Merci, gestionnaires infirmiers

Ils font preuve de doigté, de dynamisme et de rigueur. Hommage aux gestionnaires infirmiers, qui jonglent notamment avec les aléas budgétaires, le manque de personnel et la pression dans nos centres hospitaliers.

Photo : Daphné Caron

Au cours des 22 dernières années où j’ai été chef d’urgence, j’ai eu le privilège de mettre en place puis d’animer un milieu de pratique stimulant, situé au cœur d’un petit établissement de santé à la fine pointe de son domaine, l’Institut de cardiologie de Montréal. Mais toute bonne chose ayant une fin, j’ai décidé voilà quelques semaines de passer le témoin, avec la satisfaction du devoir accompli, comme on dit.

Je pourrais vous parler longuement des patients que j’aime toujours autant soigner, du personnel infirmier compétent, de l’équipe médicale solidaire comme pas une, des collègues enthousiastes, des chercheurs passionnés et de toutes les personnes de professions et métiers variés sur lesquels se fonde la vie d’un hôpital. Mais je tenais surtout à souligner à quel point je suis redevable aux quatre gestionnaires infirmiers avec qui j’ai eu le bonheur de travailler toutes ces années.

Dès mon arrivée à l’Institut, en 1999, c’est une alliance solide forgée avec la regrettée Danielle Perreault — infirmière-chef durant 21 ans, dont j’ai fait placer le portrait bien en évidence à l’urgence — qui a assuré ma survie dans ce milieu où on me regardait parfois avec un peu de méfiance. Seul urgentologue sur place, je me retrouvais en effet plongé au cœur d’une foule bigarrée d’infirmières, de cardiologues, de chirurgiens cardiaques, d’anesthésistes et d’autres consultants, moi qui n’étais pourtant ni du sérail ni de la spécialité.

Danielle et moi avons rapidement convenu de travailler en cogestion, planifiant tout ensemble et signant conjointement les lettres, les rapports et même les budgets — ce qui n’était vraiment pas ma tasse de thé —, dans une volonté partagée de promouvoir cet interprofessionnalisme médico-infirmier qui nous tenait à cœur. Cette idée, encore assez neuve à l’époque, n’était pas sans amener quelques remous dans un hôpital pourtant à l’avant-garde des soins.

Cette alliance pérenne qui n’a jamais faibli nous a permis de mener de front une foule de projets, de la mise à niveau du fonctionnement de l’urgence à son informatisation en passant par la rénovation complète des lieux. La leçon, c’est que si les deux chefs cliniques, l’infirmière et le médecin, poussent de manière coordonnée leurs dossiers, ils sont assez difficiles à arrêter — ce qui tombait bien, parce nous n’étions pas du genre à stagner, qu’il s’agisse d’instaurer de nouvelles approches pour mieux répondre aux besoins des patients, d’élaborer un système d’information clinique ou tout simplement de changer les moniteurs cardiaques.

Après le départ de Danielle, en 2010, j’ai naturellement souhaité poursuivre cette approche de gestion commune, notamment parce que j’y voyais la meilleure façon de faire bouger les choses dans un hôpital. Au fil des ans, j’ai donc eu le privilège de collaborer avec trois autres gestionnaires bien différents, mais chacun aussi créatif que passionné. Sans doute ai-je été chanceux, néanmoins j’ai chaque fois été renversé par l’implication, la capacité de travail, l’enthousiasme et la rigueur de ces personnes dévouées.

Le métier de gestionnaire infirmier, qu’on connaît mal et dont on parle peu, est pourtant au cœur de tout ce qui se passe dans nos établissements. On n’imagine pas combien il faut du courage, de l’énergie et de l’abnégation pour assumer ces tâches tout en étant constamment aux prises avec des aléas budgétaires, des pénuries de personnel à combler, des changements de directives — si vous voyiez cela en temps de pandémie ! —, de la pression pour assurer le roulement de l’unité et présenter de belles statistiques, et une succession de directeurs auxquels on doit s’adapter.

À une vaste expérience en soins infirmiers, il faut ajouter les habiletés pour gérer l’équipe et le service avec rigueur, les qualités humaines requises pour travailler efficacement avec les employés, la capacité de conciliation pour éviter les tensions avec les syndicats, la débrouillardise dans les méandres des directions et la souplesse pour s’adapter aux règles ministérielles changeantes — sans parler du défi de collaborer avec les médecins, qu’on doit aussi « gérer » sans qu’ils s’en aperçoivent trop. Des tâches complexes qui demandent beaucoup plus d’heures qu’une semaine normale n’en contient et pour lesquelles la rémunération n’est pas vraiment à la hauteur.

Danielle, Marc-André, Charles et Émilie, je veux aujourd’hui vous remercier pour tout ce que vous avez accompli et continuez d’accomplir dans la bonne humeur, et souligner le plaisir que j’ai eu à travailler avec vous comme chef d’urgence. Je suis bien placé pour comprendre l’ampleur de ce que les patients, les équipes sous votre direction, les médecins et notre système de santé vous doivent. Et pour savoir que je n’aurais jamais rempli une tâche aussi difficile avec autant de brio.

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Impressionnante description et tellement réelle! Ex-gestionnaire infirmière en secteurs critiques, c’était exactement le vécu quotidien. Merci, merci! 🌺
Merci, merci

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je vous remercie pour ce témoignage
étant une gestionnaire à la retraite, j’apprécie car c’est rare que l’on reconnaît notre travail..
merci…

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Merci, tout simplement. C’est si rare de lire ce genre de message. Alors merci au nom des gestionnaires et surtout au nom de tous les administrateurs de ce magnifique réseau complexe ET indispensable.

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