«Ne le frappe plus à la tête, tu vas le blesser, frappe-le au corps!»

Lorsqu’un boxeur reçoit un coup à la tête, le cerveau se déplace à l’intérieur de la boîte crânienne et bute contre la voute dure des os de son crâne. 

Nick Blackwell, lors de son combat contre Chris Eubank Jr. (Photo: Ray Tang/LNP/REX/Shutterstock)
Nick Blackwell, lors de son combat contre Chris Eubank Jr. (Photo: Ray Tang/LNP/REX/Shutterstock)

L’homme vigoureux qui s’inquiète du sort de Nick Blackwell, dont le visage est en sang, c’est le père de Chris Eubank Jr, ce jeune boxeur de talent qui martèle depuis quelques rounds son adversaire. Grimpant sur le ring avant le dixième round, il ordonne alors à son fils de cesser de frapper Blackwell à la tête afin d’éviter l’aggravation des blessures.

Mais l’arbitre n’a pas encore arrêté le combat – une décision d’ailleurs discutée, ensuite défendue par la Fédération anglaise de boxe. Heureusement, Eubank écoute son père, ralentit le rythme et diminue l’intensité de ses coups.

Le combat se termine donc au 10e round, alors que Blackwell souffre déjà d’une hémorragie intracrânienne, dont les effets vont s’aggraver dans les minutes qui suivent. Peu après la fin, il s’effondre, tandis que les secours sont appelés.

L’inquiétude qu’on lit alors sur le visage du père, Chris Eubank Sr, est à la mesure des souvenirs qui le hantent lui-même. Ancien champion du monde de boxe, Eubank Sr. avait en effet causé, lors d’un combat tenu en 1991, une hémorragie cérébrale majeure, qui nécessitera plusieurs chirurgies, à son grand rival Michael Watson.

À l’époque, il n’y avait pas encore de protocole médical autour du ring. Comateux, Michael Watson respirait mal, son cerveau souffrait de ce manque d’oxygène. Des médecins en tenue de soirée lui prodiguèrent les premiers soins. Mais les vingt-huit longues minutes qui s’écoulèrent jusqu’aux traitements ont contribué à aggraver les lésions cérébrales et Watson en subit de lourdes séquelles, dont il ne s’est jamais remis.

Vingt-cinq ans plus tard, le neurochirurgien qui avait opéré Michael Watson a laissé tomber son verdict pour Blackwell: il ne retournera probablement plus à la boxe. Chris Eubank Sr avait vu juste, les blessures étaient graves.

Les commotions à la boxe

Lorsqu’un boxeur reçoit un coup à la tête, le cerveau se déplace à l’intérieur de la boîte crânienne et bute contre la voute dure des os de son crâne. Le coup et le contrecoup peuvent alors ébranler les tissus cérébraux fragiles. Une perte de conscience peut alors survenir. Il s’agit bien d’une commotion cérébrale, puisqu’il faut appeler les choses par leur nom.

Beaucoup souffrent donc de commotions cérébrales, ce qui n’est pas surprenant, puisqu’un objectif central est d’ébranler suffisamment le cerveau de l’adversaire pour lui faire perdre conscience. La renommée d’un grand boxeur s’établit même sur le nombre de ses victoires par K.-O..

Et même si les cas d’hémorragie cérébrale sont rares à la boxe, certains meurent tout de même assez régulièrement suite à des combats trop violents.

D’autres mécanismes de K.-O.

D’autres mécanismes sont en cause pour certains K.-O. Selon le médecin George Perez, spécialiste de la question, une rotation trop rapide de la tête pourrait ainsi affecter temporairement les mécanismes de l’orientation spatiale et de l’équilibre.

Cet équilibre est assuré par l’intégration des informations provenant des yeux (les images qui défilent), les canaux semi-circulaires de l’oreille interne (qui donnent des informations sur la position de la tête dans l’espace) et sur les faisceaux neuromusculaires du cou (qui renseigne le cerveau sur la position de la tête par rapport au corps).

Lorsque ces structures sont trop fortement sollicitées, par exemple par un coup entraînant une rotation violente de la tête, il y aurait hyperstimulation des récepteurs et désorganisation de la réponse physiologique habituelle et des signaux parvenant au cerveau. À ce moment, reprendre son équilibre est impossible, ce qui se manifeste, comme on le voit parfois, par la difficulté qu’éprouve un boxeur à se tenir simplement debout.

Un K.-O. peut également arriver suite à l’épuisement du boxeur, le sport supposant une très haute dépense énergétique. Lors d’un combat intense, le boxeur qui arrive au bout de ses réserves n’a plus la force de se défendre. Enfin, des coups logés dans les côtes ou à l’abdomen, peuvent causer des douleurs telles que le boxeur s’effondre. Un coup au plexus peut même entrainer une chute de pression réflexe et donc la chute au sol.

