Migraine : nouveaux traitements, nouveaux espoirs

La migraine est plus qu’un mal de tête. C’est une maladie neurologique handicapante qui touche trois millions de Canadiens. Heureusement, de nouveaux médicaments la ciblent aujourd’hui en plein cœur.

NickyLloyd / Getty Images

Vous avez l’impression de sentir des coups de marteau dans une partie de votre tête ? Vous vous sentez nauséeux et la lumière vous agresse au point de devoir vous retirer dans un endroit sombre ? Il pourrait s’agir d’une migraine, un état qui n’est pas à prendre à la légère.

Cette maladie, qui atteint de 10 % à 12 % de la population, est la troisième cause d’invalidité chez les moins de 50 ans. La dépression et l’anxiété sont fréquentes chez les personnes qui en souffrent, tout comme une perte de productivité et des absences répétées du travail ou de l’école.

Les médecins disposent de plus en plus de traitements qui s’attaquent spécialement aux mécanismes biologiques de la migraine. Par exemple, depuis 2018 au Canada, une majorité de migraineux arrivent à prévenir la moitié de leurs crises avec des médicaments à base d’anticorps, appelés anticorps monoclonaux inhibiteurs du CRRP. Une autre classe de médicaments, des molécules surnommées gépants, devrait également être approuvée dans la prochaine année au Canada.

« Ce sont de bonnes nouvelles, car il existe maintenant plusieurs options pour traiter les migraines », pense la Dre Heather Pim, neurologue spécialisée en migraines et présidente de Migraine Québec. Celle qui dirige la clinique des céphalées du CHUM voit également le foisonnement des traitements comme une occasion de mieux éduquer la population et le personnel de la santé sur les diverses façons de gérer les migraines.

Génétique et hormones

À l’instar des diabétiques de type 1, les migraineux ont une prédisposition génétique associée à des déclencheurs, comme un grand stress, une consommation d’alcool excessive ou encore des variations hormonales. Les neurologues pensent d’ailleurs que les hormones ont un rôle important à jouer, car les migraines affectent surtout les personnes âgées de 20 à 50 ans. En outre, les femmes sont plus touchées que les hommes. « Avant la puberté, la migraine affecte autant les garçons que les filles, mais après cet âge, il y a trois fois plus de femmes migraineuses », précise la Dre Heather Pim.

La fréquence des crises diminue généralement avec l’âge, à mesure que le niveau d’hormones chute, notamment après la ménopause pour les femmes.

Casser la crise

Souvent, la maladie commence par des épisodes peu fréquents et espacés. Chez certains, les crises demeureront épisodiques ; chez d’autres, la maladie deviendra chronique. « Huit pour cent des Canadiens vivent 7 crises ou moins par mois, alors que 2 % subissent de 8 à 14 épisodes mensuellement. Et puis, de 1 % à 2 % des Canadiens ont la forme chronique de la maladie, soit 15 jours et plus de migraines par mois », signale la Dre Pim. 

La spécialiste ajoute que de 2 % à 3 % des migraineux évoluent de la maladie épisodique à la forme chronique chaque année. D’où l’importance de diagnostiquer rapidement les migraines afin de mettre en place des traitements ciblés.

Les armes de première ligne préconisées par les médecins : les analgésiques, comme Tylenol, ainsi que les anti-inflammatoires, comme Advil. Lorsque ces deux derniers ne fonctionnent pas, les triptans prennent la relève. « Ce sont de véritables casse-crises, conçus spécialement pour les migraines, à prendre dès les premiers signes d’un épisode, explique la neurologue. Ces molécules réduisent la dilatation et l’inflammation des vaisseaux sanguins, qui causent la douleur. » Attention, les triptans sont contre-indiqués pour les gens ayant des antécédents vasculaires.

Éviter les migraines ?

Mais pour améliorer la qualité de vie de ceux qui font des migraines fréquentes ou très fortes, il faut arriver à prévenir les crises. Les médecins utilisent avec un certain succès les antidépresseurs, les antihypertenseurs et des médicaments contre l’épilepsie. Le hic ? Ils provoquent des effets secondaires, comme des pertes de mémoire, de la somnolence ou encore une importante prise de poids.

