L’hypnose médicale : au-delà du spectacle

Au Québec, des dentistes et des psychologues utilisent cette technique pour soulager la douleur et calmer l’anxiété. Et ça marche.

L’hypnose médicale : au-delà du spectacle
Photo : iStock

Le dentiste montréalais Claude Verreault effectue des interventions chirurgicales dentaires sans anesthésier ses patients. Il les hypnotise !

Devenue subitement allergique aux anesthésiques l’an dernier, Lise Éthier a eu recours à ses services il y a quelques mois pour un traitement de canal. « L’intervention a duré une heure et demie ; je n’ai ressenti aucune douleur », témoigne cette femme de 63 ans, réalisatrice de documentaires et photographe.

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« L’hypnose n’a plus à faire ses preuves », affirme le président de la Société québécoise d’hypnose, Michel Landry. Ce psychologue utilise cette technique pour accompagner les personnes aux prises avec des douleurs chroniques, de l’anxiété, de l’insomnie, des acouphènes et bien d’autres maux. Sans faire disparaître le problème de façon miraculeuse, cet outil améliore grandement la vie de ses patients. En oncologie, par exemple, l’hypnose calme l’angoisse et allège les effets secondaires de la chimiothérapie.

« Il y a encore beaucoup de mythes au sujet de l’expérience hypnotique, notamment en raison de ce que les gens voient dans les spectacles, note Michel Landry. Les gens croient qu’ils ne se souviendront de rien ou que c’est l’hypnotiseur qui prend les commandes. C’est faux. »

Pour entrer dans cet état modifié de conscience, assez semblable à la méditation profonde sur le plan neurologique, la personne doit d’abord être motivée à le faire. Bien difficile d’hypnotiser quelqu’un malgré lui. « Toute hypnose est de l’autohypnose », soutient le psychologue. Le rôle du thérapeute consiste à guider la personne, selon l’objectif visé.

Une fois sous hypnose, la personne devient en effet très réceptive aux suggestions de ce « guide » ; alors qu’un hypnotiseur de scène demandera à ses volontaires de se prêter à des bouffonneries, un psychologue ou un dentiste visera évidemment l’atteinte du bien-être.

Il existe des dizaines de façons d’entrer en hypnose. Lise Éthier a fait appel à la visualisation. « J’ai imaginé ma gencive en train de se givrer, en me disant : « Je ne peux ressentir de douleur, c’est un morceau de glace ». » Durant toute la durée de l’intervention, elle s’est plongée dans les souvenirs heureux d’un voyage en Grèce, revoyant les lieux et les gens, comme elle l’aurait fait lors d’une séance de relaxation.

« On demeure conscient, témoigne-t-elle. Pendant l’intervention, j’entendais le téléphone et la voix du dentiste. On garde aussi la maîtrise de soi ; j’aurais pu décider de mettre fin à la séance. À un certain moment, je suis d’ailleurs un peu revenue à la réalité et j’ai senti faiblement ma gencive. En un éclair, j’ai pris conscience que je ne pouvais me permettre d’avoir mal et je suis retournée à mon voyage en pensée ! » Avec succès.

Cette technique est suffisamment puissante pour modifier le fonctionnement même du cerveau. Sous hypnose, les zones cérébrales associées à la vision et aux sensations réagissent comme si la personne vivait réellement les suggestions plutôt que de seulement les imaginer. Ainsi, si on présente un tableau en couleurs à une personne hypnotisée en lui disant qu’il est en noir et blanc, les zones cérébrales à l’origine de la vision en couleurs demeurent inactives.

Grâce à l’imagerie cérébrale, le chercheur en neuropsychologie Pierre Rainville, de l’Université de Montréal, a démontré qu’une personne sous hypnose dont la main est plongée dans l’eau très chaude peut moduler la sensation de douleur ressentie. La zone du cerveau associée à la représentation du corps devient nettement moins active quand on suggère à la personne qu’elle ne ressent rien.

Cette capacité de maîtriser la douleur est extrêmement utile lors d’un accouchement ! Spécialisée dans les suivis de grossesse, l’omnipraticienne Nathalie Fiset a mis sur pied en 2005 un programme d’autohypnose destiné aux futures mamans. Depuis, des centaines de bébés québécois sont nés d’une maman hypnotisée.

Choisir un thérapeute

Au Québec, l’utilisation de l’hypnose n’est pas réglementée. Plusieurs écoles et instituts offrent des formations de quelques fins de semaine, et n’importe qui peut ouvrir un bureau d’hypnothérapeute. Seule la Société québécoise d’hypnose exige de ses membres qu’ils soient d’abord des professionnels de la santé membres d’un ordre reconnu et elle leur donne elle-même une formation. Elle compte une dizaine de dentistes et plus de 90 psychologues.

ET ENCORE

Accoucher sous hypnose >>

Pour voir le Dr Claude Verreault à l’œuvre dans l’émission Les francs-tireurs >>

 

 

 

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1 commentaire
Les commentaires sont fermés.

Cher monsieur, vous dites dans votre article que l’hypnose de spectacle peut laisser des séquelles etc. et vous faites vous même des représentations. Je ne comprends pas la logique.