En cas de K.-O., le cerveau est toutefois l’organe le plus souvent affecté, une cible de choix pour le boxeur cherchant à terrasser l’adversaire. On a tous en tête cette succession de coups rapides donnés à la tête par un boxeur en passe de remporter son combat, lorsqu’il observe un fléchissement des capacités de l’adversaire.

Le cerveau comme cible principale

Dans d’autres cas, le boxeur est «sidéré» sur place, ne pouvant plus coordonner ses gestes ou réagir tout en demeurant debout, maintenant un certain état de conscience, position facilitée par le fort tonus musculaire des boxeurs. Mais il s’agit bel et bien de commotions cérébrales, puisqu’en réalité, seules 10 % d’entre elles comportent une phase de perte de conscience complète.

On peut alors observer des symptômes de confusion, de retard aux stimulus environnants, de changement émotionnel, d’étourdissement, de trouble visuel, d’amnésie prétraumatique (rétrograde ou post-traumatique intégrale) et enfin, dans les cas les plus graves, de vomissements, et, le cas échéant, de perte de conscience.

La boxe a ceci de particulier qu’elle expose les boxeurs à de multiples commotions à très brève échéance (secondes ou minutes), ce qui risque d’aggraver les problèmes d’un cerveau déjà ébranlé par un premier coup. Comme ce fut le cas avec Nick Blackwell, on a tous en mémoire des séquences intenses où le boxeur victorieux terrasse son adversaire en enchainant les coups redoutables.

Plusieurs subiront ensuite certaines des complications de la commotion, qu’on appelle le syndrome post-commotionnel, qui comprend notamment les symptômes suivants:

  • Maux de tête persistants et récurrents
  • Étourdissements persistants
  • Trouble de mémoire
  • Perte de la libido
  • Trouble de la coordination
  • Hypersensibilité à la lumière et au bruit
  • Trouble de concentration et d’attention
  • Trouble psychologique de type dépression et anxiété

À plus long terme, une entité spécifique est associée à des traumatismes répétés à la tête, soit la «démence pugilistique» dont souffre par exemple Mohamed Ali. Il s’agit d’une atteinte complexe combinant des symptômes de la maladie de Parkinson et des démences de type Alzheimer.

L’encadrement de la boxe

Malgré les risques de la boxe, il faut rappeler que le sport est de mieux en mieux encadré. Au fil des décennies, plusieurs mesures ont permis de diminuer ces risques — par exemple, une double présence médicale obligatoire, des protocoles d’oxygénation et la prise en charge rapide des boxeurs inconscients.

Après un K.-O., les boxeurs ne peuvent plus combattre durant une période d’au moins 28 jours. Ils font également d’objet d’un suivi médical serré. Au Québec, la régie des sports applique des règles strictes, obligeant les tests médicaux avant d’accepter un combat. Un boxeur qui a subi un K.-O. (ou un trop grand nombre de coups à la tête) lors de son dernier combat doit passer des tests neurologiques et au besoin un scan cérébral avant de combattre à nouveau.

De plus, en boxe amateur, les casques protègent au moins partiellement contre les impacts. S’ils ne peuvent réduire les effets souvent intenses des rotations subites, ils semblent atténuer les effets directs, certaines études ayant montré une réduction importante des risques de perte de conscience avec le port du casque.

On a également changé les règles en boxe professionnelle en remplaçant le compte de 8 par un compte de 10 (ce qui est tout de même assez court) et en ramenant les combats de 15 à 12 rounds.

Mais pour Nick Blackwell, ces règles n’ont pas été suffisantes, puisqu’il a souffert d’une hémorragie cérébrale et qu’il a dû être plongé dans un coma artificiel afin de diminuer l’activité de son cerveau, de contrôler l’œdème et la pression intracrânienne et d’assurer ainsi un maximum de chance de récupération. Il n’a toutefois pas été opéré.

Au moment d’écrire ces lignes, le boxeur est toujours maintenu dans un coma artificiel. Alors qu’on prévoyait d’abord l’en sortir le 29 mars, les médecins attendront au moins jusqu’au 2 ou 3 avril pour procéder. Si tout va bien…

Une question morale

La réaction du public en cas de K.-O. est toujours un peu troublante. Alors qu’au hockey, un joueur demeurant étendu au sol après un coup à la tête provoque plutôt un mouvement d’inquiétude dans l’assistance, un knockout à la boxe soulève la foule, confirmant la suprématie du vainqueur. Mais bon, il est vrai que si le boxeur demeure inconscient, ces mêmes inquiétudes vont rapidement grandir.

Je dois confesser mon attrait pour les combats boxe, un sport intense que j’aime regarder, même si cela peut sembler contradictoire. Mais il est vrai que ce sport sait faire monter l’adrénaline comme pas un, que les boxeurs sont des athlètes remarquables et que les plus grands sont de véritables artistes du combat. Sans parler de leur courage et de leur capacité à affronter la douleur.