Il y a 40 ans, des neuroscientifiques — qui viennent de remporter le prestigieux Brain Prize — ont toutefois découvert le rôle clé de la protéine CGRP dans le déclenchement de la migraine. En 2018, sont enfin arrivés sur le marché les traitements préventifs à base d’anticorps qui bloquent l’action de cette protéine. Plusieurs études ont montré que ces médicaments injectables (sous la peau ou par voie intraveineuse), administrés une fois par mois, sont capables de réduire de moitié la fréquence et l’intensité des crises chez environ de 50 % à 60 % des gens ayant une forme épisodique de la maladie. Pour la forme chronique, ce sont plutôt de 25 % à 40 % des migraineux qui constatent une telle amélioration.

« Ces médicaments sont efficaces pour diminuer la fréquence des migraines, mais ils ne guérissent pas la maladie », précise la Dre Pim. La neurologue apprécie surtout le peu d’effets secondaires. Mais attention, les anticorps n’agissent pas sur tout le monde. Pourquoi ? Chez certaines personnes, on soupçonne que la biologie des migraines ne serait pas basée uniquement sur la protéine CGRP, explique la spécialiste. « Il reste de la recherche à faire sur la complexité de cette maladie. En attendant, il faut essayer le traitement pour voir s’il fonctionne ou pas. »

Cette nouvelle arme s’ajoute au Botox, qui est utilisé depuis plusieurs années pour les cas de migraines chroniques. « Ce traitement local, avec peu d’effets secondaires, diminue d’au moins 50 % la fréquence des crises chez 70 % des patients après deux ou trois injections », signale la médecin.

Notez qu’en raison de leurs coûts importants, les médicaments à base d’anticorps et le Botox ne sont offerts au Canada qu’après l’essai d’au moins deux traitements préventifs administrés oralement, comme des antidépresseurs et des anticonvulsivants.

D’autres espoirs à l’horizon

La neurologue se réjouit par ailleurs de l’arrivée imminente des gépants. Ce nouveau traitement se veut d’abord préventif en bloquant l’action de la protéine CGRP. Mais contrairement aux anticorps, il sera plutôt administré par voie orale, ce qui facilite le traitement !

Le médicament pourrait aussi être utilisé comme casse-crise. Puisqu’il n’a pas d’effets sur les vaisseaux sanguins, il représente une solution de rechange pour les patients susceptibles d’avoir des complications cardiovasculaires, qui ne peuvent pas prendre de triptans.

L’importance d’une bonne hygiène de vie

Malgré les options pharmacologiques de plus en plus nombreuses, la Dre Pim souligne l’importance de gérer la migraine d’abord avec de bonnes habitudes de vie. Elle mentionne notamment une nuit de sept à huit heures de sommeil dans une chambre fraîche, une routine de coucher sans écran, de l’exercice physique fréquent, une alimentation saine, une hydratation suffisante et une bonne gestion du stress quotidien.

Elle préconise aussi, sur la recommandation d’un médecin, le recours à certains traitements naturels, comme des suppléments de vitamine B2 et de magnésium, dont l’efficacité est reconnue pour la réduction de la fréquence des migraines. 

« Je suggère à tous mes patients de se faire un calendrier des migraines pour y consigner les moments et les circonstances de leurs crises. Cela permet entre autres au médecin traitant de mesurer l’ampleur de la maladie et de cerner les déclencheurs ; le vin rouge est un exemple courant », note-t-elle.

Mal de tête ou migraine ?

« Il faut d’abord comprendre qu’un mal de tête, ou céphalée, est un symptôme d’un autre problème de santé, comme un rhume, une grippe ou une sinusite, explique la Dre Pim. Il est aussi souvent lié à notre mode de vie ; par exemple, un lendemain de soirée bien arrosée, une mauvaise nuit de sommeil ou une alimentation déficiente. » Un mal de tête est généralement passager et disparaît rapidement avec la prise d’un analgésique, tel l’acétaminophène (Tylenol).

La migraine est beaucoup plus douloureuse et dure de 4 à 72 heures. Elle est souvent récurrente, car il s’agit d’un problème médical causé par une perturbation du courant électrique et une inflammation dans le cerveau. En plus d’une douleur pulsatile à la tête, la migraine s’accompagne de nausées, voire de vomissements, d’une sensibilité à la lumière et au son, et même de problèmes temporaires de la vision. Les gens qui en souffrent doivent souvent arrêter leurs activités pour s’étendre dans un endroit calme et sombre.

Pour recevoir un diagnostic de migraine, une personne doit avoir subi au moins cinq épisodes pour lesquels le médecin aura éliminé d’autres causes, comme une infection, une tumeur cérébrale ou une thrombose veineuse, susceptibles de provoquer des maux de tête semblables aux migraines.

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