Médecine : le mystère des prescriptions hors normes

Les médecins de première ligne du Québec donnent souvent à leurs patients des médicaments qui n’ont pas été approuvés par Santé Canada pour l’usage visé par la prescription, montre une étude de l’université McGill publiée dans les Archives of Internal Medicine.

Tewodros Eguale et ses collègues ont examiné les 253 347 prescriptions signées par 113 médecins de première ligne québécois entre janvier 2005 et décembre 2009.

Ils ont découvert que 11% de tous les médicaments prescrits l’avaient été «off-label». Pour certains de médicaments, le taux de prescriptions hors normes atteignait des sommets, comme pour les anticonvulsants (66,6% de hors normes), les antipsychotiques (43,8%) ou les antidépresseurs (33,4%).

Faut-il s’inquiéter que les médecins dérogent régulièrement aux normes dictées par Santé Canada, même si cette pratique est parfaitement légale ?

Oui… et non.

Dans la majeure partie des cas (79% selon les chercheurs), ces prescriptions hors normes ne s’appuient pas sur des preuves scientifiques.

Pour donner ces médicaments, les médecins se basent sur leur propre expérience et sur la connaissance du patient qu’ils ont en face d’eux. Avec tout ce que cela peut comporter d’aléatoire.

Comme le souligne toutefois un autre chercheur dans une lettre d’opinion publiée par Archives of Internal Medicine (What does off-label prescribing really mean?), la diversité des personnes traitées par un médecin fait qu’il serait illusoire de se dire qu’on peut, lors des études cliniques et des processus d’approbation, prévoir tous les cas où un médicament pourra soulager un malade.

Il y aura toujours de la place, et c’est heureux, pour qu’un médecin puisse déroger aux normes.

Le hic, c’est qu’on manque dramatiquement d’information sur ce phénomène. Le «savoir collectif» des médecins n’est consigné nulle part, pas plus que l’efficacité de leurs prescriptions.

On peut se demander aussi s’il ne faudrait pas revoir les coûteux processus d’approbation d’un médicament quand au final celui-ci est plus souvent qu’autrement prescrit à des malades auquel il n’était pas initialement destiné. Traquer les effets indésirables peut devenir tout un casse-tête dans ces conditions !

Pour Tewodros Eguale et ses collègues, la prochaine étape consistera à essayer d’établir des liens entre les médicaments prescrits et les résultats thérapeutiques en partant des données fournies par les médecins.

À l’heure où l’on essayer de juguler les frais de santé de toutes les manières possibles, il y a certainement là bien des choses à éclaircir…

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