Montréal-Québec en canot

Plages rouges, faune grouillante, falaises sombres, courants à contresens: le Saint-Laurent n’est pa un fleuve tranquille! Notre jounaliste n’est pas près d’oublier sa célébration toute personnelle du 400e de Québec…


Entre Brossard et Longueuil, l’affreux boulevard Taschereau a bien des défauts, mais j’y ai trouvé la rampe d’accès idéale pour mettre à l’eau mon canot. Destination : Québec. C’est la façon que j’ai choisie de célébrer le 400e anniversaire de la ville : refaire, mais en sens inverse, le trajet des premiers explorateurs en descendant le Saint-Laurent, la plus vieille route du pays, quelque part entre l’autoroute 20 et la 40. Mon équipier, André Racette, et moi aurons parcouru 245 km en sept jours, le vent dans le dos, au fil du courant, téléphone cellulaire, horaire des marées, couette et café en prime.

« En canot ? Êtes-vous fous ? »

Cette question, nous l’avons bien entendue cent fois, posée par des riverains, des plaisanciers et des pêcheurs, étonnés de voir approcher deux gars avec leur barda dans un canot de 16 pieds équipé d’une voile.

De notre côté, la principale surprise que nous réservera le fleuve, ce seront ses gens et ses îles. Toutes les grandes îles du Saint-Laurent sont des univers cachés. Depuis l’eau, on ne voit habituellement qu’un talus herbeux et, à l’occasion, le toit d’une grange. Mais quand on gravit la berge, une nouvelle perspective s’ouvre pour révéler des terres labourées, des bois parfois denses, des routes, des pistes de chevreuil, des cyclistes et même une voiture amphibie !

Moins de deux heures après notre départ, les îles de Boucherville sont loin derrière, et nous faisons une pause pique-nique devant la bouée 37, chez Paul Clément, qui vit sept mois par année sur l’île Sainte-Thérèse, en face de Pointe-aux-Trembles. Son chalet, qu’il a entièrement aménagé avec tout le confort d’une maison, est situé devant une vieille grange abandonnée qui a abrité une salle de spectacle assez populaire dans les années 1960, la Grange de l’île Sainte-Thérèse. « La vieille scène est encore là », dit Paul Clément, 61 ans, frère de l’actrice Sophie Clément et bassiste de l’ancien groupe yéyé les Beachcombers. « Un de mes voisins est l’ex-batteur, un autre l’ex-guitariste ! » Sur cette île de propriété fédérale, près des trois quarts des 80 propriétaires de chalets sont des squatteurs, mais des squatteurs organisés : il y en a un au bout de l’île qui se construit une pizzeria ! « C’est mon petit paradis, j’y chasse même le chevreuil, à l’arc », dit Paul Clément, dont la conversation est une suite sans fin d’anecdotes.

Et la nature, demanderez-vous ? Nous verrons sauter des centaines de brochets et s’envoler des hérons, plus nombreux que les écureuils sur le mont Royal. Mais la grande vedette, c’est le fleuve. Tantôt bordé de falaises sombres, de plages rouges ou de marais herbeux, parsemé de centaines d’îles, le Saint-Laurent est un géant apparemment tranquille, mais malcommode, qui s’agite au moindre coup de vent ainsi qu’à l’embouchure des affluents, et que la marée fait même couler à contresens à partir de Trois-Rivières. Les repères ne manquent pas : clochers, cheminées, bouées, baies, pointes. Mais il est parfois difficile d’évaluer les distances sur un fleuve dont la largeur dépasse la longueur de la plupart des lacs du Québec.

Comme nous ne faisons pas un voyage ordinaire, nous recevons des dizaines de conseils : « Méfiez-vous du nordet » ; « Tenez-vous loin de la pointe » ; « Prenez le rapide Richelieu à la bonne heure. » Timides les premiers jours, nous nous tiendrons dans le chenal des petites embarcations, où il y a moins d’eau. Aux derniers jours, nous naviguerons en bordure du chenal des grands navires, histoire de profiter du puissant courant.

