Non, l’alzheimer n’est pas un type de diabète

L’idée selon laquelle l’alzheimer devrait être renommé « diabète de type 3 » est séduisante pour certains, mais elle crée de la confusion en établissant des liens non pertinents entre deux maladies qui se manifestent et se gèrent très différemment.

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Étienne Aumont est étudiant au doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et Maria Galipeau est doctorante en biologie moléculaire à l’Université de Montréal.

Plus d’un demi-million de Canadiens vivent avec un trouble cognitif au Canada, ce qui occasionne à la société un coût de plus de 10 milliards de dollars par année. La maladie d’Alzheimer est en cause pour la majorité de ces cas. Il est donc primordial de trouver un traitement.

Une théorie élaborée par Suzanne M de la Monte, professeure à l’Université Brown, soutient que l’alzheimer serait en fait provoqué par un dérèglement du métabolisme du cerveau. Appuyée par d’autres chercheurs, la scientifique a suggéré de renommer la maladie « diabète de type 3 ». Bien que le diabète et l’alzheimer présentent de nombreux points communs, cette proposition nuit à la compréhension du grand public de ce qu’est l’alzheimer. Même si cette information circule beaucoup sur les médias sociaux, ce n’est pas une théorie répandue dans le domaine médical et scientifique.

En tant que doctorante en biologie moléculaire travaillant sur le diabète et doctorant en psychologie spécialiste de l’alzheimer, cette question est à la croisée de nos mondes. Nous sommes donc partis à la rencontre du troisième type… de « diabète » !

Un problème de définition

L’appellation « diabète de type 3 » lie directement l’alzheimer aux diabètes de type 1 et de type 2, deux maladies métaboliques. Le diabète de type 1 est causé par une attaque auto-immunitaire du pancréas, l’organe producteur de l’insuline. Privées d’insuline, certaines cellules ne peuvent plus se nourrir de glucose, un sucre qui est leur source d’énergie. Le diabète de type 2 apparaît quant à lui lorsque le pancréas doit produire une trop grande quantité d’insuline. À long terme, les cellules y deviennent insensibles.

Quel est le point commun entre ces deux types de diabète ? La concentration anormalement élevée de glucose dans le sang. Or, la définition de l’alzheimer est totalement différente. Il s’agit d’une accumulation toxique des protéines bêta-amyloïde et tau en plaques et en enchevêtrements, que l’on peut voir au microscope.

L’alzheimer, un trouble métabolique ?

Dans la maladie d’Alzheimer, les neurones reçoivent de moins en moins de sucres, qui ont de la difficulté à entrer dans le cerveau. Les neurones doivent donc dépenser moins d’énergie. À la manière d’un alpiniste en altitude, ils ralentissent leur métabolisme pour s’adapter à cette privation d’énergie. Mais cela n’est pas sans conséquence. Ces neurones malades produisent des substances toxiques, qui les rendent de plus en plus vulnérables aux autres problèmes liés à la maladie.

L’insuline aide les neurones à mieux fonctionner, elle est donc importante pour maintenir le cerveau en bonne santé. Chez une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, le cerveau devient moins sensible à l’insuline, ce qui mènerait à une perte de fonctions cognitives telles que la mémoire et l’apprentissage. Cependant, contrairement au diabète de type 2, où l’on voit une insensibilité à l’insuline dans tout le corps, l’alzheimer n’aurait d’effets que sur le cerveau. Cela expliquerait le fait que les conséquences des deux maladies soient aussi différentes.

Suzanne de la Monte a donc déterminé que l’insensibilité du cerveau à l’insuline ainsi que le métabolisme affaibli étaient les causes de l’alzheimer. Puisque le diabète est associé à un dérèglement des niveaux d’insuline et de glucose, elle a fermement défendu sa théorie voulant que l’alzheimer soit renommé « diabète de type 3 ».

Une association trompeuse

Si cette théorie était juste sur toute la ligne, les personnes atteintes du diabète de type 2 devraient être plus vulnérables à l’alzheimer. Il est vrai que le diabète augmente le risque d’avoir un déclin cognitif. Cependant, ces pertes cognitives paraissent bien distinctes de celles de l’alzheimer. Le diabète peut affecter n’importe quelles fonctions cognitives, de l’attention jusqu’au langage, alors que l’alzheimer touche surtout la mémoire. Le diabète et l’alzheimer semblent donc agir sur le cerveau différemment.

D’autre part, l’imaginaire collectif associe fortement le diabète aux habitudes alimentaires. Par exemple, on entend souvent qu’une alimentation riche en sucres augmente le risque de souffrir du diabète de type 2. Mais il faut savoir qu’une alimentation réduite en sucres et riche en fibres aide à garder le taux de sucre sanguin stable tant pour les cas de diabète de type 1 que de type 2. Cette approche diminue le risque de complications associées à la maladie.

De bonnes habitudes alimentaires concourent aussi à réduire le risque d’être atteint de l’alzheimer, mais elles ne permettraient probablement pas d’en améliorer les symptômes. En utilisant l’appellation « diabète de type 3 », on renforce donc l’idée non prouvée que l’alimentation déterminerait la vitesse de progression de l’alzheimer.

Nouvelle théorie, nouveau nom ?

La théorie métabolique est loin d’être la seule explication du déclenchement de l’alzheimer. Certains soutiennent plutôt qu’une origine auto-immune, inflammatoire ou même infectieuse serait en cause. Aucune de ces pistes n’est parvenue à se démarquer. D’ailleurs, selon un essai clinique dont les résultats ont été publiés en 2021, inhaler de l’insuline n’a pas atténué les symptômes de personnes souffrant d’un début d’alzheimer.

Certes, établir les causes d’une maladie est essentiel afin de trouver un traitement. Toutefois, les maladies ne sont généralement pas nommées en fonction de leur cause, mais plutôt selon leur manifestation, comme l’arthrite, le diabète et le cancer.

À ce titre, l’alzheimer est bien connu comme une maladie menant à des pertes de mémoire, et ce savoir aide à poser le diagnostic. Renommer la maladie serait donc un grand pas en arrière. Nous soupçonnons que la proposition du nom « diabète de type 3 » est plutôt motivée par le renforcement de la notoriété de la théorie métabolique de l’alzheimer.

De telles motivations politiques sont nuisibles autant sur le plan clinique, par la confusion semée dans le public, que sur le plan scientifique, par la volonté à dominer les théories parallèles sur l’alzheimer.

Cet article est republié à partir de La Conversation sous licence Creative Commons.

The Conversation
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