Non, il ne faut pas se résigner à attraper Omicron

Tenté d’attraper Omicron juste pour augmenter votre immunité, étant donné que ce variant est décrit comme moins dangereux que son prédécesseur Delta ? C’est une très mauvaise idée, explique la chef du bureau science et santé de L’actualité, Valérie Borde.

Getty Images / Montage : L'actualité

D’un côté, un variant ultracontagieux et qu’on dit moins sérieux, même s’il envoie beaucoup de gens à l’hôpital à cause du très grand nombre d’infections. De l’autre, un ras-le-bol phénoménal de toutes les restrictions qu’impose la pandémie. Et devant nous, la perspective que tout le monde finisse par attraper le virus : d’ici le mois de mars, 60 % de la population mondiale pourrait avoir été infectée, selon une modélisation de l’Institute for Health Metrics and Evaluation de l’Université de Washington. 

On nous dit en outre qu’avoir reçu trois doses de vaccin diminuerait les risques d’hospitalisation de 85 % à 90 %, selon la dernière estimation des autorités britanniques, et qu’une infection par Omicron après ces trois doses pourrait améliorer davantage la protection immunitaire.

Malgré tout cela, il y a encore au moins sept bonnes raisons de continuer à lutter pour ne pas attraper le virus : 

 1. Une infection « moins sérieuse » ne veut pas dire « pas grave »

Le risque de tomber malade dépend à la fois des caractéristiques du virus et de l’immunité des personnes qu’il infecte. Comme la plupart des gens sont déjà en partie immunisés contre le virus, soit par des vaccins, soit par des infections passées, il est difficile d’évaluer la gravité intrinsèque du virus, qu’on appelle sa virulence. De ce que l’on en sait jusqu’à présent, la virulence de ce nouveau variant serait certes inférieure à celle du variant Delta, mais elle serait du même ordre que celle de la souche qui a déclenché la pandémie et tué des centaines de milliers de personnes. 

Cela signifie que toutes les personnes qui ne sont pas du tout immunisées (ou qui le sont très mal) risquent encore grandement d’être touchées par ce virus. On pense d’emblée aux adultes non vaccinés, que ce soit par choix, par peur ou, très rarement, pour de véritables raisons médicales, mais il y a aussi les enfants de moins de cinq ans, pour lesquels aucun vaccin n’est encore autorisé, alors que les nouveau-nés en particulier peuvent être gravement malades de la COVID. 

Mais il y a aussi tous ceux et celles chez qui les vaccins fonctionnent nettement moins bien. C’est le cas des personnes immunosupprimées à cause d’une maladie ou de traitements pour lutter contre un cancer, par exemple, ainsi que des gens de plus de 80 ans, en gros, qui ont souvent d’autres maladies et chez qui la protection peut s’évanouir rapidement.

N’oublions pas, par ailleurs, que des personnes jeunes et en bonne santé ont aussi tiré le mauvais numéro à la loterie COVID, et se sont retrouvées aux soins intensifs ou sont décédées à cause du virus. Ce risque demeure toujours présent, même si trois doses de vaccin le réduisent considérablement.

2. Il y a déjà trop de pression sur le système de santé

Chaque nouvelle infection est susceptible d’augmenter la pression sur les hôpitaux et le report d’opérations ou d’examens pour des personnes souffrant d’autres maladies que la COVID. Les soignants sont exténués. Tant que cette pression n’aura pas été nettement soulagée par une baisse du nombre de personnes hospitalisées pour ou avec la COVID (une distinction qui ne change rien à l’hôpital, puisque les gens infectés doivent être isolés et augmentent le risque de contaminations nosocomiales à l’intérieur des hôpitaux), tout nouveau cas doit être évité, qu’il représente un risque potentiel ou non. Même si une personne en bonne santé et ayant reçu ses trois doses de vaccin risque peu d’être hospitalisée, elle pourrait transmettre le virus à une autre beaucoup plus susceptible d’être gravement malade.

