Loi sur les pêches : les scientifiques en colère contre Ottawa

625 scientifiques canadiens dénoncent dans une lettre envoyée au premier ministre Stephen Harper les modifications que le gouvernement fédéral veut apporter à l’article 35 de la Loi sur les pêches, qui «interdit d’exploiter des ouvrages ou entreprises entraînant la détérioration, la destruction ou la perturbation de l’habitat du poisson.»

Cette mesure, que le ministre des Pêches et Océans Keith Ashfield a confirmé être à l’étude, faciliterait l’approbation de projets industriels qui pourraient empiéter sur les milieux aquatiques.

À lui seul, le pipeline Northern Gateway, actuellement à l’étude, traverserait 600 cours d’eau pour acheminer le pétrole de la région des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’à la côte pacifique, d’où il serait transporté en Asie.

Le mois dernier, le Globe and Mail rapportait que les autorités chinoises sont frustrées par les délais d’approbation de ce mégaprojet.

Comme par hasard, quelques semaines plus tard, on parle de modifier la Loi sur les pêches…

La perte d’habitat est la première cause du déclin des espèces, rappellent dans leur lettre les scientifiques, parmi lesquels on compte la plupart des grands spécialistes en écologie aquatique au pays, 18 membres de la Société royale du Canada et 30 titulaires de chaires de recherche.

Le Canada est déjà réputé pour sa piètre gestion des pêcheries, comme l’a rappelé récemment un rapport assassin de la Société royale du Canada sur le maintien de la biodiversité marine dont je vous ai parlé dans ce billet.

La Loi sur les pêches aurait besoin d’être renforcée, et non affaiblie, pour mieux protéger les espèces de poisson commerciales et les espèces en péril.

Pourtant, selon les informations obtenues par les chercheurs, les modifications pourraient faire en sorte que la protection de l’habitat ne s’applique plus qu’aux « pêcheries de valeur économique, culturelle et écologique ».

Un non sens, puisque toutes les espèces ont par définition une valeur écologique : c’est la diversité d’un écosystème qui fait sa richesse, non la présence de tel ou tel poisson !

Les poissons ne vivent pas en vase clos et plusieurs des espèces «nobles» se nourrissent de plus petits poissons considérés à tort comme «moins utiles».

Malheureusement, si le gouvernement Harper va de l’avant avec cette mesure, le déclin des espèces, et avec lui celui des pêcheries, va inévitablement s’accélérer.

Une nouvelle bourde scientifique de ce gouvernement ?

Laisser un commentaire

Quand on gouverne pour l’argent et les amis, on est en soi très logique (avec nous-même). Les poissons n’ont pas de conversation et n’ont pas d’argent, ils ne comptent donc pas dans la balance. C’est simple, non?

Puis pour bien faire passer chez les citoyens, il suffit de leur faire peur avec les jobs qu’on perdrait (en fait qu’on ajouterait pas).

En fait, les conservateurs, ce sont des loups déguisés en berger et les brebis conservatrices les suivent sans se poser de question.

Dire qu’on regarde de haut les population du Moyen-Âge parce qu’on se dit que les rois faisaient ce qu’ils voulaient du peuple. Pourtant, depuis les césars, le peuple supporte toujours celui qui amène du pain et des jeux ou d’une façon plus moderne, de l’emploi et du hockey…

solution: privatiser. Quand une ressource appartient directement à qqn/un groupe de personne, c’est (très) généralement mieux géré

Privatiser…

Yeah right…

C’est comme les chasseur de baleines japonais, ce sont des entreprises privées, pourtant elles chassent les espèces en voie de disparition en exploitant sans vergogne un trou dans la législation.

La privatisation a ses avantages, surtout lorsqu’on doit gérer des intérêts précis et rentables.

Par contre, pour ce qui est commun et non-rentable, c’est le pire danger….

Pourtant elles chassent les espèces en voie de disparition en exploitant sans vergogne un trou dans la législation. »

la ressource n’est pas privée

Le plus étonnant dans tout cela, c’est qu’il existe déjà des dispositions dans la Loi sur les pêches à l’article 35(2)pouvant permettre certaines activités, le tout devant faire l’objet d’autorisations en vertu de l’article 58(1)du Règlement de pêche (dispositions générales).

Loi sur les pêches
35. (1) Il est interdit d’exploiter des ouvrages ou entreprises entraînant la détérioration, la destruction ou la perturbation de l’habitat du poisson.
(2) Le paragraphe (1) ne s’applique pas aux personnes qui détériorent, détruisent ou perturbent l’habitat du poisson avec des moyens ou dans des circonstances autorisés par le ministre ou conformes aux règlements pris par le gouverneur en conseil en application de la présente loi.

Règlement de pêche (dispositions générales)
AUTORISATION DE MODIFIER L’HABITAT DU POISSON
Autorisation

58. (1) Quiconque se propose d’exploiter un ouvrage ou une entreprise de nature à entraîner la détérioration, la perturbation ou la destruction de l’habitat du poisson et souhaite voir les moyens ou les circonstances se rapportant à cette activité autorisés par le ministre aux termes du paragraphe 35(2) de la Loi doit en faire la demande au ministre en la forme prévue à l’annexe VI.

(2) L’autorisation visée au paragraphe 35(2) de la Loi doit être en la forme prévue à l’annexe VII.

(3) Les paragraphes (1) et (2) ne s’appliquent pas à l’ouvrage ou à l’entreprise auxquels le Règlement du Pacifique sur l’aquaculture s’applique.

DORS/2010-270, art. 11.

Alors pourquoi vouloir à tout prix abroger l’article 35 et ainsi faire disparaître toute protection accordée aux habitats du poisson ?

Les plus populaires