Montréal-Québec en canot, le journal de bord

André Racette et Jean-Benoît Nadeau ont pagayé pendant sept jours. Voici le journal de bord d’André, au fil de l’eau.

Introduction

C’est en regardant mes courriels entre deux périodes des séries éliminatoires Canadiens contre les Bruins que le projet a pris forme. Un journaliste, Jean-Benoît Nadeau, recherche un partenaire de canot pour descendre le fleuve Saint-Laurent de Montréal à Québec. J’avais déjà pensé faire ce périple auparavant mais il y avait tellement d’autres beaux affluents. On communique ensemble par courriel, on se parle au téléphone et on se rencontre pour l’organisation. Je prends quelques informations à la Fédération québécoise de canot et de kayak de mer. Après une soirée de discussion et de planification, je sais plus à quoi il faut s’attendre.

Pour ce voyage, j’ai pensé me fabriquer une voile pour mon canot. En recherchant sur Internet, je trouve la compagnie Spirit Sails qui fabrique des voiles pour les canots et les kayaks de mer. Le produit est simple, ingénieux et il y a possibilité d’ajuster l’angle de la voile. Je me commande une voile chez Boréal Design à Québec et j’installe la plaque de fixation sur mon joug de portage de façon à ce que je puisse l’enlever et le réinstaller facilement. Le mât est souple et la toile est très légère, ce qui réduit le risque que les rafales nous fassent chavirer. Aussi j’achète une toile de pontage chez Horizon Nature qui est fait sur mesure pour mon canot Canyon Esquif. La toile risque d’être utile en cas de fortes vagues. Jean-Benoît s’est occupé de l’achat des cartes marines, de l’atlas des marées et il a fait une reconnaissance terrestre tout le long de notre trajet. Nous en concluons que nous pourrons alterner entre du camping, des motels et des gîtes, et qu’il faut prévoir une durée de six à dix jours pour cette expédition.

Jour 1: samedi 6 juin 2008
Le départ de Montréal

36,5 km, en 5 heures

C’est au volant de mon vieux Vanagon Westfalia 82 que je vais chercher Jean-Benoît. Le départ se fait juste à coté de la marina de Longueuil. La température est d’environ 25 degrés et le soleil est de la partie. Lorsqu’il fait beau sur le Saint-Laurent, le vent souffle généralement sud-ouest donc dans notre dos. Notre canot est chargé – le matériel est dans des barils étanches – mais pas à l’extrême parce que nous nous approvisionnerons tout au long de notre voyage. Le vent souffle très légèrement. Nous croisons plusieurs bateaux à moteur qui s’en vont probablement dans le Vieux-Port pour la fin de semaine du Grand Prix. Après avoir dépassé le port de Montréal, nous nous dirigerons vers la rive nord. Au loin, on voit un cargo. Le vent se lève tranquillement et la voile prend toute son utilité. Avec la voile et un vent favorable, on file à une vitesse de 8 à 10 km/h en pagayant normalement, ce qui réduit nos dépenses d’énergie. On arrête manger à l’île Sainte-Thérèse chez un sympathique monsieur et sa famille. Son voisin arrive tout juste avec son nouveau jouet, une Amphicar 1964 rouge. Il venait de traverser le Saint-Laurent avec cette voiture. On repart et le vent prend de l’intensité. Notre voile fonctionne à plein régime. Je dirige de façon sportive et continue afin de conserver le canot dans le bon angle car le vent est légèrement de côté. On passe l’embouchure de la rivière des Prairies, les îles de Repentigny, la ville de Lachenaie pour arriver à notre destination : l’île Ronde située en face de Saint-Sulpice. Après un bon repas et un beau coucher de soleil, je relaxe sur le balcon du gîte. C’est d’ailleurs là que je passerai la nuit.

Jour 2 : les îles de Berthier
50 km, en 7 heures

Avant le départ, nous prenons quelques clichés d’une ancienne voiturette scolaire avec un poêle à bois à l’intérieur. Départ 8h30 sur l’eau, le soleil est toujours de la partie et le vent est calme ce matin. Une heure plus tard, le vent se lève avec un angle parfait de 100 % dans notre dos. Nous parcourons 28 km sans trop forcer avant midi. Nous arrêtons manger sur une île face à la marina de Berthier. Sur l’autre rive, on voit Sorel et ses grosses usines. Après un repas consistant, nous reprenons le large pour entrer dans les îles de Berthier. Dans le chenal bordé de belles propriétés, le vent diminue car il est protégé par les arbres. Notre vitesse diminue, mais les paysages sont magnifiques. Nous remontons un chenal sur 1 km pour aller prendre des renseignements à la Pourvoirie du lac Saint-Pierre. La météo annonce un orage imminent et nous poursuivons jusqu’à la marina du Nid de l’aigle. Il n’y a pas de vent, l’air est chaud et humide. Nous arrivons juste à temps à la marina, où nous mangeons au sec et au chaud avec une bonne bière. Nous passons la nuit dans une cabine sur pilotis. À 21 heures, je m’endors avec mon livre de Jack Kerouac au visage.

