Mettre le monde en mouvement

Le plan d’action mondial lancé récemment par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pourrait permettre d’améliorer l’état de santé des populations par une augmentation de l’activité physique. Alain Vadeboncœur fait le tour de la question. 

Photo : Pixabay

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de lancer son plan d’action mondial pour la promotion de l’activité physique. Elle se donne comme objectif de diminuer de manière relative la sédentarité de 15 % chez les adultes et les adolescents d’ici 2030.

Intitulé Des personnes plus actives pour un monde plus sain (1), cet ambitieux plan, dont je résume ici les grandes lignes, s’échelonne de 2018 à 2030 et vise à améliorer l’état de santé des populations par une augmentation de l’activité physique.

Parce que la sédentarité touche plus des deux tiers des gens dans certains pays. Elle affecte surtout les adolescents, les trois quarts n’atteignant pas les cibles d’exercices proposées par l’OMS. C’est un grave problème de santé publique : elle expliquerait 1,9 million de décès prématurés annuellement.

Certains groupes particuliers sont aussi plus souvent sédentaires que d’autres, comme les filles, les femmes, les personnes âgées, celles étant aux prises avec la pauvreté, les personnes handicapées ou touchées par des maladies chroniques. L’OMS enjoint aux responsables de s’en occuper en priorité.

Paradoxalement, la sédentarité est proportionnelle au développement économique, qui entraîne des changements dans les modes de transport, l’utilisation des technologies, l’urbanisation et les valeurs culturelles. Dans nos pays « développés », où elle sévit, fleurissent paradoxalement les clubs de gym et les commerces qui font la promotion de l’activité physique.

Source : OMS (comme les autres illustrations)

Des répercussions majeures

Soyons clair : la sédentarité a des effets majeurs sur la santé des personnes, à tous les niveaux. On parle ainsi de douleurs musculo-squelettiques, de troubles de santé mentale, de problèmes sociaux et de vieillissement prématuré, tous directement liés à l’absence d’activité physique. Mais à l’âge adulte se manifestent également des effets qui sont à la source d’une foule de maladies, avec l’apparition des troubles cardiovasculaires, du diabète, des cancers.

L’OMS souligne aussi les coûts énormes qui lui sont associés. En effet, 54 milliards de dollars annuellement seraient consacrés à des soins pour atténuer les conséquences de la sédentarité, alors que des pertes de 14 milliards sont liées à la baisse de la productivité. De manière générale, on estime que de 1 % à 3 % des coûts nationaux de santé sont directement associés à la sédentarité, ce qui exclut les coûts en santé mentale et pour les problèmes musculo-squelettiques.

Prévenir par l’activité

Le maintien d’une vie active joue un rôle important dans la prévention. Toutes les études convergent depuis des décennies : l’activité physique est un outil efficace de prévention « primaire » (le maintien de la santé) ou « secondaire» (la diminution des récidives chez les patients déjà malades) et même « tertiaire » (la diminution des conséquences des maladies sur la personne).

L’activité prévient notamment les maladies cardiaques, les AVC, le diabète et nombre de cancers, dont ceux du sein et du côlon, parmi les plus fréquents. On sait également qu’elle aide à repousser l’hypertension, l’obésité, les blessures, et qu’elle améliore la santé mentale, la qualité de vie et le bien-être, tout en accroissant la durée de vie, l’autonomie et la durée de vie en bonne santé.

Et le gain n’est pas qu’individuel : les sociétés qui permettent à plus de gens d’être en mouvement utilisent moins de combustibles fossiles, diminuent la pollution atmosphérique et rendent les routes plus sûres et moins congestionnées ! Par exemple, le transport actif (marche, bicyclette, autobus, etc.) est aussi bon pour la santé individuelle que pour la santé collective.

