et là-dessus, nous nous rejoignons.

Bonsoir. Il est impossible d’évaluer un effet sur un cas particulier. Je vous donne un simple exemple: mon voisin a une migraine intense. Il prend de l’homéopathie, il est soulagé. Donc l’homéopathie est efficace. Est-ce une preuve? Non, c’est une anecdote. Sa migraine a pu passer d’elle-même. Ou encore, il se peut que l’effet placebo, qui soulage un bon pourcentage de migraineux, ait « fonctionné ». ce qui n’a rien à voir avec l’homéopathie, puisque des pilules de lactose sans aucune prétention homéopathique ont le même effet dans les études qui comparent un médicament « X » à un « placebo ». Ou encore il se peut que l’homéopathie fonctionne pour le migraines.

Les anecdotes ne peuvent que permettre de générer des hypothèses, qu’il faut ensuite tester. La meilleure méthode pour tester une hypothèse, c’est une étude au hasard et à l’aveugle, qui permet de contrôler pour beaucoup de facteurs confondants qui peuvent nous faire penser qu’un médicament est efficace alors qu’il ne l’est pas. Si vous avez une meilleure méthode, donnez-moi la. Or, dans de telles études, l’homéopathie s’avèrent équivalente au placebo. C’est à dire ni meilleure ni pire. Voilà tout. Mais cela veut aussi dire que la « granule » elle-même n’a aucun effet en soi.

L’homéopathie est en place depuis très longtemps. Il est fort probable que si elle avait un effet mesurable, une méthode aurait été trouvée pour le démontrer (si la méthode décrite ci-haut ne vous convient pas). Pour le reste, il est toujours possible qu’elle soit efficace, mais que la science actuelle ne puisse en faire la preuve. Mais si la science actuelle ne peut en faire la preuve, ce ne sont pas des anecdotes qui le pourront: en médecine, il est très fréquent de voir des anecdotes, des séries de cas, des petites études, qui paraissent toutes positives, être niées par une grande étude bien faite. Ce qui anéantit la preuve.

Ce que vous décrivez est de l’ordre de la croyance. Vous avez le droit d’y croire. Mais ce n’est pas une preuve ni le début d’une démonstration.

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