Marée noire : combien valent les bayous ?

BP paiera pour le nettoyage de la marée noire, a annoncé la compagnie lundi. Mais si elle entend se montrer responsable, elle devrait aussi payer pour la perte des milieux humides qui risquent d’être durablement affectés.

Combien ? Des chercheurs affiliés à la Duke University, en Caroline du Nord, et au National Wetlands Research Center, en Louisiane, ont récemment calculé la valeur économique des milieux humides (pdf en anglais) de la vallée du Mississippi.

Leur étude, publiée en mars 2010 dans la revue Ecological Economics, porte sur la vaste plaine inondable qui borde le fleuve depuis l’Arkansas. Mais elle donne une idée des montants en jeu.

Selon eux, un hectare de ces milieux humides rapporte chaque année un minimum de 1 435 à 1 486 dollars.

Ce montant a été obtenu en évaluant la valeur monétaire des trois principaux services rendus par ces écosystèmes :

– le stockage de CO2 sous forme de biomasse et dans le sol : 171 à 222 dollars par an par hectare.

– la dégradation des excédents de nitrates générés par l’agriculture et qui, sans ces milieux humides filtrants, finiraient dans le golfe du Mexique : 1 248 dollars par an par hectare.

– un estimé très partiel de la valeur culturelle et sociale de ces écosystèmes, qui prend en compte uniquement les retombées économiques de la chasse et la pêche dans ces habitats fauniques très riches : 16 dollars par an par hectare.

Dans les dernières décennies, les milieux humides de la Louisiane et des états environnants ont rétréci comme peau de chagrin, sous la pression de l’étalement urbain, de l’agriculture… et des installations pétrolières.

Malmenés, les marais côtiers finissent par disparaître purement et simplement. Voyez cette carte du National Wetlands Research Center (carte en pdf), qui montre que la côte de la Louisiane a déjà perdu près de 5 000 km2 de marais côtiers entre 1932 et 2000.

Si la tendance se maintient, environ 1800 km2 de plus (en gros, quatre fois l’île de Montréal) disparaîtront d’ici 2050, sans compter ceux qui seront détruits par des ouragans. C’est énorme !

En 2003, le communiqué qui accompagnait la publication de cette étude prévenait que cette perte aurait des conséquences dramatiques sur la population, la faune , les pêcheries… et l’industrie pétrolière, puisque les milieux humides côtiers jouent un rôle essentiel de tampon entre le golfe du Mexique et les terres où sont installées la population et les industries.

Un ouragan et une marée noire plus tard, force est de constater que les scientifiques avaient raison. Dommage qu’on ne les ait pas écoutés.

La Louisiane réalise aujourd’hui à quel point elle s’est tirée dans le pied. Et au Québec, faudra-t-il une catastrophe pour qu’on protège aussi un peu mieux nos milieux humides ?

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Dans les causes de la perte de superficie des bayous, vous avez oublié l’exploitation pétrolière et gaziere du sous-sol des bayous qui a fait s’enfoncer le delta du Mississippi de 0.5 à 2.0 cm an depuis le début du XX sciècle. (10 fois plus vite que lors des siècles précédents. Lors du pic d’exploitation gazière et pétrolière du début des années 1970, plus de 11 000 hectares de bayous s’enfoncaient sous l’eau par année. Depuis, la perte est évaluée à 2 600 hectares par an. (diminution de l’exploitation pétrolière dans les bayous)

Bref, l’exploitation pétrolière et gazière des bayous a fait diminuer la valeur totale de ces derniers par la simple diminution de sa superficie.

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