Mythes et réalités à propos du sommeil des bébés

Le sommeil des jeunes enfants est très variable. Le mythe de « faire ses nuits à un âge précis » crée des attentes irréalistes potentiellement dommageables sur le sentiment de compétence des parents.

Kevin Keith / Unsplash

L’auteure est professeure au Département de psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

L’arrivée d’un enfant signifie souvent pour ses parents une privation de sommeil durant les cinq premières années de sa vie. Entre le quart et le tiers des parents d’enfants âgés entre 0 à 5 ans rapportent en effet des problèmes de sommeil chez leurs petits. C’est l’un des motifs de consultation les plus fréquents en pédiatrie clinique.

Les parents sont de grands demandeurs d’information au sujet de la régulation du sommeil et de ses effets potentiels sur le développement de leur enfant. La pression sociale les incite à chercher des réponses au problème de « faire ses nuits », et ce, le plus rapidement possible, sinon gare à la dose de culpabilité parentale !

Mais que signifie un sommeil de qualité chez un bébé ? Quelles sont les conditions gagnantes pour tirer profit au maximum des bienfaits du sommeil sur le développement ? Quelles sont les conséquences du manque de sommeil ?

La science du sommeil nous offre de bonnes pistes de réflexion et d’action malgré les débats en cours au sein de la communauté scientifique ainsi que chez les professionnels de la petite enfance. Par contre, il existe un écart important entre ce que la science connaît sur le développement de l’enfant et du sommeil et ce qui est véhiculé dans nos sociétés, ce qui n’est pas sans conséquence. Par exemple, le mythe de « faire ses nuits à un âge précis » crée des attentes irréalistes potentiellement dommageables sur le sentiment de compétence des parents.

La Dre Catherine Lord, cofondatrice et présidente d’Immerscience, et moi avons créé un projet de communication sur le sommeil des zéro à cinq ans intitulé « Apprendre à dormir comme à marcher ». Il vise à accompagner les parents pris dans un tourbillon d’informations entremêlé de conseils, de témoignages et de recommandations d’experts.

Trois réalités sur le sommeil

1- Le sommeil est un pilier de la santé au même titre que l’alimentation saine et l’exercice physique.

Différentes sphères du développement de l’enfant sont liées au sommeil, telles que le fait de bien réfléchir (santé cognitive), d’interagir avec les autres (habiletés sociales), de grandir (santé physique), de ressentir les émotions (santé mentale), et de guérir (santé immunitaire). Sommeil et santé opèrent en vase communiquant et l’inverse est aussi reconnu, c’est-à-dire être la santé favorise également une bonne qualité de sommeil.

2- Le développement du sommeil est propre à chaque enfant au même titre que la marche.

Un fait bien démontré : nos besoins en sommeil ne sont pas tous les mêmes et ils varient selon l’âge. Il est évident qu’un bébé n’a pas les mêmes besoins en siestes et sommeil nocturne qu’un adulte.

Nous prenons de l’âge à la même vitesse, mais nous ne nous développons pas tous à la même cadence. À l’instar de la marche, le sommeil se développe à un rythme propre à chaque enfant. Cette période se nomme l’étape de maturation du sommeil. Ainsi, il existe une grande variabilité dans la qualité du sommeil jusqu’à l’âge de deux ans. À partir de deux cohortes longitudinales, deux constats émergent : le temps pour s’endormir diminue pendant les six premiers mois ; le temps de sommeil pendant la nuit se consolide, c’est-à-dire qu’il y a de moins d’éveils nocturnes (signalés aux parents) au cours de la deuxième année de vie.

À l’âge de six mois, un enfant peut connaître des variabilités dans son sommeil. Et jusqu’à trois ans, le sommeil des enfants varie de l’un à l’autre. L’important n’est donc pas tant l’âge précis, mais là où l’enfant est rendu dans son évolution afin de mettre en place les conditions gagnantes dans son environnement afin d’influencer positivement le développement du sommeil.

3- S’endormir seul devient possible grâce au soutien des parents, un pas à la fois.

Il existe une myriade de façons d’élever des enfants qui favorisent leur développement. Il en est de même pour l’acquisition de l’autonomie du sommeil, c’est-à-dire que l’enfant a la capacité de s’endormir et se rendormir seul en confiance.

Cette confiance peut s’acquérir de différentes manières tant que les règles de sécurité sont respectées. Avec des pleurs accompagnés ou sans pleurs ; en cododo ou dans sa chambre, au sein ou au biberon, à l’eau ou au lait. On sait que le développement du sommeil est rythmé par la biologie, mais aussi par les facteurs d’influence présents dans notre environnement comme les pratiques parentales entourant le sommeil.