Notre première étape pour la nuit est un endroit de rêve : l’île Ronde, devant Saint-Sulpice, que deux propriétaires se partagent. L’un, Jocelyn Lafortune, exploite un vignoble de 50 000 plants à moins de 35 km en canot du centre-ville de Montréal. Au moment de notre passage, nous détonnons un peu avec nos vêtements de plein air parmi la centaine d’invités à un mariage. Tiens, voilà justement l’hélicoptère nuptial avec la mariée à son bord !

Nous passerons davantage de temps avec l’autre habitant de l’île, Guy Vandandaigue, qui a fait son miel dans l’immobilier commercial avant de rénover la maison seigneuriale, abandonnée, et de créer son gîte, la Seigneurie de l’île Ronde, renommé pour ses repas champêtres servis par des femmes qui portent le costume traditionnel des filles du Roy. « J’ai mis 10 ans à obtenir que l’île soit zonée territoire récréotouristique », dit-il.

Je vous parle des gens : un des gars le plus colorés est certainement mon équipier, André Racette. Magasinier à la Société des casinos du Québec, ce canoteur hors pair a plus de 3 000 km de rapides dans le corps. Moi devant, je serai le navigateur et le moteur ; André, derrière, sera le barreur et le verbomoteur : toujours une histoire à raconter ! Il a parcouru toutes les rivières du Québec, il a sauté des chutes de cinq mètres, mais la seule rivière qu’il n’a pas descendue, c’est le fleuve ! Pour l’occasion, il a acheté une toile de pontage afin de couvrir l’embarcation en cas de mauvais temps, et surtout, une voile spécialement créée pour le canot, qui nous permettra d’avancer même par vent de travers avant. Mieux, cette voile de conception québécoise est faite pour plier par fort vent, ce qui réduit les risques de chavirage sous l’effet des bourrasques.

André est comblé par sa voile. Le matin du deuxième jour, le vent favorable nous pousse à grand train. En deux heures, nous avons doublé Lavaltrie et Lanoraie — une distance de plus de 20 km.

En début d’après-midi, devant Sorel, nous pénétrons dans un dédale : les îles de Berthier. Elles sont souvent confondues avec celles de Sorel, de l’autre côté du chenal principal, si bien qu’on parle de plus en plus des îles de Berthier-Sorel. Ce pays du Survenant sera l’univers le plus dépaysant que nous aurons l’occasion de sillonner. D’abord parce que cet archipel compte plus d’une quarantaine d’îles, séparées par des chenaux assez étroits, et portant des noms aussi colorés que l’île aux Rats, aux Liards, aux Fantômes, des Joncs et autres îles à Cochon. Certaines ont deux noms. Ainsi, l’île Dupas s’appelle aussi Madame. Ce double nom est à la fois le vestige du temps où un chenal divisait l’île en deux et le témoin de la puissance d’un fleuve en mouvement constant, capable dans sa furie de s’amputer un bras.

Dès que l’on s’éloigne de la route 158, menant au traversier qui fait la navette entre Sorel et Saint-Ignace-de-Loyola, les chenaux des îles se transforment en un univers qui évoque davantage les bayous que le sud du Québec… alligators en moins. On y chasse le rat musqué et le canard, on y pêche le maskinongé et l’achigan, et certains habitants font pousser, dit-on, des herbes fines aux propriétés autres que gustatives. André pense à l’Afrique ; j’y vois la Louisiane. Quoi qu’il en soit, l’impression de dépaysement est très forte.

À la pourvoirie du Lac Saint-Pierre, trois douzaines de bateaux de toutes tailles sont amarrés. Nous devions y faire étape pour la nuit — on y prépare, dit-on, une excellente friture de perchaudes —, mais les vents du lendemain s’annoncent défavorables. « Faites attention sur le lac Saint-Pierre, il est dangereux », nous prévient Nicolas, le pompiste du port de plaisance, le genre de petit débrouillard qu’on ne voit qu’à la campagne.