Jour 3 : le Nid de l’aigle
repos

Quoi de mieux pour une journée de congé forcé qu’un endroit comme le Nid de l’aigle ? Les vents sur le lac Saint-Pierre ne sont pas favorables. Ils sont du nord. On le sait grâce au site Internet windguru.com qui nous informe sur les prévisions de vent. Le lac Saint-Pierre est un endroit craint par les capitaines pour les hauts-fonds un peu partout sur le lac, mais aussi les grosses vagues et les forts vents. Pour le lendemain, la météo annonce un vent favorable du sud-ouest de 10 nœuds, ce qui est modéré. Donc aujourd’hui repas, écriture, lecture et une petite balade en canot pour observer cette masse d’eau qu’est le lac Saint-Pierre. Soirée arrosée et animée avec deux joyeux drilles.

Jour 4 : la traversée du lac St-Pierre
29 km, en 6 heures

Après un bon déjeuner, le départ se fait à 8h45. Une légère brise de face et c’est parti ! Nous franchirons le lac en trois sections, suivant toujours la rive nord. Le soleil est au rendez-vous et nous nous arrêterons d’abord à l’embouchure de la rivière du Loup, au sud de Louiseville. Sur notre chemin, nous rencontrons un pêcheur au varveau. En pagayant à travers les longues herbes, nous arrivons enfin à notre première étape. Malgré le sol vaseux, nous débarquons pour s’étirer les jambes et grignoter une collation. Prochain arrêt : l’embouchure de la rivière Yamachiche. Après un lunch dans la vase, on repart vers Pointe-du-Lac, qui sera la dernière étape de la traversée du lac. À mi-chemin, on entend un coup de tonnerre. On se tourne et un orage se prépare. Nous accélérons la cadence et décidons de couper vers l’église de Pointe-du-Lac pour se mettre à l’abri. À un moment, nous croyons que l’orage va nous dépasser à droite, mais un autre front arrive derrière nous et de longues vagues nous poussent vers notre destination. Finalement, nous arrivons juste à temps pour éviter la tempête. Un riverain, qui est pilote de cargo, nous offre de nous réfugier chez lui pour la nuit. Deux filles dans un pick-up regardant l’orage nous donnent un coup de main pour transporter le matériel. Nous mangeons un très bon repas et une fois de plus, nous avons rencontré des gens passionnés par la vie. J’adore voyager de cette façon. La nuit est bonne dans la tente roulotte, alors que Jean-Benoît dort dans le garage.

Jour 5 : le record de vitesse
48 km, en 8 heures et demie

Nous sommes partis par un beau temps navigant sur 18 km avant le pont de Trois-Rivières. Apres un bon dîner au Sanctuaire de Notre-Dame–du-Cap, nous croisons un cargo qui navigue à une vitesse beaucoup plus rapide que les autres navires. Il fait des vagues immenses d’environ six pieds. Je tourne le canot face aux vagues pour ne pas les recevoir de côté parce que l’on dessalerait à coup sûr. Les vagues sont hautes mais longues ce qui nous aide à les traverser agréablement. Le vent se lève quelques minutes plus tard dans l’axe parfait. La navigation devient très sportive et les vagues sont assez grosses pour toucher les plats-bords du canot. Sous l’effet du vent, les mâts s’arquent tellement que la voile touche la tête de Jean-Benoît. Nous ferons 16 km en une heure et 5 minutes. Nous décidons de prendre une pause au village de Champlain. En voulant nous arrêter derrière la rampe de mise à l’eau, le vent nous pousse tellement fort dans le contre-courant que nous manquons de chavirer. Heureusement, un bon appui sur la pagaie nous a fait garder notre équilibre et nos vêtements au sec. Vive la technique ! Nous faisons une petite épicerie dans ce charmant village. On voit maintenant au loin un nouvel orage qui s’en vient, et nous décidons d’attendre qu’il passe avant de repartir.
La pluie est si intense qu’il faudra vider le canot à la pompe manuelle avant de repartir. Le courant et le vent sont tombés mais la pluie, le tonnerre et les éclairs continuent. La berge est très à pic et nous naviguons à un mètre du bord pour se protéger des éclairs. Les propriétaires du gîte au Bois Dormant à Batiscan transportent notre équipement et nous dans la remorque de leur véhicule tout terrain pendant un demi-kilomètre. Le soleil revient et nous en profitons pour faire sécher notre matériel. La douche et le repas étaient excellents et je dormais déjà à 20h30.