La clé : être actif

Comment définir l’activité physique ? Pour l’OMS, il s’agit de n’importe quels mouvements produits par les muscles squelettiques qui requièrent une dépense d’énergie. On rappelle leur grande diversité : marcher, faire du vélo, participer à des sports, se divertir en dansant, pratiquer le yoga, s’exercer au travail ou à la maison, etc.

Toutes entraînent des effets bénéfiques si elles sont pratiquées régulièrement, pendant une durée suffisante et avec une certaine intensité. Toutes les activités physiques sont donc à valoriser : tant les activités récréatives (comme la marche et le vélo) que d’autres liées au travail, ou encore les activités domestiques, rémunérées ou non, qui exigent des tâches variées.

Améliorer les choses

Le défi pour l’OMS est non seulement de produire des guides visant la promotion de l’exercice, mais surtout de proposer des modèles réalistes permettant d’accroître l’activité physique des populations. C’est d’autant plus difficile que les sociétés sont bien différentes, disposent de moyens variables et ont des priorités de santé publique et de développement diverses.

L’OMS propose à cette fin un cadre général qui combine des actions systémiques et stratégiques, notamment des politiques sociales, culturelles, économiques et environnementales appuyant l’activité, de même que des composantes individuelles, centrées sur l’éducation et l’information.

Comment amener les gens à changer leur style de vie et à adopter des habitudes actives ? Les difficultés d’accéder à ces cibles dépendent largement d’un manque de prise de conscience de la situation et d’investissements de la part des autorités publiques.

Des objectifs ambitieux

Pour l’OMS, des plans de communication efficaces doivent d’abord éveiller les collectivités aux bienfaits de l’activité physique. Mener des campagnes d’information nationales contribue à augmenter les connaissances et la compréhension de ses bénéfices sociaux, économiques et environnementaux.

Il faut s’assurer que les gens ont accès à des environnements sécuritaires et stimulants et à des occasions d’être physiquement actifs dans leur vie de tous les jours, pour améliorer la santé des individus et de la collectivité, et contribuer au développement social, culturel et économique.

Intégrer les activités physiques à la vie quotidienne est par ailleurs le meilleur moyen de les favoriser. Par exemple, quand les personnes marchent ou utilisent leur vélo pour aller travailler, le gain est majeur, mais ces modes de déplacement tendent à diminuer, notamment dans les pays industrialisés.

Favoriser les transports actifs demeure donc une clé importante du succès, notamment en milieu urbain, afin de promouvoir la marche, le cyclisme et toute autre forme de mobilité. Il faut alors améliorer les infrastructures et s’attarder à la sécurité de tous ceux qui utilisent les transports actifs, piétons, cyclistes et usagers de divers équipements roulants.

Concevoir des activités participatives engage la collectivité et permet l’accès libre et gratuit à des expériences d’activité physique stimulantes. Dans certains pays, il faut aussi former plus de professionnels pour travailler à l’amélioration des transports, à la planification urbaine, à l’éducation, aux activités récréatives, aux sports et à l’entraînement.

Enfin, renforcer l’accès à des espaces publics et des espaces verts pour toutes les personnes et pour tous les âges, dans les environnements urbains, périurbains et ruraux, est tout aussi important. Il faut également des politiques visant l’amélioration concrète des espaces publics dans les écoles, les milieux de travail et les collectivités.

Pour tous les âges et tous les milieux

L’OMS souhaite qu’à tous les niveaux scolaires, de la maternelle à l’université en passant par le primaire et le secondaire, on renforce les activités sportives et qu’on assure une éducation physique en quantité suffisante. On connaît d’ailleurs l’incidence de l’activité physique pour la réussite des études.

Dans l’enfance, les récréations et l’éducation physique, pour lesquelles l’école joue un rôle important, contribuent à faire acquérir des habitudes de vie susceptibles de persister. À l’âge adulte, il faut maintenir un niveau d’activité physique et lutter notamment contre la sédentarité au travail. De même, l’organisation propose que dans le domaine de la santé on associe davantage l’exercice aux soins et à la promotion de la prévention des maladies.

