Nanobouffe en délire

Article fort intéressant à lire sur le site du magazine français Sciences et Avenir, sur les nanoparticules utilisées par l’industrie alimentaire pour améliorer ses produits. Le moins qu’on puisse dire, c’est que toute cette histoire n’est pas claire!

Selon le magazine, il y aurait dans les aliments des nanos annoncées mais qui n’en sont pas, des nanos cachées par les industriels par peur de se les faire interdire et des pas vraiment nanos mais qui inquiètent quand même. Et un gros gros malaise dans la réglementation.

D’abord, tout le monde ne s’entend pas pour dire à partir de quelle dimension précisément une particule devient nano et prend donc des propriétés particulières. Rappelons qu’un nanomètre, c’est un milliardième de mètre, soit environ la taille d’une petite molécule.

L’International Standard Organisation (ISO) , chargée d’édicter des normes à l’échelle internationale, définit une nanoparticule comme un objet dont au moins une des trois dimensions se situe entre 1 et 100 nanomètres. Mais comme il n’existe pas de réglementation à ce sujet, n’importe qui peut qualifier n’importe quoi de nano, sans avoir à s’en justifier. 

«Il n’est pas possible à l’heure actuelle d’évaluer l’exposition des consommateurs ni les risques sanitaires liés à leur ingestion», écrit l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) dans son rapport (document pdf) sur les nanotechnologies et nanoparticules dans l’industrie alimentaire publié en mars dernier.

Au Canada, le Conseil des académies canadiennes a rendu son rapport à Santé Canada à ce sujet en juillet 2008. «La diversité même des nanomatériaux, si on la combine au caractère imprévisible de leurs propriétés sur le plan biologique et environnemental, fait qu’il est très difficile d’évaluer les risques qu’ils présentent et, par conséquent, de concevoir des règlements facilitant la gestion des risques possibles. La conclusion du rapport est que, au moment présent, on n’a pas trouvé d’effet biologique inédit découlant de l’exposition aux nanomatériaux, mais que notre compréhension des voies par lesquelles de tels effets pourraient se manifester reste très limitée. » Le conseil insiste sur l’urgence de mener plus de recherches à ce sujet.

Pourtant, Sciences et Avenir raconte que «quand Robert Madelin, le directeur général de la Santé et de la Protection des consommateurs de la Commission européenne, a demandé en 2007 lors d’une réunion aux industriels présents (Danone, Nestlé, Coca-Cola…) «de se lever s’ils ne faisaient pas de nanotechnologies», tout le monde est resté assis…»

 

Ce billet, excellent complément à l’article, explique le «cas pathologique»  de la nanosilice, que des industriels utilisent pour empêcher les produits en poudre (sucre, soupe, lait, fromages rapés…) d’agglomérer. Les fabricants sont tenus de déclarer ces nanoparticules à la Commission européenne, mais ils ne le font pas, arguant que la silice est certes faites de nanoparticules, mais que celles-ci ont été «attachées ensemble » sous forme d’agrégats mesurant plus de 100 nm avant d’être incorporées dans des aliments. Cependant, ces agrégats conserveraient des propriétés particulières (sinon, pourquoi ne pas utiliser des particules ordinaires de silice?) qui justifieraient qu’on les considèrent comme nano.

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Sans connaître ce système spécifiquement il est très peu probable que des nanoparticules de silice agrégées se redispersent sous forme individuelles. L’agrégat est plus stable tout en conservant une grande surface spécifique utile au produit. Cela dit il est vrai que le principe de précaution devrait être appliqué et il n’est pas très sage d’utiliser des matériaux nouveaux en alimentation sans tester adéquatement leur effet sur des systèmes biologiques. Mais pour les industrielles il est beaucoup plus simple et moins couteux de contourner les normes…

JL
doctorant, chimie physique et nanoparticules

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L’Industrie se fend en quatre pour nous donner plus de sucre, plus de sel, plus de gras, plus de produits bon marché même s’ils sont dangereux.
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