Mon petit monde des sciences

C’est en feuilletant des encyclopédies qu’Alain Vadeboncœur a acquis sa culture scientifique générale, plus qu’à l’école, qui, elle, a plutôt servi à développer, structurer et renforcer ces acquis.

Photo : Daphné Caron

À quel âge m’est donc venu ce goût pour la physique ? Qu’est-ce qui m’a ensuite conduit à la médecine ? Pourquoi est-ce que j’aime encore tant parcourir les données de recherche, connaître les conclusions des études et les mettre en application dans les soins médicaux ? Et qu’est-ce qui me pousse à lire tout autant sur les mécanismes de l’évolution ou ceux de la conscience ?

En discutant avec un journaliste qui m’interrogeait sur ma « vocation » scientifique, je me suis rendu compte que cela s’était joué tôt dans ma vie. Déjà, au secondaire, comprendre les choses m’intéressait davantage que de les apprendre par cœur, étant donné que je ne disposais pas d’une mémoire exceptionnelle — ce qui m’a d’ailleurs causé quelques soucis une fois rendu en médecine. Je me passionnais alors moins pour la biologie et la chimie que pour la physique ou la géométrie.

J’ai aussi été réellement fasciné par les maths. Au cégep, j’ai suivi tous les cours avancés dans cette matière, sans avoir la moindre idée d’où cela me mènerait. Je ne peux pas dire toutefois que la médecine était pour moi une vocation, du genre qui remonte à la maternelle chez certains de mes collègues. Ayant été accepté dans deux disciplines, j’ai littéralement coché l’option médecine moins de cinq minutes avant la fermeture du bureau du registraire, ce qui est plutôt une vocation tardive.

Mais si j’étais à mon aise en sciences à l’école, c’est probablement en raison d’un effet de « déjà-vu », mon apprentissage ayant été facilité parce que j’avais déjà rencontré plus ou moins superficiellement la plupart des concepts scientifiques qu’on allait me réapprendre. C’est qu’au début des années 1970, mon père, avocat de formation, syndicaliste et écrivain par passion, qui n’avait rien d’un scientifique (tout comme ma mère, d’ailleurs, qui était traductrice et travailleuse sociale), nous avait abonnés à l’encyclopédie scientifique LIFE.

Je ne sais pas si vous avez connu ces superbes bouquins de 200 pages, traduits de l’américain et offerts en deux collections complémentaires, « Le monde vivant » et « Le monde des sciences ». La première touchait tout ce qui avait trait à la vie — biologie, espèces, comportements animaux, plantes, biodiversité —, mais j’avais un faible pour la seconde, où on abordait l’atome, l’astronomie, les planètes, le soleil, les éléments, etc. 

Chaque volume comprenait huit chapitres traitant des sujets les plus pertinents du thème, chacun divisé en une première section approfondissant les contenus scientifiques et une seconde, d’une douzaine de pages, comportant des blocs de textes faciles à lire pour un jeune — je n’avais pas encore 10 ans —, appuyés par de magnifiques photographies et images. 

Si je lisais parfois les longues sections, je m’attardais surtout aux courts textes, plus accessibles, et aux images. En fait, j’ai tellement souvent regardé ces pages qu’elles occupent toujours des pans de ma mémoire, où s’empilent ces photographies, tableaux, graphiques, schémas et explications. 

C’est bien là que j’ai acquis ma culture scientifique générale, plus qu’à l’école, qui, elle, a plutôt servi à développer, structurer et renforcer ces acquis, alors que je disposais déjà d’un solide bagage pêle-mêle — ce qui est heureux, parce que j’aimais assez peu étudier. J’ai récemment constaté que nombre d’amants de la science ont aussi été exposés à de telles sources de savoir dans leur jeunesse, ayant passé comme moi beaucoup de temps à tourner au hasard des pages d’encyclopédies. 

Aujourd’hui, je me demande si l’accès immédiat à la connaissance que permet Internet aura, pour la génération actuelle, le même effet catalyseur que LIFE a eu pour moi et pour d’autres. Une différence notable, c’est qu’en cherchant une information en ligne, on la trouve peut-être un peu… trop rapidement. Mes propres lectures de jeunesse ressemblant plutôt au butinage d’une abeille voletant d’une fleur à une autre, je m’ouvrais à des chemins de traverse inconnus, tombant sur des contenus que je n’aurais sans doute pas recherchés spontanément. 

Quand par nostalgie je retourne à ces beaux livres, je n’en reviens jamais de constater, ému, que ces images et contenus m’habitent encore autant. C’est qu’ils m’auront permis, dans une phase exploratoire si importante de la vie, de construire une vision plus juste de la réalité, qui continue de m’être très utile chaque jour, et même jusque dans mon travail de médecin.

J’ai choisi la médecine et « le monde vivant », comme vous savez. Pour mon plus grand bonheur, d’ailleurs, je ne l’ai jamais regretté, il faut bien sauver le monde. Même si je m’ennuie encore un peu des maths, parce que i2 = −1, ça reste vraiment quelque chose, n’est-ce pas ?

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Votre chronique m’a profondément touché et rempli de nostalgie puisque j’étais abonné moi aussi dans les années 60 à l’encyclopédie Life que vous semblez avoir aimé autant que moi. Je faisais comme vous soit lire, relire, feuilleter et refeuilleter constamment ces magnifiques volumes qui nous faisaient découvrir à chaque page les merveilles du monde physique et du monde vivant.

Je préférais moi aussi les volumes traitant du monde physique par rapport à ceux traitant du vivant . Ces volumes et d’autres encyclopédies de cette époque ont assurément joué un rôle dans mon choix de carrière. Je me suis inscrit en sciences pures et appliquées par la suite et je suis devenu ingénieur.

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Que de beaux souvenirs n’est-ce pas? J’en ai encore toute une série dans le sous-sol. Je n’en reviens jamais à quel point j’ai été imprégné de ces images et concepts. C’était rudement bien fait, aussi. Bonne journée!