Nicolas Sarkozy, expert en sûreté nucléaire

«Il nous faut une norme internationale de sûreté nucléaire», a déclaré hier Nicolas Sarkozy en visite au Japon.

Le président français a bien raison, à un détail près: de telles normes existent déjà… depuis 1974 !

L’élaboration de normes internationales est d’ailleurs une des principales missions de l’Agence internationale de l’énergie atomique, comme vous pourrez le lire dans ce bulletin de 1984 en français qui explique où on en était à l’époque.

Cet organisme international n’a pas attendu le président français pour annoncer qu’il aurait des leçons à tirer de l’accident de Fukushima.

Son directeur général, le Japonais Yukiya Amano, a annoncé la tenue d’une conférence de l’AIEA sur la sûreté nucléaire à Vienne du 20 au 24 juin prochains pour établir un premier bilan détaillé de l’accident de Fukushima et discuter des leçons à en tirer en matière de sûreté et de gestion des situations d’urgence. Certaines normes devront probablement évoluer.

Les autorités de sûreté des pays du G20 peuvent toujours se rencontrer un mois plus tôt à Paris, mais elles risquent de manquer encore d’éléments pour alimenter leurs réflexions.

Il y a aussi des limites à ce que peut faire la communauté internationale pour vérifier que les autorités de chaque pays, et les exploitants des centrales, respectent bien les normes.

Dans le passé, TEPCO a été plusieurs fois épinglée pour des manquements aux normes, sans que cela n’ait eu de conséquences. C’est au Japon de voir à ce que ses centrales soient bien surveillées. 

Avec ces propos maladroits, le président Sarkozy cherche évidemment à persuader les Français qu’il surveille étroitement l’industrie nucléaire, et réaffirme son soutien à cette forme d’énergie qu’il n’entend pas condamner . Mais il lui faudrait des arguments un peu plus percutants pour qu’il soit crédible…

À Fukushima, les travaux progressent à tout petits pas. De l’eau contaminée a envahi une partie de la centrale et TEPCO se demande encore comment elle va faire pour la retirer de là. La nappe phréatique, à 15 mètres sous terre, est touchée. La radioactivité dans l’eau de l’océan à proximité reste largement supérieure à la normale.

Les restrictions à la consommation d’eau, en revanche, ont été levées, sauf dans quatre villes proches de Fukushima.

Les résultats des dernières analyses sur des aliments sont aussi rassurantes, selon l’AIEA.

Le moral des Japonais, en revanche, est au plus bas. Car la menace perdure depuis maintenant trois semaines, sans qu’on en voit encore la fin.

Les autorités japonaises n’ont pas voulu agrandir la zone d’évacuation, même si une dose de radioactivité au delà des normes a été relevée à 40 km de la centrale. Pour le gouvernement japonais, des «poches» de contamination peuvent se former à un moment ou à un autre sans que cela ne justifie une évacuation et la situation serait sous contrôle.

C’est possible, mais cela n’a rien de rassurant pour les habitants, d’autant plus que plusieurs experts étrangers contestent cette décision.

Par ailleurs, la NHK a affirmé hier que TEPCO n’aurait pas distribué de dosimètres à tous ses travailleurs, ce qui constituerait une violation des fameuses normes de radioprotection.

Pour l’instant, selon la NISA, 19 travailleurs auraient reçu plus de 100 mSv, une dose à partir de laquelle le risque de cancer augmente.

155 Marines américains de la Chemical Biological Incident Response Force, formés pour agir notamment en cas d’ incident nucléaire, arrivent aujourd’hui au Japon pour prêter main forte aux Forces d’autodéfense du pays.

Ce seront les premiers militaires américains autorisés à pénétrer dans la zone d’exclusion de 80 km décrétée par leur gouvernement autour de la centrale de Fukushima.

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Le président Sarkozy est un réformateur dans l’âme. Partout où il passe, il veut qu’il y ait du changement. Le problème avec lui, c’est qu’il a toujours de très bonnes intentions, si ce n’est que les actions ne suivent guère et d’une manière générale les gens l’écoutent poliment puis s’en retournent à leurs activités ordinaires.

Cela dit, il faut aussi comprendre la dialectique sarkozéenne : ce qu’il veut dire par là, c’est qu’il faut adopter des normes et des procédures pour parer efficacement aussi à des catastrophes comme celles-ci, aussi le président Sarkozy est-il plus global que spécifique…

Il est vrai que l’État français a toujours été impliqué très étroitement dans la construction des centrales nucléaires. D’ailleurs elles ont été pratiquement majoritairement financées exclusivement avec l’argent public et je pense qu’on n’a jamais lésiné sur la sécurité.

Néanmoins, il faut se rappeler les manifestations dans la fin des années 70, contre la construction des surrégénérateurs Superphenix de Creys-Malville (département de l’Isère). Les divers problèmes techniques qui s’en suivirent après la mise en service, réduisant le potentiel d’exploitation. Puis le démantèlement de cette centrale en 1998. La réalité est que nous savons produire de l’électricité et l’utiliser lorsque notre capacité de la domestiquer reste totalement limitée.

Pour régler les problèmes liés à la cSentrale de Fukushima, cela prendra du temps, en cette matière le temps reste un atout ; c’est aussi une opportunité pour observer si la solidarité internationale sera dans ce cas une réalité et si tout cela fera progresser la sécurité. En attendant, nous ne pouvons exprimer rien d’autre que de la compassion.

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