Deux grands experts de sommeil chez l’enfant, Avi Sadeh et Thomas Anders, ont proposé un modèle théorique du sommeil de l’enfant. Basée sur une approche biopsychosociale, leur perspective inclut plusieurs facteurs, dont ceux associés à l’enfant (par exemple le tempérament), aux parents (par exemple, des problèmes de santé mentale), à la relation parent-enfant (par exemple des pratiques parentales entourant le sommeil). Tous ces facteurs influencent le sommeil de l’enfant.

Le sommeil est ainsi bien ancré dans un contexte social où les parents jouent un rôle crucial dans l’autonomie au sommeil. Une étude épidémiologique menée auprès de nourrissons nés prématurément et à terme a suggéré que l’immaturité du système nerveux serait un facteur moins important que les comportements parentaux dans le développement des problèmes de sommeil.

Des études ont montré que ces comportements, tels que la présence parentale pendant l’endormissement de l’enfant durant la période préscolaire, sont associés à davantage de problèmes de sommeil. Une revue de littérature sur la pédiatrie du sommeil mentionne que les interactions parent-enfant au moment du coucher pendant la période préscolaire pourraient prédire les problèmes de sommeil. Il est donc important de soutenir graduellement son enfant à s’endormir et se rendormir seul, et ce, lorsque le parent observe que son enfant est prêt à être guidé dans cet apprentissage.

Trois méthodes pour acquérir le sommeil

Une revue de littérature décrit les avantages ou les inconvénients des différentes méthodes d’intervention du sommeil ; certaines sont rapportées comme mieux indiquées en fonction de l’âge de l’enfant, de son développement ou du contexte des difficultés de sommeil de l’enfant (conditions médicales ou psychosociales, etc.).

Voici une description et des exemples de méthodes d’intervention du sommeil selon les trois grandes catégories :

1. Les méthodes d’intervention de sommeil de types comportementaux prônent la non-réponse à un éveil nocturne afin que l’enfant puisse apprendre à s’endormir par lui-même. Les techniques d’extinction standard, d’extinction avec présence parentale et d’extinction graduelle consistent à effectuer une routine avant le coucher avec l’enfant, puis le coucher alors qu’il est encore éveillé. Le parent est invité à quitter l’endroit où dort l’enfant en vue qu’il trouve son sommeil par lui-même.

2. Les méthodes d’intervention de sommeil de types cognitifs comportementaux modifient les attentes, les croyances et les perceptions des parents en matière du sommeil. Lorsque l’enfant est plus vieux, des composantes supplémentaires sont ajoutées, comme des techniques de relaxation, une modification des pensées liée à l’inquiétude et à l’anxiété, la formation à l’imagerie positive et autres.

3. Les méthodes intégrant les notions d’attachement sont celles qui introduisent un objet dit « transitionnel » tel un doudou. Dans cette catégorie de méthodes d’intervention de sommeil, la clé réside dans le fait de cibler de « petits pas » ou de « petits objectifs » empreints de douceur et de bienveillance.

Pas de méthode magique… mais des conditions gagnantes

Il n’y a pas de méthode magique. Mais on peut développer des conditions gagnantes. Ainsi, les parents doivent faire des choix en fonction des besoins de leur enfant (qui varient dans le temps) et de leur contexte familial, en démontrant de l’adaptation, mais aussi de la constance dans leur intervention individuelle. La cohérence et la complémentarité de rôle entre les parents sont aussi importantes pour que l’enfant puisse savoir sur quel pied danser.

Le message clé à retenir est d’avoir confiance en votre enfant et en vous-mêmes. Au même titre que la marche ou l’apprentissage à la propreté, s’endormir seul en confiance est un gain en autonomie. Aider son enfant dans cet apprentissage, c’est de l’aider à devenir « grand ».

Avoir des attentes parentales réalistes entourant le sommeil est crucial. Il importe de garder en tête trois choses en tant que parent : que votre enfant dorme une quantité suffisante pour son développement ; que le sommeil de votre enfant se développe à son rythme et puisse fluctuer au cours de son développement ; et que le parent doive offrir des conditions favorables et sécuritaires pour soutenir son enfant à acquérir une autonomie de sommeil en vue de prévenir les problèmes de sommeil.La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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La principale étude sur laquelle l’article est basé date de 2004. Est-ce que cette étude est toujours pertinente ? J’ai un doute.

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