Promouvoir l’activité physique dans les environnements naturels, comme les plages, les rivières et les forêts, est un autre moyen. Et il ne faut surtout pas oublier les personnes âgées. Un aspect des propositions est de promouvoir l’activité par des programmes et des services appropriés à l’âge avancé. On connaît en effet l’incidence majeure de l’exercice pour la prévention de la perte d’autonomie et l’amélioration des capacités cognitives.

Agir localement, ça presse

On peut se demander quelles seront les répercussions de ce plan d’action. Comme on le voit, les initiatives proposées par l’OMS pour promouvoir l’activité physique touchent de multiples aspects.

À lire les recommandations, on comprend rapidement que l’OMS a surtout un pouvoir de recommandation en la matière, et que la capacité d’agir est plutôt dans les mains des gouvernants. Leur volonté d’investir du temps, de l’argent et de l’expertise dans ces différentes recommandations représente l’élément clé pour avancer.

Or, c’est à nous, qui élisons les gouvernements, d’insister pour que ces orientations soient respectées et qu’effectivement nos décideurs agissent dans le bon sens. Il en va non seulement de notre bien-être, de notre forme physique, mais également de notre santé physique et mentale et même de notre santé économique, parce qu’investir dans l’exercice permet de diminuer notablement les coûts de santé.

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(1) La version française du guide n’est pas encore disponible.

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5 commentaires
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C’est ce que prône Pierre Lavoie depuis le début des années 2000. Il cible les jeunes pour changer la mentalité de la société et accroître l’activité physique. Il disait que ça prendrait le temps d’une génération pour ancrer de nouvelles habitudes de vie et j’ai l’impression qu’il va y arriver! Bravo à ce pionnier qui fait bouger tout le Québec!

Cette personne n’aide en rien la promotion de l’activité physique, il n’y a aucune preuve que ca fonctionne, quoiqu’il en dise (aucune donnée scientifique validée publiée a ce sujet!); par contre, il gonfle son portefeuille avec notre argent et sous paye ses employés…!

Enlever les autobus jaunes et faire marcher les enfants pour aller à l’école serait un bon départ. Lorsque j’étais au secondaire j’avais droit aux autobus puisque j’étais à 2 km de mon école mais je préférais y aller à pied. Faire 8 km par jour à part de tous les autres déplacement que j’avais à faire et passer mes soirées et fin de semaine à jouer dehors me gardaient en excellente forme.
Je me rappelle que ma mère m’avait piqué une petite crise parce qu’elle avait fait le décompte du nombre de hamburgers que j’avait mangé un soir et que rendu au huitième elle avait pété ses plombs. Ce n’est pas le fast food qui fait engraisser parce que j’ai été maigre toute mon adolescence mais la sédentarité.
J’ai maintenant 68 ans et je fais au minimum 2 à 3 heures d’exercice tous le jours et je ne trouve pas ça difficile, ce que je trouve difficile c’est de ne rien faire.
Je pense qu’il faut commencer tôt et ne jamais arrêter pour que ce soit facile et agréable de faire de l’exercice. Il faut aussi se trouver des activités qu’on aime et qui nous passionnent tout en nous gardant en forme.

Je suis moi-même atteinte de la maladie de Parkinson et j’ai 43ans, pour m’aider à combattre les douleurs et les raideurs je pratique le sport (fitness) 4x semaine et je suis la preuve que cela aide, il y a deux semaines j’ai réussi a monter les marches deux par deux choses que je ne fesait plus depuis trois ans, je suis maintenant capable de sortir de mon bain seul sans aide j’ai repris de la force en deux mois.

Donc cela fonctionne mais je comprend que cela n’est as accessible pour tout le monde c’est très dispendieux, on devrait prescrire des abonnements au gym et le gouvernement paierait cela économiserait beaucoup d’argent en frais santé.

Julie simard