3. L’absentéisme peut avoir des effets négatifs sur la société

Le nombre très élevé de cas de COVID et l’isolement des personnes infectées occasionnent actuellement beaucoup d’absentéisme dans le système de santé et dans toutes sortes de services essentiels, même lorsque l’infection n’est pas grave ou qu’elle est asymptomatique. Chaque absence au travail ou à l’école n’est pas forcément dramatique, bien sûr, mais elle constitue une source potentielle de désorganisation. 

Et si tout le monde suivait le même raisonnement, en se disant que ce n’est pas très grave de manquer quelques jours, la désorganisation irait crescendo, avec des conséquences bien réelles, par exemple, sur la production et la distribution des aliments.

4. La « COVID longue », c’est pas de la tarte

Jusqu’ici, parmi les personnes infectées qui n’ont pas été hospitalisées, au moins 1 sur 10 souffre du syndrome post-COVID, communément appelé « COVID longue ». Même des personnes doublement vaccinées, et qui ont été très peu malades lorsqu’elles ont contracté le virus, souffrent de sérieux problèmes de santé pendant des mois à cause de cette infection.

On ignore encore si Omicron entraînera autant de cas de syndrome post-COVID que les variants précédents, mais mieux vaut ne pas courir le risque de le découvrir par soi-même. 

Dans l’état actuel du système de santé, qui impose de reporter de nombreux examens, vous devrez probablement attendre très longtemps avant d’obtenir un diagnostic précis de votre état de santé si la COVID ne passe pas en quelques jours, et encore plus longtemps pour avoir accès à des traitements qui pourraient vous soulager.

Plusieurs études ont montré qu’Omicron semble se fixer dans les voies aériennes supérieures plutôt que de provoquer des pneumonies dévastatrices, ce qui pourrait expliquer sa moindre virulence par rapport à Delta. Mais on a encore très peu d’informations sur les dégâts qu’il peut causer dans le système cardiovasculaire, dans le cerveau ou d’autres organes. 

On ne connaît pas non plus les séquelles à long terme qu’il pourrait laisser (par exemple, un risque plus grand de maladie d’Alzheimer), tout comme celles des autres variants. Il faudra probablement des décennies pour en jauger, mais plus le temps passe, plus on va comprendre les risques et peut-être réussir à les diminuer. 

5. Nous n’avons pas encore d’antiviraux pour protéger les gens vulnérables

Dans la dernière semaine, plus de 400 personnes sont mortes de la COVID au Québec, même si les traitements ont beaucoup progressé à l’hôpital en près de deux ans de pandémie. Mais notre arsenal contre les maladies graves est sur le point de s’enrichir d’une nouvelle arme qui pourrait complètement changer la donne : les antiviraux par voie orale.

Le Paxlovid de l’entreprise Pfizer, que Santé Canada a approuvé ce lundi, diminue de 89 % les risques d’hospitalisation quand il est pris dès le début de l’infection. Le traitement consiste en trois pilules à avaler toutes les douze heures pendant cinq jours. Il est déjà utilisé en Europe et aux États-Unis, où Pfizer avait déposé sa demande plus tôt et où les autorités ont été plus réactives.

Maintenant que le Paxlovid est approuvé, il reste encore plusieurs étapes avant qu’il puisse effectivement protéger toutes les personnes vulnérables. Pour cela, il faut des approvisionnements suffisants — Ottawa en a acheté un million de doses, qui doivent être envoyées sous peu aux provinces. Mais comme ce fut le cas pour les vaccins, il est possible que cela soit nettement insuffisant et que les prochaines livraisons tardent, puisque le monde entier (du moins les pays riches) commence à s’arracher les antiviraux.

Pour que ces médicaments soient utiles, il faut aussi pouvoir diagnostiquer très rapidement la COVID, ce qui est impossible pour le moment, à cause du manque de capacité de dépistage. Le Québec va aussi devoir décider comment il entend déterminer les personnes qui pourront en profiter en priorité, si les quantités ne suffisent pas, mais aussi idéalement en tenant compte de considérations éthiques. 

