Montréal, championne du développement durable ?

Parmi les 25 plus grandes villes du Québec, Montréal est la plus performante en matière de développement durable, selon le classement (pdf) établi ces jours-ci par Juste Rajaonson et Georges Tanguay, chercheurs à l’UQÀM et membres du Cirano (Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations).

Mais que ceux qui voudraient se vanter de cette belle performance de Montréal gardent les pieds sur terre!

Comme vous pourrez le constater dans le rapport , la métropole aurait tout aussi bien pu se placer en cinquième position, si les chercheurs avaient opté pour des indicateurs de développement durable et une méthode de calcul légèrement différents.

Dans ce genre d’étude, toute la difficulté consiste à trouver des indicateurs qui soient à la fois significatifs du point de vue des performances environnementales, économiques et sociales des villes ET disponibles, c’est-à-dire que leurs valeurs soient connues des municipalités elles-mêmes ou d’autres paliers de gouvernements.

C’est ainsi que, par exemple, les chercheurs n’ont pas pris en compte les émissions de gaz à effet de serre des municipalités dans leur classement. Pourquoi ? Simplement parce que cette donnée n’est pas connue pour de nombreuses municipalités.

Pour établir leur classement, une démarche qu’ils qualifient eux-même d’exploratoire, les chercheurs ont donc sélectionné 20 indicateurs pour lesquels ils ont été capables de recueillir des données à peu près récentes : revenu moyen des ménages, niveau d’éducation de la population adulte, taux de chômage, taux de criminalité, densité de la population, consommation résidentielle d’eau, pourcentage des cours d’eau ayant eu une qualité jugée excellente en 2004, pourcentage de la population qui utilise le transport en commun pour aller travailler selon les données du recensement de 2006, etc.

Puis ils ont élaboré plusieurs «indicateurs composites», calculés en donnant une certaine pondération à chacun des indicateurs précédents. Le classement final repose sur ces indicateurs composites.

Tout cela peut sembler fort compliqué et approximatif. Ça l’est.

Mais c’est aujourd’hui la meilleure technique dont on dispose pour juger de l’évolution des villes en matière de développement durable, selon les études menées un peu partout dans le monde à ce sujet.

La méthode de calcul des chercheurs du CIRANO tout comme le choix des indicateurs seront certainement discutés dans la littérature scientifique au cours des prochaines années et on pourra alors juger de leur validité.

Comme le notent les chercheurs, que Montréal et Québec (dans une moindre mesure) fassent mieux que les autres municipalités québécoise en matière de transport en commun et de densité de population ne veut pas dire grand chose, puisque cela découle directement de leur statut de métropole concentrant l’emploi et les services.

Ce qui importe, c’est qu’elles s’améliorent au fil du temps et qu’elles se comparent avantageusement à d’autres grandes villes. Ce que ne peut pas nous dire cette étude.

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Les auteurs n’auraient ils pas eu avantage a comparer des villes de populations comparable?

Genre… Stockolm, Bonn, et Montreal?

A Stockolm, les autobus roulent avec les biogaz resultants de la decomposition des residus menagers et de la matiere organique des egouts.

Il y a 15 ans a Bonn, les sacs de plastique a l’epicerie, ca n’existait deja plus.

Je ne crois pas qu’on peut vraiment comparer Montréal (une ville de plus d’un million d’habitants) avec les autres villes du Québec qui sont toutes plus petites parce que, par exemple, à Saguenay, où j’habite, le réseau de transport en commun que j’essaie d’utiliser le plus possible est beaucoup moins développé que celui de Montréal et même de Québec. En plus, étant moins, la population est beaucoup moins dense ce qui entraîne plusieurs conséquences qui ne sont pas écologiques.

frankktherrien.wordpress.com

Il est très délicat d’établir un classement de 25 villes sur la base de 20 critères, les auteurs le soulignent dans leur très intéressante publication ( http://www.cirano.qc.ca/pdf/publication/2010RP-10.pdf )

Comme je l’avais montré dans http://drgoulu.com/2009/05/21/unites-et-classements , les classements utilisant plus de critères qu’il n’y a de compétiteurs peuvent être sculptés volonté pour donner n’importe quel résultat.

A mon humble avis, il ne faudrait ajouter qu’un ou deux critères aux trois existants de l’Index de Développement Humain (IDH) de l’ONU pour qu’il incorpore l’aspect écologique du développement durable. On disposerait ainsi d’un indice « mondial » permettant de comparer les pays (le Canada est très bien classé selon l’IDH…) et pourquoi pas les villes.

Mention spéciale cependant à l’étude pour l’emploi du coefficient de Gini pour la mesure des inégalités ( http://www.stat.gouv.qc.ca/donstat/dev_durable/pdf/1-07.pdf ) Très peu de pays publient l’évolution de cette valeur très importante. J’avais pondu une petite analyse des indices de Gini dans l’OCDE ici http://drgoulu.com/2009/03/21/combien-dinegalite/ pour ceux que ça intéresse…

Je crois que les auteurs ont essayé de comparer des villes de population comparable (cf. le rapport intégral). Ils ont notamment envisagé le classement des villes de même taille. Mais je crois que l’objectif de leur exercice n’était pas de faire un classement irréprochable, mais plutôt d’ouvrir le débat sur la nécessité (et la complexité) d’établir un système d’indicateurs communs pour éviter que des villes se vantent d’être durable avec leur propre définition du développement durable, leurs propres objectifs et leurs propres outils d’évaluation.

C’est pas par la maison du développement durable en tout cas.

Imaginez … construire ce nouvel immeuble sur un espace vert …

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