Marée noire : un accident qui tombe à pic ?

L’explosion sur la plateforme pétrolière Deepwater Horizon pourrait provoquer ce que le président Obama qualifie déjà de pire marée noire de l’histoire des États-Unis. À terme, pourtant, cet accident aura aussi des conséquences salutaires à l’échelle de la planète.

D’abord, il met sur le devant de la scène le résultat des négociations entre États et compagnies pétrolières pour établir les normes de sécurité dans l’industrie.

On apprend ainsi que BP, qui prend toute la responsabilité de l’accident, s’est déjà battue pour empêcher l’adoption de normes concernant les valves de sécurité pouvant être actionnées à distance.

La marée voire va forcer les autorités américaines à remettre le nez dans leurs normes pour s’apercevoir que, surtout sous la présidence de George Bush, elles ont laissé beaucoup trop de marge de manœuvre à l’industrie.

Deepwater Horizon n’était pas une vieille plateforme pourrie, elle avait été construite en 2001 par une compagnie innovante, Transocean, qui détient 19 des 23 records de forage en profondeur établis par le passé.

Comme il n’est pas question d’interdire le forage (on a bien trop besoin de pétrole pour ça !), on va sûrement voir un certain resserrement des normes, comme cela s’est passé après le naufrage de l’Exxon Valdez en 1989.

Six mois après cet accident, les États-Unis adoptaient l’Oil Pollution Act qui a obligé les navires à se doter d’un double fonds, pour diminuer le risque de déversement accidentel.

L’Europe, elle, a décidé d’interdire le transport de pétrole dans les navires à simple coque après les naufrages de l’Érika et du Prestige.

Ce n’est pas parfait, mais c’est déjà mieux. On peut toujours viser le risque zéro, mais c’est une illusion.

Le Canada a aussi des leçons à tirer de cet accident. Il n’y a pas encore de forage pétrolier dans l’Arctique, mais ce n’est qu’une question de temps. Or, BP et d’autres compagnies sont déjà à l’œuvre pour assouplir les normes.

L’Office national de l’énergie, chargé de réglementer l’exploration et l’exploitation du pétrole et du gaz, annonçait en février dernier qu’il s’apprêtait à examiner la politique de forage de puits de secours dans la mer de Beaufort. L’accident de Louisiane va peut-être influencer positivement les négociations.

Car dans le Nord, ou dans un territoire maritime confiné comme le golfe du Saint-Laurent, un déversement pétrolier majeur ferait plus de ravages que sur les côtes de la Louisiane, car les bactéries qui dégradent les résidus pétroliers y seraient bien moins actives que dans les eaux chaudes du golfe du Mexique.

L’accident va aussi avoir un gros impact sur la politique américaine relative au forage pétrolier, dont je vous parlais récemment. Vendredi, le président Obama a demandé à son administration de surseoir à toute autorisation de nouveau forage pétrolier offshore. Disons que cela va devenir difficile de ne pas parler des risques environnementaux…

Les Américains vont devoir faire face à un dilemme : continuer à dépendre du reste du monde pour assouvir leur soif de pétrole, ou supporter le risque écologique dont ils vont maintenant bien comprendre ce qu’il signifie.

Espérons qu’ils vont prendre conscience qu’il existe une troisième option, plus durable et moins risquée  : mettre fin à l’incroyable gaspillage de pétrole qu’engendre leur mode de vie…

En attendant les résultats de l’enquête, gardons-nous cependant de condamner en bloc l’industrie pétrolière ou même la compagnie BP pour cet accident.

Répétons-le, le risque zéro n’existera jamais, même avec toutes les précautions du monde. L’important, c’est que le risque ait été évalué correctement, en incluant les catastrophes environnementales et humaines que pourrait entraîner un accident, et que les mesures de sécurité aient été prises en conséquence. Y a-t-il eu négligence avec cette plateforme ? Rien ne le prouve jusqu’à présent.

On va maintenant voir si BP va faire honneur à son sigle, en prenant à sa charge les dégâts causés. Savez-vous que depuis 2000, BP ne signifie plus officiellement British Petroleum mais « better people, better products, big picture, beyond petroleum » ? Et si on ajoutait… Big Problem ?

Laisser un commentaire

…mettre fin à l’incroyable gaspillage de pétrole qu’engendre leur mode de vie…

J’ajouterais : Incluant la majorité des Canadiens

Les mesures de sécurité ne seront adoptées par l’industrie pétrolière que le jour où les conséquences (lire $$$) de leurs gestes polluant seront supérieures aux coûts de ses mesures de sécurité environnementale. Présentement, cette industrie ne veut pas payer pour des mesures car les conséquences d’une fuite ou de la pollution sont en très grande partie assumées par tout les paliers de gouvernements.

Pour ce qui est de notre mode de vie, mon commentaire sur le sujet précédent est des plus pertinents.

Des dommages sans précédent. Et sans ressource pour empêcher la catastrophe ….et puis l’argent: « Obama dit : C’est BP qui va payer »….et BP dit : Oui c’est nous qui va payer.
Ha! Ha! Ha!….. »read my lips » C’EST LE CONSOMMATEUR QUI VA PAYER.

Bon, enfin un article dont le ton est plus optimiste qu’apocalyptique. Il n’oublie cependant pas le pricipe de précaution.

« l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable »
Féliciations.

Je suis entièrement d’accord avec vous monsieur Duquette. En fait c’est malheureusement la même situation, ou méthode de gestion que les entreprises privées utilisent dans leurs opérations internes, la plupart du temps…

On investit dans la prévention, ou dans les formations, ou dans l’embauche de personnel, dans des mesures d’amélioration ( sauf pour respecter les lois ) que dans les situations où les conséquences monétaires de ne pas le faire surpassent les coûts de ces mesures pro-actives ou préventives.

On en revient à cette adage détestable : C’est l’argent qui mène le monde…