Le traitement de Pfizer coûte 875 dollars, soit un prix bien plus élevé que plusieurs doses de vaccin. On doit bien sûr prioriser les personnes mal protégées par les vaccins. Or, va-t-on aussi offrir le Paxlovid aux gens qui ont choisi de ne pas se faire vacciner, ce qui semble injuste, mais qui réduirait quand même la pression sur les hôpitaux et le délestage ? Le débat n’a pas encore eu lieu, et il promet d’être houleux.

6. Même si vous attrapez la COVID, vous ne serez peut-être pas immunisé pour longtemps

Attraper l’infection maintenant ne vous empêchera pas nécessairement de la rattraper plus tard, soit parce que votre immunité aura fini par s’affaiblir avec le temps, soit parce qu’un nouveau variant y échappant en partie sera apparu — ce qui peut se produire n’importe quand. L’énorme vague Omicron offre au virus d’innombrables occasions de muter.

On entend beaucoup dire que le virus va évoluer pour donner une maladie de moins en moins grave, mais ce n’est pas garanti. Si Omicron cède la place à un variant moins dangereux encore, mieux vaut attendre que ce soit le cas pour l’attraper. S’il finit par être remplacé par un variant contournant notre immunité, être infecté maintenant n’aura pas non plus beaucoup d’avantages. 

On sait qu’être infecté après avoir été vacciné peut élargir le spectre des anticorps que l’on produit, mais ce n’est pas garanti : si vous êtes tellement bien protégé par le vaccin que votre corps se débarrasse très vite du virus, alors une infection a peu de chances d’améliorer votre immunité.

7. Un laisser-aller pourrait provoquer un durcissement des mesures sanitaires

Si bien des gens décident de ne plus trop respecter les mesures sanitaires parce qu’ils ne perçoivent plus Omicron comme un risque sérieux, les autorités pourraient ajouter de nouvelles mesures pour essayer de réduire la pression sur le système de santé, comme ce fut le cas avant les Fêtes. 

Or, chaque nouvelle mesure pèse sur la santé mentale de la population et sur des pans entiers de l’activité économique. Lutter contre la COVID est un sport d’équipe : il est préférable de respecter les contraintes en vigueur pour qu’elles puissent être levées graduellement, en tenant compte des effets sur le délestage dans les hôpitaux, plutôt que de décider chacun dans notre coin de passer outre, et qu’au final tout le monde en subisse les conséquences. 

Les commentaires sont fermés.

Excellente chronique.
Très clair
Merci
Meilleurs voeux pour 2022
Et que tout s améliore.

Bonjour,
Le mot « tenté » s’apparente ici à une contraction de la locution « êtes-vous tenté », d’où sa conjugaison.
Bonne journée!

Je crois qu’il y a une erreur dans votre article. Le comprimé doit être pris aux douze heures et non aux feux heures pendant 5 jours.

Bonjour,
Effectivement, l’information était erronée. L’article est maintenant corrigé.
Merci de votre vigilance!

Selon une étude de l’Université Laval, la COVID peut provoquer, dans 30 % des cas des personnes hospitalisées, des problèmes neurologiques d’origine vasculaire dont le trouble de mémoire, la confusion et AVC.

Selon un autre article publié dans Frontiers of Medicine (en anglais), les gens hospitalisés de moins de 65 ans avec des symptômes graves de la COVID ont 2 fois plus de chance de mourir dans l’année suivante dont 20 % de ces derniers en sont mort suite à des complications de la COVID.

*https://www.journaldequebec.com/2021/11/26/covid-19-un-chercheur-de-laval-decouvre-pourquoi-des-personnes-hospitalisees-souffrent-de-problemes-neurologiques
*https://www.theguardian.com/world/2021/dec/01/severe-covid-infection-doubles-chances-of-dying-in-following-year-study