L’utopie numérique

Les Québécois entrevoient une vie plus agréable grâce aux progrès technologiques. Ça reste à voir…

Technologie : l'utopie numérique
Illustration : Rémy Simard

Les muscles cardiaques fabriqués à partir de cellules souches. Des voitures non polluantes et abordables. Des médicaments conçus sur mesure. Des satellites qui enrayent les épidémies. Les chercheurs promettent de nous en mettre plein la vue dans les années 2010. Et les Québécois attendent leurs innovations avec impatience. Selon un sondage CROP-L’actualité, les trois quarts d’entre eux pensent que les progrès technologiques des 10 prochaines années auront un effet positif sur leur vie !

Cette vague d’optimisme réjouit François-Étienne Paré, animateur de La revanche des nerdz, à Ztélé. « On perçoit encore trop souvent la technologie comme un monstre qui va pervertir nos vies », dit Paré, qui chaque semaine passe en revue, avec son équipe, une avalanche de nouvelles inventions.

Jadis réservés aux bien nantis ou aux nerds, les objets de haute technologie sont de plus en plus accessibles et performants. Qui aurait cru, il y a à peine quelques années, que des « téléphones intelligents », comme le iPhone, permettraient à la fois de parler au téléphone, de suivre les cours de la Bourse et de s’orienter par GPS ? Combien de diabétiques auraient osé imaginer que leur vie serait un jour transformée par l’invention de lecteurs de glycémie portatifs ? Et combien de vidéastes amateurs auraient cru pouvoir se doter, à peu de frais, de caméras de niveau professionnel ?

Directeur de l’Observatoire international du numérique, Hervé Fischer n’est pas surpris des résultats du sondage CROP. Mais ce professeur associé de l’Université du Québec à Montréal met en garde contre un excès d’optimisme. « Le numérique crée de la pensée magique », soutient-il. Selon lui, les utopies du 19e et du 20e siècle, comme le communisme ou l’anarchisme, ont fait place à une autre utopie majeure : la techno­science numérique. « On a tendance à penser que la technologie va résoudre les problèmes écologiques, démocratiques, politiques, et même favoriser la justice sociale », dit-il.

Or, tous les humains ne sont pas encore égaux devant la technologie. En ce qui concerne Internet, par exemple, « la fracture numérique existe encore », affirme Caroline Lachance, coordonnatrice générale de la Corporation de développement économique communautaire de Trois-Rivières. Son orga­nisme offre des ateliers d’initiation à l’informatique gratuits aux résidants des logements sociaux et communautaires des quartiers défavorisés. « Internet s’est beaucoup complexifié ces dernières années, dit Caroline Lachance. Savoir consulter son courrier électronique n’est plus suffisant. On aide, par exemple, les gens à obtenir des services gouvernementaux en ligne ou à postuler pour des emplois. C’est devenu un outil essentiel. »

Si l’essor des technologies de l’information peut contribuer à la démocratie en Chine et au Moyen-Orient, il entraîne aussi certains effets pervers, comme la cybercriminalité, dit Hervé Fischer. Mieux vaut en être conscient, rappelle ce philosophe du numérique.

« La technologie évolue plus vite que les idées, dit-il. On est dans les premières secondes de ce que j’appelle l’âge du numérique. On ne peut pas encore évaluer la portée, les effets, les conséquences des nouvelles technologies. Seul l’avenir nous le dira. » Rendez-vous en 2020.

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Et encore

SONDAGE

Les progrès technologiques des 10 prochaines années vont avoir un effet positif sur ma vie.

Tout à fait / Plutôt d’accord                                                                                  74 %

Plutôt / Tout à fait en désaccord                                                                           21 %

Ne sait pas / Refus                                                                                               5 %

Les hommes et les répondants des ménages dont le revenu dépasse les 100 000 dollars sont les plus enthousiastes face aux progrès technologiques (respectivement 78 % et 81 % d’entre eux se disent tout à fait ou plutôt d’accord avec l’affirmation).

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