Mines d’uranium : quel risque pour la santé publique ?

L’Institut national de santé publique du Québec vient de publier une recension d’études concernant «les impacts sanitaires en lien avec les projets uranifères nord-côtiers». L’ennui, c’est que 11 études, c’est bien peu pour statuer sur les risques potentiels de ce type d’exploitation, explique Valérie Borde…

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Une mine d’uranium – Photo : Getty Images

Alors que l’enquête du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement sur les enjeux de la filière uranifère débutera le 20 mai, l’Institut national de santé publique du Québec vient de publier une recension des études concernant «les impacts sanitaires en lien avec les projets uranifères nord-côtiers» (pdf).

Sante_et_scienceDans toute la littérature scientifique, les chercheurs de l’INSPQ ont trouvé seulement 11 études épidémiologiques ayant porté sur la santé des populations vivant à proximité de mines d’uranium. Ils n’ont pas considéré les études qui portent sur la santé des mineurs, beaucoup plus nombreuses.

Onze études, c’est très peu pour statuer, surtout considérant la diversité des études en question.

L’une — menée dans les années 1990, aux États-Unis — a porté sur seulement 48 personnes, dont la moitié avait habité à proximité d’une mine.

Plusieurs études dites «écologiques» dans le jargon des épidémiologistes portent sur l’analyse des registres de décès et des causes de mortalité depuis 1950 aux États-Unis et en Espagne.

Une autre vient du Niger et porte sur les analyses anatomopathologiques de tumeurs réalisées dans des hôpitaux d’une région minière.

Pour combiner les conclusions de ces études, les chercheurs de l’INSPQ leur ont d’abord attribué un pointage en fonction de leur pertinence pour l’analyse des répercussions sur la santé des projets de la Côte-Nord. Les études menées dans des pays où les conditions de vie sont bien moins bonnes qu’au Canada, réalisées à une époque où les normes d’exploitation minière étaient beaucoup plus laxistes qu’aujourd’hui — ou encore financées par l’industrie minière — «comptent» ainsi moins que les autres.

À l’issue de cette méta-analyse, les résultats sont plutôt minces. Voici ce qu’écrivent les chercheurs :

La presque totalité des données concernant les décès par cancer, l’incidence des cancers et les autres causes de décès proviennent d’études écologiques. Ce type d’étude est sujet aux biais écologiques suivants :

1) absence de valeurs individuelles pour l’exposition ou pour certaines caractéristiques sociodémographiques, ainsi tous les sujets du groupe se voient attribuer le même niveau d’exposition ou les mêmes caractéristiques sociodémographiques lorsqu’elles sont disponibles pour le groupe ;

2) absence de données concernant des caractéristiques personnelles pouvant entraîner de la confusion (par ex. : tabagisme, autres habitudes de vie, antécédents médicaux et familiaux, etc.) ;

3) possibilité de migration des sujets (certaines personnes décédées à l’intérieur d’un territoire exposé y vivaient peut-être depuis peu de temps et, à l’inverse, des personnes ayant vécu longtemps à l’intérieur d’un territoire exposé sont peut-être décédées ailleurs). Aussi, il est difficile de prédire dans quel sens ces biais peuvent influer sur la mesure d’association.

Lors des méta-analyses, ces faiblesses méthodologiques ont pour conséquence que la validité est souvent faible ou très faible.

Seulement deux autres études ayant évalué si le fait de résider près d’une mine d’uranium pouvait affecter la santé ont été identifiées. Les effets sur la santé étudiés étaient les aberrations chromosomiques et les issues de grossesses défavorables chez des sujets vivant très près, pour la plupart à moins de 0,8 km, des installations minières. Les résultats de ces études soulèvent des hypothèses, mais ne permettent pas de conclure. D’autres études de bonne qualité méthodologique et ayant des effectifs suffisants sont nécessaires pour vérifier ces hypothèses.

Autrement dit, pour l’instant, il est impossible de conclure que le fait d’habiter à proximité d’une mine d’uranium représente un risque sur la santé.

Risques potentiels

Les chercheurs ont ensuite regardé les études qui portent sur l’analyse des risques potentiels liés à la présence de divers radioéléments dans l’environnement. Ils ont trouvé, cette fois, 243 études réalisées dans 30 pays.

