Ministres de la science et de la triche

Il ne fait pas bon être ministre de la science ces jours-ci.

Au Canada, l’Association canadienne des professeurs et professeures d’université et l’Association francophone pour le savoir (Acfas) réclament la démission de Gary Goodyear (vous savez, celui qui au printemps dernier n’avait pas voulu dire s’il croyait à la théorie de l’évolution…).

Cette fois, le ministre fédéral d’État des sciences et de la technologie a été surpris à menacer de coupures le Conseil de recherches en sciences humaines si cet organisme fédéral ne remettait pas en question une subvention de 19 500 dollars  accordée en juin à l’université York de Toronto, pour organiser une conférence universitaire sur le conflit israélo-palestinien.

L’Association canadienne des professeurs et professeures d’université a obtenu la preuve de cette ingérence du politique dans un organisme de subventions sensé en être indépendant, dans un courriel aussitôt communiqué au quotidien Le Devoir. Plus d’informations ici et ici.

En Iran, le ministre de la science et de l’éducation Kamran Daneshjou traverse lui aussi une mauvaise passe.

Le magazine scientifique Nature accuse cet universitaire d’avoir plagié des chercheurs coréens dans un article scientifique qu’il a publié plus tôt cet année, avant d’être nommé ministre en septembre par Mahmoud Ahmadinejad. Le ministre des transports iranien fait lui aussi face à des accusations de plagiat similaires.

Les détails de cette histoire, qui secoue toute la communauté scientifique iranienne, sont ici.

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Ben non voyons, tout va bien au Canada. Peu importe que le ministre des sciences soit probablement créationniste, que le gouvernement du Reform/PCC ait évaporé un surplus budgétaire de 13 milliards $ AVANT la crise économique et change continuellement ses prévisions budgétaires, que notre bon gouvernement s’ingère dans les décisions d’organismes scientifiques et renie la signature du Canada dans des traités internationaux concernant l’environnement et la protection des enfants-soldats.

Non, ce qui est important, c’est que Stephen Harper ait chanté une chanson des Beatles en s’accompagnant au piano, démontrant par le fait même qu’il est un gros nounours bienveillant qui mérite de diriger un gouvernement majoritaire. Ceux qui se préoccupent du reste sont des séparatissses socialissses communissses.

A lire les noms des « confirmed speakers », ainsi que la composition du « advisory committee », il n’est pas du tout clair que la conférence en question était sérieuse ou avait des buts objectifs. Retenons notre souffle avant de condamner le ministre.

Entretemps, félicitations à Szostak (B.Sc., McGill) et Boyle (B.Sc. et Ph.D., McGill) pour leurs prix Nobel de Médecine et de Physique obtenus hier et aujourd’hui.

Il semble assez clair que cette conférence est bien plus militante que scientifique.

Une enquête devrait être menée sur le sérieux de cette conférence. L’argent du public ne devrait pas être utilisé pour subventionner des professeurs en mal de militantisme.

Je ne peut me prononcer sur la pertinence et l’objectivité de la conférence en question. Cependant ce genre de subventions est généralement approuvées par un comité de pairs réuni par le Conseil. Ce n’est pas au Ministre de décider qui à droit ou non à une subvention. Cela dépasse totalement son mandat et menacer l’organisme de coupures pour arriver à ses fins est complètement déplacé.

Le ministre était justifié de faire certaines interventions parce que la conférence de York était très peu académique. Qu’on en juge:

1) Un des conférenciers « invités », Ali Abuminah a un site Web intitulé « electronic intifada » qui est dédié à la démonisation d’Israël. Un bon nombre des conférenciers « invités » n’ont aucune crédibilité académique, ni d’ailleurs aucune position académique ou de recherche. De telles choses ne se verraient jamais dans une conférence en Chimie, en Physique, en Biologie ou en Sciences Médicales. Où le Conseil de Recherches en sciences humaines avait-il la tête? Ou soyons logiques et enlevons le mot « sciences » du nom de ce conseil.

http://spme.net/cgi-bin/articles.cgi?ID=5670

2) On trouve dans cette conférence 7 exposés dédiés à la fiction du “one state”. 6 exposés dédiés au constant consensus du “two state”, consensus qui date de 1947 et a continuellement été supporté, depuis cette date, par la communauté internationale! Support quasi unanime, d’ailleurs, hors des pays musulmans.