Finalement, nous poursuivons notre chemin vers l’auberge Le Nid d’Aigle, près de Maskinongé, en face de la dernière île de l’archipel. Nous abordons devant l’auberge au moment où éclate un gros orage, qu’André et moi appréhendions depuis deux heures.

Le port de plaisance, un peu défraîchi après sa deuxième faillite, est tenu par Raynald et Shantha Codey, de Terrebonne, qui l’ont racheté moins d’un mois plus tôt. Raynald est entrepreneur en construction. Shantha, originaire du Laos, a grandi à Sherbrooke, où elle a débarqué en 1979, à l’âge de trois ans, avec sa mère, ses cinq frères et sœurs et trois neveux. « Beau projet de rénovation ! » dit cette survivante que rien n’arrête.

Au bar du Nid d’Aigle, nous tombons sur deux authentiques « agrès » — appelons-les Robert et Roméo —, qui font depuis toujours les 400 coups dans les chenaux. Nous ne sommes pas encore assis que Roméo nous raconte comment, à 12 ans, il braconnait les ouaouarons « au dard » (au harpon), avec son fanal et sa chaloupe. « On sortait ça au baril de 45 gallons ! » Ce genre de chasse est maintenant réglementée : « Une chance pour les ouaouarons ! » s’exclame Roméo dans un moment de lucidité, entre deux tournées. Roméo, qui a 47 ans et deux dents, vient d’obtenir son permis, après 14 ans à conduire son pick-up en toute illégalité. Mais ce n’est rien : il a piloté un hydravion pendant deux ans sans permis, avant de le couler, devant le port de plaisance, en 2006 ! « Attention au vent sur le lac Saint-Pierre. Visez la bouée 91, et n’y allez pas si le vent est du nord-est », nous répète sur tous les tons Robert, le plus sobre des deux.

Le lac Saint-Pierre ! Cet élargissement du fleuve, large de 15 km et long de 25, se trouve entre Sorel et Trois-Rivières — son nom remonte au premier voyage de Champlain, en 1603, cinq ans avant la fondation de Québec. Presque entièrement bordé de marais, c’est un paradis pour les ornithologues, avec ses volées d’oies blanches et autres bipèdes ailés. L’Unesco l’a d’ailleurs désigné réserve de la biosphère. Pour les navigateurs, ce lac est la partie la plus dangereuse du fleuve : il est traître, imprévisible, cruel. Et tellement grand qu’on voit à peine de l’autre côté par beau temps. Comme presque personne n’habite ses rives, les repères sont rares. Au moindre coup de vent, il y monte une forte houle. À cause de sa faible profondeur, il est aisé de s’y échouer.

Compte tenu de tous ces dangers, nous passons la troisième journée au Nid d’Aigle, attendant des conditions favorables. Et nous avons bien fait : le matin du départ, au quatrième jour, le lac est un miroir que pas une vaguelette ne vient rider, et nous avançons dans les hautes herbes sans tracas. Non loin devant, nous apercevons des perches et une chaloupe qui tourne autour. Nous nous approchons.

Coup de bol : ce pêcheur, Roger Michaud, est le pêcheur, avec sa grosse barbe, ses gants, son gros pantalon de caoutchouc et sa grosse barque équipée d’un puissant moteur. « Je suis un des derniers survivants parmi les pêcheurs commerciaux. » Depuis 30 ans, cet habitant de Maskinongé ajuste ses perches et hale ses verveux (filets en forme d’entonnoir). Dans ses viviers, des anguilles et des barbottes — ces dernières forment la base de la gibelotte de Sorel, la bouillabaisse locale, dont il est devenu le fournisseur officiel. « On était 42 il y a 10 ans et on n’est plus que 6 depuis que l’État rachète les permis. Mais qu’est-ce que vous voulez que je fasse, à 53 ans ? Il faudrait que je me recycle. Alors je garde mon permis. »

Après l’embouchure de la Yamachiche, nous coupons à travers la dernière grande baie du littoral pour retrouver le courant du fleuve, dans l’espoir de doubler Trois-Rivières avant la fin du jour. Nous ne sommes pas très inquiets de nous éloigner de trois kilomètres de la rive : le temps est tranquille.