Mais une fois encore, les données sont très parcellaires. La plupart des études réalisées ne tiennent pas compte du bruit de fond, c’est-à-dire du fait que dans les régions où le sous-sol est riche en uranium, il y a naturellement plus de radioéléments présents dans l’environnement qu’ailleurs, même en l’absence d’exploitation.

Sans ces données sur ce bruit de fond, il est impossible d’évaluer correctement les effets de l’exploitation de l’uranium.

Finalement, les chercheurs de l’INSPQ ont analysé les études sur les répercussions psychosociales des mines d’uranium. Là encore, la récolte est maigre, avec seulement 8 études scientifiques en bonne et due forme (dont une réalisée à la suite d’un accident survenu dans une mine), et 7 rapports divers ayant traité du sujet.

Globalement, estiment les chercheurs, il est difficile de généraliser quant aux effets psychosociaux de l’exploitation de l’uranium, dont beaucoup sont associés à l’exploitation minière en général.

Conclusions…

Au final, les chercheurs de l’Institut national de la santé publique ne déconseillent pas l’exploitation de l’uranium. Ils préviennent toutefois que, compte tenu de la faiblesse des études disponibles sur ce sujet, il faudra se montrer prudent.

Pour cela, la première étape consisterait à caractériser le bruit de fond radioactif sur la Côte-Nord, seule manière de mesurer les effets sur l’environnement de l’exploitation une fois qu’elle aura débuté.

Le plan d’échantillonnage pour cette caractérisation devra être élaboré en concertation avec la population locale et la santé publique, selon les chercheurs, tout comme le plan de surveillance qui devra suivre.

 … et interprétations

Dans son communiqué en lien avec la sortie du rapport de l’INSPQ, la Coalition Pour que le Québec ait meilleure mine écrit que :

Une nouvelle étude de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) confirme de nombreux risques et impacts de la filière uranifère pour la santé, l’environnement et les populations, notamment des risques de cancers, des risques de contamination toxicologique et radiologique, ainsi que plusieurs impacts psychosociaux.

L’étude soulève également de nombreuses lacunes dans les connaissances, notamment concernant la prévalence et l’incidence de certaines maladies ou cancers, de malformations ou mutations génétiques, ainsi que de risques associés aux accidents technologiques, à la gestion à long terme des résidus miniers et au transport des différentes matières dangereuses nécessaires à l’extraction de l’uranium.

Le quotidien Le Devoir, lui, titre que «L’exploitation d’uranium comporte des risques, conclut la Santé publique».

Ce que ni l’un ni l’autre ne disent, cependant, c’est que toute activité industrielle représente un risque !

La seule chose qui compte, c’est l’importance relative du risque comparé à toutes les autres sources potentielles de problèmes sanitaires et psychosociaux.

L’INSPQ conclut que pour l’instant, on ne connaît pas les risques sur la santé de la population liés à une exploitation d’uranium, faute d’études suffisantes.

C’est une donnée importante à prendre en compte. Mais une raison suffisante pour bloquer tout développement ? Pour faire peur à tous les résidants du coin ? Je ne crois pas.

Il y a bien d’autres éléments à prendre en considération qui pourraient rendre le projet plus ou moins acceptable : notamment les retombées économiques, mais aussi les nuisances plus directes chez la population (le bruit ou le trafic, par exemple) ou pour l’environnement (la restauration du site après exploitation). C’est ce qu’analysera le BAPE.

Pour aller plus loin : le rapport scientifique remis au gouvernement à la mi-avril par sept experts universitaires, Étude sur l’état des connaissances, les impacts et les mesures d’atténuation de l’exploration et de l’exploitation des gisements d’uranium sur le territoire québécois (pdf).

* * *

À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

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Je suis très étonné du résultat de cette étude. Comme si la Canada ne possèdait pas de mine d’uranium! L’une des premières mines de radium en exploitation a été en Ontario, circa 1930 à Port Hope, et ou les résidus d’exploitation (tailing), riche en uranium mais d’aucune utilité avant le projet Manhatan en 1941, servait de matériel de remblais. Des centaines d’habitations ont été remblayées avec du minerai d’uranium, ici à 400 km de Montréal. Cette population est suivie depuis les années 1950.

Le Canada fut longtemps parmis un grand producteur d’uranium. L’exploitation d’uranium en Saksatchewan date des années 60. L’Ontario a suivi avec les mines près de Sudbury, j’ai moins même visité une mine en exploitation à Elliot Lake vers 1991 – fermé depuis car la teneur est trop faible. Que dire du parc Algonquin parsemé de gisement uranifère effleurant la surface. J’ai un collègue géologue qui s’amuse à nous faire peur avec une chaudière pleine de roche radioactive provenant de ce parc.