Mais que la commotion cérébrale demeure un objectif stratégique ne peut que nous amener à réfléchir: la boxe est-elle un sport comme les autres? Devrais-je, en tant que médecin, m’abstenir de la regarder, puisque j’assiste alors à une scène qui pourrait mener directement à des problèmes de santé graves du même ordre que ceux que je soigne à l’urgence tous les jours?

Les défenseurs de la boxe soutiennent souvent que la boxe et l’entraînement qui s’y rattache améliorent en contrepartie grandement la santé, ce qui n’est pas faux: boxer oblige à une condition physique exceptionnelle, donne de la confiance en soi, développe une musculature bétonnée et aiguise les réflexes. D’un point de vue social, la boxe aiderait souvent des jeunes à améliorer leur condition et à orienter leur agressivité de manière constructive.

L’autre argument est que le boxeur accepte les risques du combat, même si on peut se demander jusqu’à quel point un jeune adolescent comprend bien tous les risques liés à son sport et choisirait de le pratiquer s’il les connaissait mieux. Enfin, il y a la question des bourses, souvent élevées chez les professionnelles, qui offrent un solide argument pour qui est prêt à risquer sa santé.

Mesurer les risques

J’admets que pour bien évaluer l’impact de la boxe sur l’athlète, il faut effectivement prendre en compte l’ensemble des avantages et les risques. Il est vrai que la santé des boxeurs doit être impeccable et tant mieux si des jeunes s’éloignent des difficultés sociales en s’engageant dans ce sport tout de même très encadré.

D’un autre côté, les boxeurs affrontent indéniablement un niveau de risque élevé de commotions, plus que dans les autres sports, pouvant mener à des conséquences graves sinon mortelles dont ils ne saisissent peut-être pas toute l’ampleur.

Sans tomber dans le cliché, prenons le cas d’un jeune plus ou moins sédentaire, pris ou non avec des problèmes sociaux, qui se transforme en boxeur et poursuit une telle carrière. Essayons d’évaluer l’impact de cet engagement à long terme dans son sport, un peu comme lorsqu’on mesure l’effet d’un traitement.

Est-ce que sa vie s’en retrouvera globalement améliorée ou non? Est-ce qu’il vivra plus vieux ou non que s’il n’avait pas été boxeur? Et est-ce qu’il sera plus heureux ou non? C’est en répondant à de telles questions qu’on peut vraiment juger de l’effet global de ce sport sur le boxeur. Mais je n’en connais pas la réponse.

Il y a fort à parier que les débats qui agitent actuellement les autres sports professionnels quant à l’impact des commotions et au partage de responsabilité – au football, au hockey et même au soccer – se rendront jusqu’à la boxe. Quelle sera alors la réponse des organisations qui en font la promotion? Y aura-t-il des poursuites pour des vies brisées?

En attendant, je souhaite la meilleure récupération possible à Nick Blackwell, en espérant qu’il n’en gardera pas de séquelles et qu’il pourra reprendre une vie normale à la suite de ce drame.

Les commentaires sont fermés.

Je pense qu’il était déjà punch drunk avant de subir ses commotions cérébrales. Il avait de la misère à comprendre les conséquences.

Vous vous posez les mauvaises questions ! Un sportif peut acquérir tout ce qu’un boxeur peut dans la pratique d’un soi-disant sport. Vous apportez comme exemple les jeunes démunies qui selon vous NE PEUVENT TROUVER QU’EN DE TELLES PRATIQUES une conduite exemplaire. Pourtant ce ne sont pas les études qui manque sur cette question.

Il est faux de prétendre que la pratique d’un sport violent sert à canaliser la violence, c’est tout à fait le contraire, c’est sa pratique et le lavage de cerveau des parents qui voient en leur enfant une future « STAR » qui leurs permettront de vivre bien assis sur leurs derrnières même si l’enfant est socialement, psychologiquement et souvent physiquement dépouvue et n’a et n’aura jamais une qualité de vie digne de ce nom.

Pour faire un exemple. Un ami, aujourd’hui décédé, a passé 11 ans en haute Arctique, vivant avec les Inuits. Le viol était pratiquement inexistant lorsqu’il est arrivé en 76. Mais l’arrivée des vidéo de porno par les blancs venant du sud, l’augmentation effarante des viols mais aussi de viols collectifs qui n’existait pas auparavant et dont les Inuits punissaient sévèrement les détracteurs fit sa place rapidement pour devenir presque banale en seulement 11 annés.

La violence gratuite aux États-Unis fera périr les États-Unis par la violence. Ils veulent tous avoir des armes, qu’on leur en donnent au plus sacrant, le massacre aura lieu plus rapidement si je suis votre ordre de pensé.