Montréal : départ à la retraite de 500 médecins

Des dizaines de milliers de Montréalais risquent de venir grossir les rangs, déjà très nombreux, des patients orphelins de la métropole si les médecins de cabinet qui vont partir dans quelques années ne sont pas remplacés.

Montréal : départ à la retraite de 500 médecins
Montréal : départ à la retraite de 500 médecins

« Si, d’ici sept ans, on assiste au départ des 500 médecins qui font de la prise en charge, ce sera tragique », prédit le président de l’Association des médecins omnipraticiens de Montréal (AMOM), le Dr Marc-André Asselin.

Montréal compte environ 300 cabinets privés, la plupart disposant de quatre à cinq médecins. Combien de ces cabinets pourraient disparaître ? Personne ne peut le dire, mais faute de relève, beaucoup pourraient rétrécir ou s’éteindre durant la prochaine décennie. La moyenne d’âge des omnipraticiens de sexe masculin de Montréal est de 56,2 ans. C’est la plus élevée au Québec. C’est donc à Montréal que l’impact des départs à la retraite risque de se faire sentir en premier.

L’an dernier, l’AMOM a expédié un questionnaire à ses 780 membres âgés de 55 ans et plus. Parmi ceux qui ont répondu, environ 680 étaient encore en pratique active, la plupart en cabinet privé ou dans des CHSLD. Ceux qui font du bureau s’occupent de milliers de patients. Qui prendra en charge leur clientèle, qui s’occupera des suivis, qui prendra de nouveaux patients quand ils déposeront leur stéthoscope ?

« C’est difficile à dire, mais avouons pour le moins que c’est inquiétant », répond le Dr Asselin.

Je n’ai pas envie de vous dire une seule seconde que les jeunes médecins ne sont pas intéressés par la pratique en cabinet. Le problème majeur, c’est qu’on exige d’eux qu’ils fassent autre chose que de la pratique de bureau. »

À l’instar de plusieurs autres médecins, le Dr Asselin pointe du doigt les activités médicales particulières (AMP) comme source majeure de désengagement des jeunes médecins envers le cabinet privé. Les AMP forcent la faible relève, actuellement autorisée à s’établir à Montréal, à faire surtout de l’urgence et de l’hospitalisation. (À lire : À propos des AMP)

Une fois ces mandats remplis, peu d’entre eux s’engagent dans les cabinets privés pour une multitude de raisons.

Même si elle dessert plus d’un million et demi de personnes, Montréal a droit à environ 45 nouveaux jeunes facturants par an. Ces postes sont attribués selon les besoins des établissements et ne tiennent pas compte des cabinets privés. Quarante-cinq médecins, c’est peu pour une région de cette importance et ce chiffre ne tient pas compte des départs à la retraite.

Une fois soustraite l’attrition, il reste peu de jeunes médecins.

« À Montréal, il y a un peu de relève en médecine de famille, mais pas en pratique de cabinet, se désole le Dr Asselin. Si vous parlez à ceux qui ont des cabinets, il est sûr qu’ils vous diront qu’il est difficile d’attirer de jeunes médecins. En avoir un, c’est quelque chose ! »

Et à ces omnipraticiens qui débutent, on demande de faire prioritairement des AMP. « Quand vous avez fait 12 heures dans un établissement, pourquoi ne pas en faire un petit peu plus, 18 ou 24 heures par exemple, puisqu’on est déjà dans le milieu ? demande le Dr Asselin. Ça laisse peu de temps pour aller exercer dans une clinique privée. »

Les AMP défavorisent aussi la pratique en cabinet sur le plan financier. « Si le jeune médecin de cabinet fait de l’hôpital, ses frais administratifs continuent à courir. Il est donc très dissuasif de faire du bureau. À cause du forfait en établissement, on a créé un déséquilibre avec le cabinet », déplore le Dr Asselin.

Où sont les priorités ?

« La priorité du gouvernement est de s’assurer qu’il n’y a pas de pénuries dans les établissements, ajoute-t-il. On comprend qu’il faut des médecins dans les urgences, mais faire de la prise en charge et du suivi de clientèle, n’est-ce pas aussi important ? Je pense que oui. Comment faire un amalgame de tout cela et s’assurer que les gens viennent en cabinet ou en CLSC pour faire du suivi de clientèle ? C’est là que réside le problème. »

Le président de l’AMOM mise sur l’interdisciplinarité et l’arrivée de cohortes importantes de finissants ces cinq prochaines années afin d’assurer l’avenir des cabinets privés. Il espère que le ministère de la Santé comprendra que Montréal a besoin de relève, comme toutes les autres régions.

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