Ne courez pas après les fractures de stress

Au printemps, les coureurs sont heureux de reprendre la pratique de leur sport sur des trottoirs secs. Attention toutefois : un excès de zèle risquerait de gâcher votre début de saison.

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Après les longs mois d’hiver, le printemps est vécu comme une délivrance par la majorité des coureurs. Plusieurs finissent néanmoins par prendre le chemin des cliniques de médecine du sport, victimes de leur enthousiasme débordant. « C’est un grand classique : chaque année, entre les mois de mars et mai, cette clientèle aboutit chez nous pour cause de blessure. Son erreur est souvent d’en avoir fait trop, trop vite, en augmentant son kilométrage de manière disproportionnée, explique Bastien Garon, physiothérapeute à Physio Interactive et à la Clinique Cortex.

Les fractures de stress (ou de fatigue) sont parmi les blessures les plus fréquentes en course à pied. Elles représentent environ de 5 % à 10 % des lésions, et touchent surtout le tibia et les os longs du pied, comme le cinquième métatarsien, sur la surface externe. Ce type de fracture est moins répandu que d’autres maux, tels que le « genou du coureur » (syndrome fémoro-patellaire, responsable de 13 % à 19 % des blessures), mais il est si facile à prévenir qu’il faut prendre conscience des risques.  

« Les fractures de stress sont souvent précédées de nombreux signaux de douleur. C’est le corps qui essaie de passer un message ; on doit en prendre acte », affirme Jean-François Esculier, physiothérapeute, responsable de la recherche et du développement à La Clinique du coureur et professeur adjoint de clinique au Département de physiothérapie de l’Université de la Colombie-Britannique. 

Premier symptôme à surveiller : une douleur située directement sur l’os atteint, pendant la course. C’est signe que l’activité des cellules chargées de détruire l’os, les ostéoclastes, dépasse celle des cellules responsables de sa reconstruction, les ostéoblastes, résume Jean-François Esculier. Si le coureur s’obstine à poursuivre son entraînement, la douleur s’amplifie et peut dégénérer en fracture de stress. 

À l’arrêt pendant quelques semaines

Le diagnostic des fractures de stress se fait en clinique par des professionnels du sport et de la santé, comme les physiothérapeutes. Les examens d’imagerie tels que la radiographie ou la scintigraphie osseuse sont inutiles, car la blessure est rarement visible. « C’est pourquoi elle est prise en charge selon les symptômes, en se fiant à la douleur rapportée lors de la mise en charge ou à la palpation, par exemple », souligne Bastien Garon. 

Les fractures de stress sont bénignes dans 90 % des cas. Après un temps d’arrêt de quelques semaines, le coureur peut recommencer à pratiquer son sport. La reprise est graduelle, son rythme étant dicté par la douleur ressentie à l’exercice. Pour garder la forme, on peut s’adonner à d’autres activités qui impliquent de mettre peu de poids sur le membre atteint, comme la natation et le vélo. 

Dans les 10 % de cas restants, la fracture est grave, voire complète, et requiert une immobilisation. Porter une botte de marche est alors indiqué, tout comme recourir à des béquilles pour réduire la mise en charge sur le membre atteint. « La guérison est plus longue et se compte en mois plutôt qu’en semaines. En raison de la complexité de cette blessure, une expertise plus pointue, comme celle d’un médecin du sport, peut être nécessaire », explique Jean-François Esculier.

Mieux vaut prévenir

Coureurs du dimanche ou athlètes confirmés, tout le monde risque de développer une fracture de stress. Contrairement à la croyance populaire, des caractéristiques individuelles comme le poids corporel, la façon de courir ou le fait d’avoir les pieds plats ont peu d’influence. Pas plus que le type de chaussures de course. « C’est le changement soudain de souliers qui est à craindre. On ne passe pas d’un modèle très protecteur à un autre plus léger et dynamique du jour au lendemain », précise Jean-François Esculier.

Les femmes sont cependant plus susceptibles de subir des fractures de stress que les hommes, surtout lorsqu’il s’agit de grandes sportives. C’est qu’elles souffrent plus souvent du syndrome du déficit énergétique relatif dans le sport, qui survient quand l’apport en calories est insuffisant pour couvrir les besoins énergétiques. Ce déséquilibre bouleverse le profil hormonal ; le déficit d’œstrogène qui en résulte est relié à une plus faible densité osseuse, ce qui augmente le risque de fractures de tous types. 

La prévention est la meilleure façon d’éviter les fractures de stress. Dans bien des cas, il suffit de commencer l’entraînement de manière progressive. Bastien Garon recommande de faire de plus petites foulées et de courir « léger », en faisant le moins de bruit possible à chaque impact. Jean-François Esculier insiste pour sa part sur l’importance de bien récupérer entre ses sorties de course, en favorisant une alimentation saine, un sommeil suffisant et une gestion adéquate du stress. « Je ne le dirai jamais assez : il faut écouter son corps », conseille l’expert.

La version originale de cet article a été modifiée le 19 avril 2021 pour préciser que le rôle des ostéoblastes et des ostéoclastes.

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