Pas pour longtemps. Moins d’une demi-heure plus tard, d’énormes nuages sombres courent vers nous. Leur reflet dans le lac d’huile est sublime… et menaçant. Nous décidons de piquer droit vers le rivage. Il n’y a aucun vent, mais une houle étrange se lève. Quelques minutes plus tard, des éclairs raient le ciel à une dizaine de kilomètres derrière nous, produisant des roulements de tonnerre qui s’achèvent par un fracassant bloub-bloub, comme si la foudre fendait l’eau !

Nous abordons sur une large plage, devant le clocher de Pointe-du-Lac, comme l’orage est presque sur nous. Je marche vers un homme qui prend des photos de la tempête avec ses deux mousses.

« Il y a un dépanneur près d’ici ?

— À sept kilomètres.

— Un guichet automatique ?

— À 300 mètres. Vous cherchez un refuge ? »

Nous courons chez lui au moment où les premières rafales frappent : les feuilles volent dans toutes les directions. J’apprendrai le lendemain que nous avons évité ce même front qui a semé l’émoi autour de Montréal, avec sept camions renversés sur le pont Champlain, des grêlons gros comme ça et 315 000 abonnés d’Hydro-Québec débranchés.

Vers 17 h, le beau temps est revenu, mais la houle et le vent restent forts. Nos hôtes, Gary Provencher et sa conjointe, Isabelle Ferron, nous gardent chez eux pour le souper et la nuit. Comme ils ont parcouru de grands bouts du fleuve en kayak, ils sont parmi les rares personnes que nous avons croisées à penser que notre aventure est parfaitement normale. Il se trouve que Gary est capitaine et pilote de cargos sur le Saint-Laurent : il a navigué sur toutes les mers du globe et obtenu tous les grades, de simple matelot à capitaine. Il a choisi et rénové cette maison, qui fait face à la seule plage libre de la région, par amour du plein air. Nous passerons la soirée à recevoir ses conseils de navigation.

Au matin du cinquième jour, nous filons sous le pont Laviolette, fraîchement rénové et tout pimpant. Trois-Rivières, qui fut salement défigurée par un incendie qui a ravagé le tiers de la ville en 1908, est assez jolie vue du fleuve, si on fait abstraction des usines à papier. Nous nous arrêtons pour manger à la cafétéria du sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, à Cap-de-la-Madeleine. « On a vu votre canot approcher ! » nous disent les employées du restaurant, renversées d’apprendre que nous sommes partis de Montréal cinq jours plus tôt. Beau pèlerinage !

Cet après-midi, un vent très fort nous pousse à 12 km/h, soit le double de notre vitesse moyenne, 6,5 km/h, déjà très rapide pour un canot. Un riverain nous envoie un signal lumineux codé. Mon morse étant assez rouillé, je le salue de la main. Après le village de Champlain, des orages nous retardent, puis le vent tombe. Loin avant Batiscan, nous ressentons la marée montante, dont l’amplitude est encore de moins de 60 cm, mais qui a pour effet d’annuler le courant.

Nous arrivons vannés au Gîte au Bois Dormant, dans l’embouchure de la rivière Batiscan, après une longue journée de 55 km en sept heures, notre record. Ginette Lajoie, la propriétaire, nous attend avec une… brouette pour nous aider à « portager » jusqu’au gîte, de l’autre côté du port de plaisance. Constatation faite, elle contacte son mari, qui viendra nous prendre en 4 x 4 et remorque.

Au restaurant du port de plaisance de Batiscan, tandis que le soleil se couche, André et moi étudions l’horaire des marées et les atlas des courants de marée, car c’est l’influence du fleuve qui rythmera nos prochains jours. Compliquée, la marée : les heures de haute et de basse marée sont différentes à Batiscan, Portneuf, Neuville et Québec. Par-dessus le marché, la marée agit comme une grosse vague qui renverse le courant quand elle monte. Elle a déjà sauvé la Nouvelle-France contre la flotte anglaise. Alors respect !

