Marée noire : aux grands maux, quels remèdes ?

La marée noire menace plus de 8 300 espèces de plantes et d’animaux dans le golfe du Mexique. Et met en danger tout un pan de l’économie américaine.

Marée noire : Aux grands maux, quels remèdes ?
Photo : Gerald Herbert/AP/PC

On ne sait toujours pas si la technique utilisée par BP est en cause dans le déversement de pétrole qui englue le golfe du Mexique. « Par contre, il est clair que nous étions très mal préparés à réagir », dit le biologiste américain Larry McKinney, un des plus grands spécialistes du golfe du Mexique, qu’il étudie depuis plus de 30 ans. Est-ce que ses milieux humides, qui rendent chaque année pour plus de 1,6 milliard de dollars de services à l’économie américaine, se remettront de la catastrophe ? « J’ai peur qu’ils ne survivent pas », dit le scientifique, qui dirige le Harte Research Institute, de l’Université Texas A&M, à Corpus Christi.

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Comment l’environnement sous-marin sera-t-il touché ?

– Nous ne savons vraiment pas. Il semble clair aujourd’hui qu’utiliser des dispersants a été une erreur, même si c’est ce que préconise l’Agence américaine de l’environnement en cas de déversement. Ces produits ont fait se diviser la nappe en de nombreux panaches – dans lesquels le pétrole est sous forme colloïdale [NDLR : lorsqu’une substance se divise en deux phases et que des particules de l’une sont diffusées dans l’autre] -, qui risquent de rester longtemps sous l’eau sans qu’on puisse y faire quoi que ce soit. Or, le déverse­ment est survenu dans une des zones les plus riches du golfe du Mexique en matière de biodiversité : il y a là plus de 8 300 espèces de plantes et d’animaux, selon un recensement que nous avons mené l’an dernier. Est-ce que les micro-organismes de l’eau réussiront à éliminer le pétrole avant qu’il fasse des ravages ? Nous n’en avons aucune idée.

Et sur les côtes ?

– Évidemment, cela dépend de la quantité de pétrole qui va aboutir là. S’il pénètre dans les marais et marécages, il n’y a plus rien à faire. Tant que le pétrole reste en surface, le milieu peut s’en débarrasser assez rapidement. Mais s’il atteint les racines des plantes, celles-ci mourront et le sol s’érodera pour donner naissance à un milieu aquatique ouvert, qui ne rendra plus du tout les mêmes services écologiques.

Que se passera-t-il alors ?

– Le golfe du Mexique est à la fois les toilettes, le comptoir à sushis et la station-service de l’Amérique. Le Mississippi draine 40 % des eaux usées du pays. Le golfe fournit plus de produits de la mer que toute la côte est américaine, du Maine à la Floride. Et c’est aussi en Louisiane qu’on raffine la majeure partie de l’essence utilisée au pays. Toutes ces activités dépendent de l’état de santé de nos milieux humides, qui épurent l’eau naturellement, servent d’aires de reproduction aux poissons et crustacés et constituent une zone tampon qui protège les villes et les usines contre les crues ou les ouragans. Un de nos chercheurs a estimé que ces milieux humides rendent chaque année pour plus de 1,6 milliard de dollars de services à l’économie américaine ! Pourtant, nous en prenons très mal soin. Avant la marée noire, la Louisiane perdait déjà l’équivalent d’un terrain de football de marais et marécages toutes les 20 minutes depuis les années 1930. Là où nous avons beaucoup de chance, c’est qu’il s’agit de milieux très résilients, qui peuvent se remettre naturellement de bien des attaques. Mais à force de leur porter des coups, ils finiront par tomber K.-O. Dans les dernières années, ils ont survécu aux ouragans Katrina et Rita. J’ai peur qu’ils ne survivent pas à la marée noire…