Jour 6 : le début des marées
54,5 km en 7 heures et demie

Aujourd’hui c’est la première fois que nous allons naviguer avec les marées. Nous devons naviguer après la marée haute, c’est-à-dire quand elle recommence à redescendre, pour profiter du courant vers Québec. Autrement, nous pagayerions à contre-courant. Le vent est frais ce matin, on est presque au centre du fleuve, à environ deux kilomètres de chaque rive. La voile est levée et le vent souffle de travers. Les vagues sont hautes et l’eau entre à l’occasion dans le canot. Je dois sans cesse placer mon aviron en position d’écart pour maintenir l’angle du canot. La marée nous pousse à 12 kilomètres-heure. Jean-Benoît peut le mesurer aisément en minutant le temps entre les bouées, que nous longeons de près. Une bouée à toutes les dix minutes. Nous longeons maintenant la rive sud et d’immenses parois rocheuses d’environ 30 mètres. Nous arrêtons manger sur une magnifique pointe devant Deschambault, parce que la marée a maintenant recommencé à monter. C’est l’heure du dîner et du repos. Nous repartirons à 16 heures, quand la marée sera haute. Entre-temps, il faut remonter le canot à toutes les quinze minutes de la berge parce sinon il sera emporté par la marée montante. Au moment de repartir, le vent est régulier et les vagues sont belles. Après la pointe du cap Santé, nous voyons finalement le pont de Québec au loin. Notre destination finale approche, nous arrivons au Manoir de Neuville à 19h45. Nous mangeons et je me couche tôt, épuisé de cette longue journée.

Jour 7 : Québec
28,5 km, en 4 heures et demie

Départ au lever du soleil. La marée est haute et pour en profiter, on s’approche de la voie maritime. Nous filons à nouveau à dix kilomètres à l’heure. Nous déjeunons dans le canot avec des barres tendres et des fruits pour ne pas perdre le courant de la marée. Le pont de Québec prend forme, nous observons à notre gauche le magnifique pont ferroviaire de Cap-Rouge. La marée commence à diminuer et lors de notre passage sous le pont de Québec, le courant est presque stagnant. Nous pagayons sur l’eau calme pendant une heure environ, admirant les travaux d’aménagement d’une magnifique piste cyclable longeant le boulevard Champlain. Nous faisons une pause à la marina de Sillery qui était notre plan B de sortie. Il nous reste seulement 4 km à pagayer avant notre point de sortie, le bassin Louise dans le Vieux-Québec : le plan A. Nous pagayons très fort pour ne pas se faire prendre par la marée montante. La circulation est plus dense sur l’eau et nous devons être vigilants. Nous laissons passer la traverse de Lévis puis nous pagayons rapidement pour leur libérer le passage. Nous arrivons finalement près du bassin Louise. On veut essayer d’avoir une permission spéciale pour prendre l’écluse. L’éclusier nous fait une faveur – car nous n’avons pas la radio VHF réglementaire. Les portes de l’écluse s’ouvrent et notre petit canot prend place pour une nouvelle expérience. Le niveau se met à monter jusqu’à ce que la porte opposée s’ouvre et voilà, notre objectif est atteint sous un soleil radieux. On prend quelques photos et on trouve une place pour accoster notre canot dans la marina avec tous ces bateaux à moteur et voiliers luxueux. Nous prenons un bon dîner et une bonne bière pour célébrer la fin de notre voyage. Ma sœur qui avait une conférence viendra nous chercher vers 17 heures. J’en profite pour aller me promener dans le Vieux-Québec pour profiter des festivités du 400èmee. C’est déjà la fin de cette belle aventure…

Je tiens à remercier Jean-Benoît Nadeau de m’avoir choisi pour faire ce voyage qui fut une expérience hors de l’ordinaire.

Merci!

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