Mode d’emploi pour changer le monde

Les villes qui prennent le virage du développement durable s’inspirent de l’Agenda 21, un formidable outil de planification préconisé par les Nations Unies depuis le Sommet de la Terre de 1992. En voici le mode d’emploi.


 

À Baie-Saint-Paul, Claudine Fortin, responsable du Forum Jeunesse, était souvent considérée comme la « granola » de service. Mais depuis que cette femme de 39 ans est devenue membre du comité qui pilote l’Agenda 21 local, on ne la perçoit plus de la même façon. « Commerçants, industriels, agriculteurs, villégiateurs, élus… tout le monde est en train de changer de mentalité, moi y compris ! » dit-elle.

L’Agenda 21 local — officiellement l’Agenda 21e siècle local —, c’est la Cadillac du développement durable à l’échelle des villes. Il s’agit de l’outil de planification et de gestion des collectivités préconisé par les Nations unies depuis le Sommet de la Terre de 1992, pour que les villes puissent répondre à leurs besoins présents sans compromettre ceux des générations futures (voir « L’Agenda 21 en trois étapes », ci-dessous).

Bâtir une ville durable n’est pas une mince affaire : il faut repenser complètement sa gestion en intégrant les préoccupations sociales, environnementales et économiques dans chacune des sphères d’activité : l’aménagement du territoire, l’équipement, la réglementation, la politique familiale ou industrielle, les achats, la gestion des espaces verts, les relations avec les administrés…

« On ne peut plus gouverner une ville comme on l’a fait dans les 40 dernières années, en se contentant de gérer quelques contrats », résume Jean Perras, maire de Chelsea, dans l’Outaouais.

Évidemment, tout cela a un coût. « Si on ne parvient pas à budgéter chaque mesure et à faire comprendre à ses résidants et aux entreprises qu’ils doivent eux aussi mettre la main à la pâte, le processus est voué à l’échec », dit Jean-Marc Robitaille, maire de Terrebonne, dont la politique environnementale est une source d’inspiration dans le monde municipal.

Les experts, comme Christiane Gagnon, professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi et grande spécialiste au Québec de l’Agenda 21 local, connaissent bien les conditions du succès. Les plus importantes ? Un maire convaincu, des fonctionnaires bien formés, des objectifs clairs et chiffrés et l’instauration d’un vrai dialogue avec la population.

« Les élus ont encore souvent peur que le développement durable aille à l’encontre de l’économie et craignent la participation citoyenne, qui permet pourtant d’éviter les conflits et de prendre de bonnes décisions », croit Jean Fortin, maire de Baie-Saint-Paul.

Jean-Sébastien Martin — le jeune promoteur de la Coop de solidarité du Café culturel de la Chasse-galerie qui s’est impliqué dans l’élaboration du plan de Lavaltrie — est bien d’accord. « Les gens regardent souvent avec scepticisme ce que leur ville fait en matière de développement durable. Mais quand on participe, on comprend mieux toute la difficulté de la chose, et nos critiques deviennent plus constructives. »

L’Agenda 21 en trois étapes
1 Faire, de concert avec la population, un diagnostic complet des forces et des faiblesses de la ville en matière d’environnement, d’économie et de questions sociales.
2 Bâtir un plan d’action qui mobilise autant les élus que les entreprises et les simples citoyens.
3 Respecter ce plan, en surveillant sa mise en place à l’aide d’indicateurs. Tout un défi !

Le monde à l’Agenda
Au Québec : Baie-Saint-Paul est devenue en 2005 la première ville à adopter officiellement un Agenda 21 local, suivie depuis par Sorel et Saint-Félicien, au Lac-Saint-Jean. Quelques autres sont en démarrage, comme celui de la MRC des Sources, en Estrie.

Dans le monde : 6 500 villes, surtout en Europe.

D’autres villes, comme Montréal, ont choisi des modèles différents, tels ceux préconisés par le Conseil international pour les initiatives écologiques locales (ICLEI), d’inspiration plutôt américaine. Montréal est la seule ville membre de cette
organisation au Québec, alors qu’il y en a 19 dans le reste du Canada.