Que dire des études sur la population vivant dans la région de Ramsar (IRAN) ou les sources d’eau sont teintés de radium? Cette population de 80 000 habitants est très suivi puisque de vivre au coeur d’un environnement radioactif devrait révéler les dangers inhérents à cotoyer un environnement assaisonné de radionucléides.

J’oublie l’Australie qui est un important producteur d’uranium et dont l’acceptation sociale a créé un grand débat dans les dernières décennies.

En ce qui concernes les risques associés au gaz radon, il est assez connu (50 000 Bq pendant une vie active est le seuil d’observation d’une augmentation du nombre de cancer chez les mineurs sans protection respiratoire) et facilement modélisable (émanation provenant du puit, des rédisus, et sa dispersion atmosphérique).

J’ai peine à croire qu’il n’existe pas de données permettant de tirer certaines conclusions quand aux risques de vivre près d’une mine d’uranium. Je parle des vrais risques, pas des extrapolations bancales dont nous servent les opposants.

« La seule chose qui compte, c’est l’importance relative du risque comparé à toutes les autres sources potentielles de problèmes sanitaires et psychosociaux.

L’INSPQ conclut que pour l’instant, on ne connaît pas les risques sur la santé de la population liés à une exploitation d’uranium, faute d’études suffisantes.

C’est une donnée importante à prendre en compte. Mais une raison suffisante pour bloquer tout développement ? Pour faire peur à tous les résidants du coin ? Je ne crois pas. »

Quelle est donc la valeur économique d’un humain?
Quelle est donc la valeur économique de la santé d’un humain?
Quelle est donc la valeur économique d’un projet quelconque, de l’exploitation d’une mine entre autres, puisque c’est de ça qu’il est question ici?
Un exploitant qui bloquerait un projet ou une banque qui refuserait d’avancer des fonds pour l’exploitation d’un projet, d’une mine, serait-il montré du doigt, critiqué et/ou blâmé d’agir ainsi?
Pourquoi lorsqu’il est question des effets et des risques sur des humains et de leur santé, le fait de ne pas avoir d’études ou pas suffisamment d’études avant de démarrer une exploitation et un projet quelconque ne serait pas suffisant pour le bloquer?

L’industrie minière est l’une des plus polluantes, qui utilisent toutes sortes de produits hautement toxiques et un grand nombre d’entre elles laissent les lieux dans un état pitoyable dont la restauration lorsqu’elle est possible au frais des payeurs de taxes.

Lac Mégantic n’est pas une mine, mais est un parfait exemple que l’industrie ne se préoccupe pas de la santé et des risques pour les populations et les gouvernements non plus.
Que les gouvernements, même après que le pire soit arrivé alors qu’il avait été prévu d’une manière ou d’une autre, sont prêt à donner quelques mois après seulement, au nom de l’économie, la santé et la sécurité des populations dans les mains des mêmes exploitants, avec des conditions assez similaires comme si rien ne c’était passé. On ne tire jamais de leçon du pire au nom de l’économie!
Il semble que la « nouvelle » compagnie MMA à la dernière minute, c’est le cas de le dire presque littéralement, a décidé de changer des clauses qu’elle avait acceptées au préalable…ce qui a remis à plus tard la signature de l’entente.
Mais pourquoi devrait-on accepter que des convois de pétroles ou de toutes autres matières dangereuses passent encore et encore, après ce qui est arrivé, en plein centre-ville d’une municipalité telle lac Mégantic?
Pour l’économie? Que le train puisse y passer pour apporter et cueillir des marchandises pour les marchands locaux, et donc pour l’économie locale, je peux comprendre. Mais les convois de pétrole et autres matières dangereuses? Ce n’est que pour l’économie de beaucoup d’endroit mais pas pour l’économie locale!

L’industrie à part exceptionnellement ne veut pas dépenser et ne dépense pas ce qu’il faut pour la sécurité et la santé des populations et de l’environnement!
Et les gouvernements ne font pas tout ce qu’il faut pour bien protéger la population.
Tant et aussi longtemps qu’il en sera ainsi, je ne pourrai pas changer d’opinion!

Ce n’est pas qu’une question économique, de santé, de sécurité, d’environnement avant, pendant et après mais aussi de confiance!

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