Notre civilisation va-t-elle s’effondrer ?

La NASA prévoit l’effondrement de notre civilisation d’ici une cinquantaine d’années, a-t-on pu lire un peu partout au cours de la dernière semaine. Vraiment ? demande la blogueuse Valérie Borde.

Sante_et_scienceLa NASA prévoit l’effondrement de notre civilisation d’ici une cinquantaine d’années, a-t-on pu lire un peu partout au cours de la dernière semaine. Ce qui est absolument faux.

Tout ce raffut fait suite à un billet de blogue (retweeté plus de 8 000 fois) publié sur le site du quotidien britannique The Guardian à propos d’une étude intitulée Human and Nature Dynamics (HANDY) : Modeling Inequality and Use of Resources in the Collapse or Sustainability of Societies (pdf).

Pour l’instant, l’étude en question ne figure pas dans la liste des articles acceptés par la revue savante Ecological Economics, contrairement à ce que l’on peut lire dans The Guardian.

Elle n’a donc même pas commencé à pouvoir être critiquée ou validée par la communauté scientifique.

Il semble d’ailleurs, selon le site NASA Watch, qu’une précédente version de cette étude ait déjà fait l’objet d’une vaine tentative de publication en 2012.

Par ailleurs, on peut lire dans les remerciements que cette étude a été réalisée en partie grâce à une subvention de la NASA.

Mais la NASA s’est empressée de publier un démenti, dans laquelle elle spécifie qu’elle n’a ni commandé, ni réalisé, ni supervisé ce travail. Les chercheurs ont simplement réutilisé un modèle conçu à l’occasion d’un contrat avec la NASA accordé pour une étude antérieure.

Le contenu de l’étude, lui-même, est hautement spéculatif. En résumé, les chercheurs — Safa Motesharrei, étudiant au doctorat, Jorge Rivas (que je n’ai pas réussi à retracer) et Eugenya Kalnay, professeure spécialiste de la modélisation climatique à l’Université du Maryland — proposent un modèle mathématique qui permettrait de simuler l’effondrement des civilisations.

Pour cela, ils considèrent l’humain comme un prédateur, la nature comme une proie, et la société comme étant divisée entre les riches et les autres.

Selon leur modèle théorique, la surexploitation des ressources et une société très inégalitaire seraient à haut risque de conduire à un effondrement de civilisation.

Dans quelle mesure cela s’applique-t-il à la situation de l’humanité en 2014 ? Il n’en est pas question dans cet article.

Y a-t-il, d’ailleurs, un modèle général d’effondrement ?

Effondrement, le «best-seller» de Jared Diamond (publié en 2005), mettait en évidence des «variables d’entrée», comme la dégradation de l’environnement et des voisins hostiles, qui semblent avoir joué un rôle important dans l’affaiblissement ou la disparition des sociétés passées.

Jared Diamond avait surtout pour objectif de sensibiliser ses lecteurs à l’histoire des civilisations, en plus de montrer que la dégradation de l’environnement et les changements climatiques doivent être considérés comme des menaces très sérieuses.

Mais la science est encore très, très loin de pouvoir prédire l’issue d’une civilisation.

Même s’il semble clair que la surexploitation des ressources, les changements climatiques et l’augmentation de la population vont exercer d’énormes pressions sur les humains dans les prochaines décennies, l’effondrement n’est pas la seule issue possible. Tout dépendra de la capacité de l’humain à réagir et à s’adapter !

* * *

À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

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Bonjour Madame Borde,

Merci de votre analyse et aussi (surtout) de ne pas avoir vendu la mèche à propos du document que je commence tout juste à lire !

Sans réfuter votre conclusion, j’indiquerais quand même que Monsieur Diamond a bel et bien esquissé (dans Collapse) un modèle d’effondrement des sociétés. En effet, il a regroupé ces « variables d’entrées » en facteurs exogènes et endogènes et a mis en évidence les liens entre ceux-ci. C’est avec cela qu’il identifie « la dégradation de l’environnement » et/ou « des voisins hostiles » comme déclencheur d’effondrement. Il porte également un regard sur ce que certaines sociétés ont fait pour éviter un destin funeste, tout ça à l’intérieur du cadre constitué des variables et de leurs relations.

Cette sensibilisation dont vous parlez et dont il serait l'(un des) auteur(s), s’effectue à travers son modèle. Il a surement des limites, objets d’ailleurs des critiques essuyées les plus importantes, mais tout modèle a ses limites d’application. Ces limites d’application ne l’invalident pas automatiquement ni ne nient que l’objet en question soit un modèle ; seulement que ce dernier n’est plus adéquat.

Merci et au revoir.

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