Notre bon système de santé

Il est plus que temps que nous parlions davantage des qualités de notre système de santé, des bons soins que reçoivent 600 000 Québécois hospitalisés chaque année et 340 000 patients opérés en chirurgie d’un jour.

Photo : Daphné Caron

Bien des choses vont mal dans notre système de santé, mais vous les connaissez, on en parle tout le temps. En planifiant cette chronique à propos de notre système de santé, je cherchais un angle différent. Positif ? Il ne s’agit pas d’être complaisant, mais mon évaluation personnelle étant souvent plus favorable que celle véhiculée par les médias, je voulais en témoigner. 

Il me fallait d’abord un titre pour bien présenter cette réflexion. Est alors entrée en scène ma mère, que je raccompagnais chez elle, justement après une intervention mineure réalisée à hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil. Elle m’a fourni l’angle et le titre en me lançant ce petit bout de phrase durant le retour à la maison : « notre bon système de santé ». Mais voici l’histoire.

* * *

Après avoir stationné la voiture, nous entrons dans l’hôpital et marchons vers le bloc opératoire. À l’entrée de la salle d’attente, un bénévole souriant — je n’en ai jamais vu de renfrogné — nous indique où prendre un numéro et nous dirige là où quelques malades jasent déjà à voix basse avec leurs accompagnateurs. Ma mère reçoit le numéro 75, je jette un coup d’œil à l’écran : 74. Une patiente règle les dernières formalités au comptoir. Puis… 75 ! 

Ma mère rencontre l’aimable commis à l’accent français, qui la félicite pour sa bonne forme et lui explique les étapes à venir, puis l’envoie vers la salle d’habillage. Ladite commis me remet ensuite un appareil logé dans un étui rouge qui me laisse perplexe. « C’est pour vous aviser quand l’intervention sera terminée. Gardez-le sur vous. » On n’arrête pas le progrès.

Cinq minutes plus tard, ma mère revient s’asseoir près de moi vêtue de la traditionnelle jaquette, met ses lunettes et ouvre son journal, question de passer le temps en lisant un peu avant d’être appelée — on sait qu’il y a souvent de l’attente dans les hôpitaux. Mais voilà qu’on vient déjà la chercher. 

L’infirmière nous accompagne vers l’arrière, où se trouvent les salles d’intervention. Le chirurgien en sort, nous glisse quelques mots, pousse une blague potable, récapitule les étapes à venir et franchit ensuite les portes avec sa patiente, tandis que je retourne vers l’entrée de l’hôpital, où j’avais aperçu plus tôt quelques fauteuils apparemment confortables. J’aurai le temps d’y travailler sur mon ordinateur. 

Moins d’une heure après, je sursaute : mon manteau sonne — et vibre, même. C’est le bidule rouge : je dois aller retrouver ma mère. De retour sur place, je constate que tout s’est bien passé et, après avoir remercié le chirurgien et l’infirmière, je rends l’appareil. Puis nous quittons les lieux, un rendez-vous de suivi ayant été rapidement confirmé. Bref, un séjour impeccable — et court ! 

* * *

Vous me direz sûrement : ce n’était qu’une intervention mineure. Sauf que, ces deux dernières années, j’ai malheureusement eu l’occasion d’accompagner plusieurs membres de ma famille dans des centres hospitaliers de diverses tailles et vocations, de l’hôpital de Cowansville au CHUM, en passant par le CUSM, l’Hôpital général juif et l’Institut de cardiologie de Montréal, pour des problèmes autrement plus sérieux : AVC massif ayant causé un long coma, diagnostic complexe en neurologie, grave problème cardiaque ayant nécessité une intervention majeure, malaises ayant requis des évaluations à l’urgence. 

Chaque fois, j’ai pu observer l’affabilité du personnel et des médecins, constater l’efficacité de l’ensemble, remarquer l’attention aux détails. Et je suis toujours revenu satisfait, malgré l’intensité émotionnelle propre à ces épreuves. Mais surtout, mes proches aussi, les malades — c’est le plus important.

Suis-je un extraterrestre pour apprécier ainsi notre système de santé ? Je ne suis pourtant pas le seul : dans beaucoup de sondages de satisfaction, les malades — premiers concernés — se disent majoritairement satisfaits des soins reçus, les moins satisfaits demeurant minoritaires. D’où ma difficulté de concilier ce que je vois avec ce que je lis dans les médias. 

Peut-être suis-je naïf, ou encore que les malades ne savent pas vraiment de quoi il en retourne. Mais l’hypothèse que ça va mieux qu’on le dit est plus simple, et plus vraie, quand nous prenons la peine de porter notre attention sur ce qui va bien. 

Sans perdre notre sens critique — on peut faire mieux, notamment pour les urgences (celle de Pierre-Boucher était d’ailleurs bondée lors de notre passage) —, il est plus que temps que nous parlions davantage des qualités de notre système de santé, des bons soins que reçoivent 600 000 Québécois hospitalisés chaque année et 340 000 patients opérés en chirurgie d’un jour — comme ma mère, ce lundi-là.

Les commentaires sont fermés.

Je suis tout à fait d’accord avec vous.
Les CLSC ne font pas exception.
J’ai eu de nombreuses expériences avec mes proches (Pierre Boucher, Centre de Cardiologie de Montréal, Hôpital de Verdun, etc…).
Des préposés, infirmières et médecins dévoués et bienveillants…
Et que dire de ma jeune médecin de famille !
Je tolère mal que l’on critique le système de santé sans nuance et dans parler de ce qui fonctionne et surtout de tous ceux et celles qui s’y dévouent.
Salutations
C Savoie

Ce qui me navre… C est que ce que l on entend dans les media c est : tel hopital est plein x heure d attente… Une maman qui se plait d avoir attendu 17 heures etc.. Je peux comprendre leurs inquietudes mais quand c est urgent.. Tu n attends pas. Ce que ces medias oublies de dire c est que la quasi totalité de ceux qui attendent ne sont pas des cas urgent… Mon fils est astmatique je n ai jamais attendu plus d une heure.. Mais pour une grippe ou une gastro sans complications (la fievre n en est pas une) je reste chez moi et je vais voir un doc en clinique…

La ou par contre faut mettre un bémol… C est que grace au bon doc charrette… Les cliniques sans rendez vous sont devenus quasi innexistante…. Tu dois t inscrire entre 8h et 8h01 sinon y a plus de place… Tout ca pour rendre notre système en plus inneficient et transfére le tout au privé… C est désolant

Excellente idée Dr Vadeboncoeur d’écrire un tel article. Et vous savez quoi? Ce n’est pas seulement dans la Santé que tout ne va pas si mal. Plein de belles et bonnes choses se réalisent aussi au quotidien dans un grand nombre d’écoles, de cégeps et d’universités au Québec. Mais, nous le savons , ce qui fait le pain quotidien de la grande majorité des médias ce sont les nouvelles négatives, celles qui provoquent, qui font ressortir souvent le pire de la nature humaine. Et bien sûr, on peut faire confiance aux médias sociaux pour accentuer la spirale négative… Alors, n’hésitez pas à récidiver, vous êtes crédible.

Monsieur je comprend votre souci et je suis d’accord avec vous sur le fait qu’il y a de bons services qui passent inaperçu derrière la grogne actuelle. Cependant, tout comme un de mes amis médecin li-même, vous ne semblez pas songer au fait que vous accompagnez votre même et êtes… un médecin très connu. Je ne peux pas m’empêcher de croire peu probable que tout le monde aie droit aux même service que votre mère.