Neurosciences au tribunal : pas si vite!

Peut-on utiliser l’imagerie cérébrale ou l’analyse de marqueurs génétiques de traits de personnalité ou de troubles psychologiques pour accuser ou innocenter des criminels?

Selon la Royal Society britannique, le système judiciaire et les scientifiques devraient se montrer beaucoup plus prudents à cet égard, alors que le recours à de telles preuves continue de se développer rapidement à travers le monde.

Dans son rapport Neurosciences and the law rendu public cette semaine, la société savante identifie de multiples raisons pour lesquelles le recours aux neurosciences dans les tribunaux lui paraît encore largement abusif.

Du point de vue scientifique, on est encore loin du jour où l’on pourra relier de manière certaine l’activité du cerveau dans certaines zones à des comportements bien précis, rappelle-t-elle.

La plupart des connaissances ont été acquises dans le cadre d’études en laboratoire. Mais les chercheurs ne peuvent étudier que des modèles de comportements très simplifiés, qu’il est encore difficile de traduire par des connaissances sur ce qui se passe dans la «vraie vie».

En outre, compte tenu des énormes différences interindividuelles, les études fournissent seulement des résultats moyens, basées sur l’analyse de plusieurs personnes. Ce ne sont en aucun cas des normes auxquelles on peut ensuite comparer un individu bien précis.

Le cerveau, qui plus est, change à chaque instant. Faire passer une IRM fonctionnelle à un individu quelques mois après son crime présumé n’a tout simplement aucun sens.

De même, on connaît pour l’instant très peu de gènes directement associés à des comportements potentiellement criminels, et l’analyse de gènes de susceptibilité, qui peuvent avoir été grandement modulés par l’environnement, ne permet pas d’amener des preuves solides.

Mais surtout, selon la Royal Society, les neurosciences ne font généralement qu’établir des corrélations, et non des liens de cause à effet.

En résumé, les neurosciences ne sont pas faciles à comprendre ni à interprêter, encore moins pour ceux qui ne sont pas des spécialistes.

Or les avocats et les juges n’ont aucune formation dans ce domaine, pas plus que les spécialistes en neurosciences n’ont de connaissances sur les multiples implications judiciaires potentielles de leurs découvertes, note la Royal Society.

Tant que ce manque de formation de part et d’autre n’aura pas été comblé, la plus grande prudence devrait s’imposer. 

Aux États-Unis seulement, le nombre de procès où des spécialistes en neurosciences sont intervenus a doublé entre 2005 et 2009.

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« On connaît pour l’instant très peu de gènes directement associés à des comportements potentiellement criminels », écrit la citoyenne Borde.

Très peu, vraiment ! Par contre, on connaît déjà la théorie de l’hérédité criminelle chez Lombroso, théorie produite – évidemment ! – vers le milieu du XIXème siècle, et qui était en fait une pseudoscience, tout comme l’anthropologie physique, le polygénisme, la craniométrie, la physiognomonie, etc, et bien sûr les théories de la race.

En potassant « The Descent of Man » de Charles Darwin, j’ai relevé quelques petites choses. La première : ce livre, le seul que le grand scientifique consacre spécifiquement à l’Homme, est loin d’être son meilleur. Par exemple, on y trouve des dissertations sur les soi-disant « types aryens » et les prétendus « types sémites », comme si les peuples étaient des races à l’image des espèces et sous-espèces du règne animal. (Gaffe qui remonte, par exemple, à Buffon, qui à des fins de classification appliqua un canevas tiré de la zoologie au monde des affaires humaines). On trouve aussi dans ce livre de Darwin un embryon de théorie eugéniste (vu rétrospectivement, du moins, en regard de ce qui s’est passé par la suite).

Donc, pas immunisé par magie contre les maladies idéologiques de son époque – son époque de zoos humains et de « races assujetties » – M. Darwin croyait lui aussi aux races, à l’instar du premier ministre anglais, monsieur Disraeli, à qui l’on doit l’affirmation glaçante « Race is everything and there is no other truth ». EN REVANCHE, Charles Darwin est un monogéniste de stricte obédience (origine commune de tous les hommes, donc, déjà proclamée par les religions monothéistes). Et qui plus est, Darwin comprenait tout à fait que chez l’Homme, contrairement à ce qui se passe dans le règne animal, la culture et l’éducation prennent le dessus sur la nature. Enfin, prennent le dessus à moins que… Évidemment Darwin ne pouvait pas prévoir que des décennies plus tard, des cinglés finis, notamment en Allemagne, allaient se lancer dans la négation de la culture par la nature ou – autre version – le subsumage de la culture à la nature en se réclamant (tout à fait abusivement, comme le souligne Stanislas Lem dans ‘Provocation’) de ses travaux.

Ce qui est en jeu ici, c’est la civilisation. Nouveau-né, bébé naissant, je suis à mon point le plus proche de la nature, comme le souligne avec justesse l’historien Gaetano Salvemini dans une dure polémique avec un collègue britannique raciste qui croyait que l’on est déjà italien à la naissance (sic). Toutefois, dès mon arrivée dans le monde et à vitesse grand V, débute un processus appelé CIVILISATION. (Notez je vos prie le « isation », qui renvoie à processus, à DEVENIR, comme aussi « américanisation », « italianisation », « nipponisation », « francisation »…)

Ça commmence par le fait que je cesse graduellement d’être quadrumane – à condition bien sûr qu’un autre être humain m’apprenne à marcher (si vous vous référez aux cahiers du docteur Itard, vous verrez que Victor, enfant sauvage trouvé vers l’âge de 8-9 ans dans la forêt de l’Aveyron, au XIXème siècle, se déplaçait À QUATRE PATTES : quand nous sommes « dans la nature », nous ne sommes pas bipèdes mais quadrumanes. Ou comme je m’amuse à le formuler : la race humaine est quadrumane, le genre humain est bipède.) Tandis que les araignées « savent » d’emblée tisser une toile à la naissance, que les canards « savent » nager à la naissance, pour le genre humain chaque individu doit APPRENDRE à marcher sur deux jambes. Même marcher debout est acquis, alors imaginez le reste.

Plus je me civilise, plus je m’éloigne de la nature. Plus je m’éloigne de la nature, moins le déterminisme biologique est pertinent pour décrire et expliquer ce que je suis. Le déterminisme biologique (comme avec cette histoire de traits de caractère reliés à la viande par un lien causal) nous ramène toujours à l’anthropoïde quadrumane que nous étions AVANT de devenir l’Homme, avant notre échappée hors de la nature, quand nous étions encore un morceau de nature comme les autres. (J’emprunte ici les termes de Vercors dans son vigoureux « Discours aux Allemands » de 1949). Prenons cette histoire ubuesque de « gène de l’optimisme » : eh bien, il pourrait bien exister, seulement on va trouver des gens au tempérament pessimiste qui ont ce « gène de l’optimisme » et d’autres au tempérament optimiste qui n’ont pas le moindre « gène de l’optimisme ». Autrement dit, c’est ce qui nous arrive de notre vivant qui nous fait (vie réduite par certains au concept ô combien douteux d' »environnement », dont Benedetto Croce soulignait il y a longtemps déjà le caractère simplet voire crétin).

Autrement dit et pour faire une longue histoire courte, ce sale truc – le déterminisme bioloqique – menace de nouveau de (re) transformer l’Homme en bête. Or nous avons déjà donné.

Me fais-je clairement comprendre ?

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