Que voit-on dans les titres des 7 exposés dédiés à la fiction antisioniste “one state”: 5 conférences dont le titre inclut “one state SOLUTION”.

Que voit-on dans les titres des exposés dédiés au consensus dominant et sioniste du “two state”: 1 seule conférence dont le titre comprend “two state SOLUTION” et 2 conférences dont le titre comprend “two state MODEL”!

De tels titres (SOLUTIONS) n’ont rien d’académique mais ont tout de la démarche militante ou activiste.

Notez la différence sémantique énorme entre “solution” et “model”: solution implique du définitif, du réel, du réaliste; model implique de l’hypothétique, du fugace, du potentiellement irréel.

Il y a parfois des effets pervers au jugement par les pairs. Spécialement dans les sciences humaines, où l’objectivité laisse souvent à désirer et l’esprit de chapelle peut parfois biaiser les choses. Déjà qu’il est difficile d’être objectif dans les sciences exactes. J’invite les gens de sciences humaines à un plus grand effort vers l’objectivité et un moindre effort vers le militantisme, tout en ne connaissant pas les détails de la conférence en question.

Dr Laughrea,

Je ne vais certainement pas contredire vos affirmations concernant cette conférence. Vous semblez beaucoup plus informé que moi à ce sujet.
Je me questionne plutôt à savoir si le Ministre à le droit de s’ingérer dans les dossiers particuliers des conseils de recherche. Qu’est-ce qui l’empêcherais alors de menacer le CRSNG de coupure pour avoir financé des recherches sur les cellules souche ou encore d’intervenir pour empêcher les subventions d’une conférence sur l’avortement ? S’il est mieux placé que les instances mises en place pour juger qui mérite des demandes, à quoi servent alors nos conseils de recherche ?

Nanojluc-

Je suis en parfait accord avec vous (#7).

Docteur Laughrea (#6)-

Resumons. Du fait que nombre de conferenciers ne suivent pas la « ligne de part- » s’cusez, le « Consensus » ([politique, nota bene!) en Occident, la conference serait illegitime.

Question: se pourrait-il plutot que le consensus politique en Occident soit sans fondement? Et que le consensus dans le monde musulman serait juste?

C’est se poser la question ci-dessus qui releverait de l’objectivite, me semble-t-il.

Etienne (#8) : vous posez une bonne question. Voici la réponse. Le consensus (ou quasi consensus) qui existe présentement dans les pays musulmans est assez réel mais troué (1) et extrèmement minoritaire sur la planète ; de plus il est basé sur des notions de colonialisme et d’impérialisme peu acceptables ailleurs dans le monde.

Ce « consensus » est voué à s’affablir, tout comme le consensus colonialiste et impérialiste de l’Europe, bien réel au 18e et même encore au 19e siècle en occident, n’y a plus aucune crédibilité.

Par ailleurs, le consensus que je notais au commentaire #5 est international (hors le monde musulman) : pas juste occidental.
En somme, rien n’indique que le « consensus » musulman, non unanime par ailleurs (1), soit juste.

http://en.wikipedia.org/wiki/United_Nations_General_Assembly_Resolution_46/86

(1) Ce « consensus », si on se fie à la résolution 4686 des Nations-Unies, résolution passée en 1991, n’inclut pas l’Albanie. Il n’inclut probablement pas Bahrein, le Chad, Djibouti, l’Egypte, le Koweit, le Maroc, Oman, la Turquie et la Tunisie (les abstentions et absents de ce vote révélateur). Mais il inclut: l’Afghanistan, l’Algérie, le Bangladesh, le Brunei Darussalam, l’ Indonésie, l’Iran, l’Iraq, la Jordanie, le Liban, la Lybie, la Malaisie, le Mali, la Mauritania, le Pakistan, Qatar, l’Arabie Saoudite, la Somalie, le Sri Lanka, le Soudan, la Syrie, les Emirats Arabes Unis et le Yemen (parmi les 150 pays non musulmans de la planète, seuls la Corée du Nord, Cuba et le Vietnam se sont rangés du côté du « consensus » musulman).

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