Le matin du sixième jour, nous repartons à 8 h en sachant que nous profiterons d’une marée descendante jusqu’à 11 h 15 environ. Malgré le vent du nord, qui nous est contraire et qui produit de courtes vagues assez désagréables, le puissant courant nous porte à près de 10 km/h. Pour en bénéficier au maximum, nous longeons le chenal des grands navires, dont certaines bouées se déhanchent violemment.

André est un peu nerveux, car Gary Provencher nous a rappelé l’existence des rapides Richelieu, devant Deschambault. André imagine un monstre, genre rapides de Lachine. Finalement, ils n’ont de rapides que le nom : le passage est étroit à marée basse, mais les cargos s’y engagent à marée haute. Les énormes rochers qui le bordent à marée basse sont les vestiges d’un formidable obstacle sur le fleuve. Avant les grands travaux de dragage du 19e siècle, les goélettes ne se risquaient à franchir ces rapides qu’à marée montante, le vent dans le dos, et rarement sans un pilote chevronné. Champlain ne s’y était pas trompé : dès 1633, sur l’île Richelieu, en bordure des rapides, il avait établi le poste de traite le plus avancé à l’ouest de Québec — il avait même fait fortifier l’île pour défendre le goulet. Et jusque vers 1850, la région est demeurée une escale importante, comme en témoignent les importants quais de Portneuf et de Grondines.

Après les rapides Richelieu, il est midi et nous traversons pour la première fois vers la rive sud du fleuve, pour nous arrêter à Pointe-Platon, en contrebas du Domaine Joly-De Lotbinière. Nous y passerons trois belles heures sur la grève, en attendant la marée descendante, à regarder les cargos remonter avec la marée et à haler notre canot aux 10 minutes — la marée est de près de 2,5 m à Portneuf ce jour-là. Les galets sont doux sous les pieds. Il y a de gros rochers ronds et des saules paresseux.

Vers 15 h 30, la marée redevient favorable et nous repartons. À quelques kilomètres en aval, un peu après Donnacona, le fleuve cesse de zigzaguer. Nous pouvons alors apercevoir les structures des ponts de Québec, 40 km plus loin.

À Neuville, notre dernière étape, la nuit sera courte, car il faudra se lever à l’aube pour profiter, encore une fois, de la marée descendante. Nous déjeunerons sur l’eau, entre les bouées Q18 et Q20, en nous laissant porter par le fort courant. Nous avancerons si vite que nous franchirons les ponts de Québec avant que notre photographe ait pu prendre position. Finalement, à 10 h 30, le Château Frontenac se dressera à gauche, sur le cap, juste au-dessus de nous.

Notre périple se termine en beauté à la marina du Bassin Louise, où l’éclusier, totalement enthousiasmé par notre voyage, accepte de laisser passer notre petit canot, même si nous n’avons pas la réglementaire radio VHF marine : nous sommes son premier canot ! Il veut même prêter sa petite péniche d’éclusier à notre photographe pour qu’il puisse avoir les meilleures prises de vues — la perspective sur la Haute-Ville est unique, avec le Grand Séminaire à l’avant-plan.

Pour nous accueillir, des supersoniques fendent le ciel à basse altitude (en fait, ils répètent leur numéro pour le spectacle aérien du lendemain) et Robert Lepage finit ses tests de son pour le spectacle du 400e. Nous accostons en grande pompe, c’est-à-dire à côté de la pompe à essence de la marina, à midi, sous un ciel radieux et en l’absence de foule en délire. Histoire de profiter des douches, nous allons nous inscrire à la marina.

« Votre longueur ? » me demande la préposée.

— Pardon ?

— Du voilier…

— Du canot : 16 pieds.

— Canot ? On n’a pas ça dans notre système. Mettons voilier ! »