N’oublions pas le vaccin contre le zona !

L’effort de vaccination contre la COVID-19 a mis en veilleuse d’autres campagnes, mais il a eu l’avantage de sensibiliser la population à l’importance des deux doses. Profitons de l’élan pour lancer un autre programme à deux injections, contre le zona. Mais surtout pour offrir ce vaccin gratuitement.

Francesco Carta fotografo / Getty Images / Montage L'actualité

Une personne sur trois sera frappée par le zona au cours de sa vie. Cette maladie rarement mortelle, mais douloureuse et qui peut laisser des séquelles très invalidantes, peut être prévenue par un vaccin sécuritaire et très efficace, autorisé au Canada en 2017. Le hic ? Le Shingrix n’est pas remboursé au Québec, et chacune des deux doses coûte environ 150 dollars. De quoi décourager bien des candidats à la vaccination. Le temps est venu de relancer le processus pour pouvoir l’offrir gratuitement et rapidement, croit la Dre Chantal Sauvageau, professeure à l’Université Laval et membre du Comité sur l’immunisation du Québec.

En 2019, une motion unanime a été adoptée à l’Assemblée nationale du Québec pour que ce vaccin soit inscrit au Programme québécois d’immunisation afin qu’il soit offert gratuitement aux 65 ans et plus, qui risquent le plus de souffrir du zona et de ses séquelles. En février 2020, une pétition appelant le gouvernement à passer promptement à l’action a été déposée. Et début mars 2020, Danielle McCann, alors ministre de la Santé et des Services sociaux, a annoncé que le travail était en cours.

Avec la pandémie de COVID-19, le dossier du zona a bien logiquement été différé dans l’ordre des priorités. Mais il ne faudrait pas l’oublier. « On va avoir beaucoup de rattrapage à faire dans les programmes de vaccination contre les virus autres que la COVID, comme le papillomavirus ou l’hépatite B, mais ce serait une bonne idée de lancer aussi rapidement que possible une campagne contre le zona », estime la Dre Sauvageau.

Un virus sournois

Le zona est dû à un virus, herpes zoster, également appelé virus de la varicelle-zona. L’humain est le seul réservoir connu de ce virus, qui se propage par contact avec une personne infectée et donne d’abord la varicelle, que l’on nomme aussi picote. Cette maladie, reconnaissable aux petites cloques qui se forment sur la peau et provoquent des démangeaisons avant de sécher, est très contagieuse : elle se transmet par les sécrétions du nez et de la gorge, ou par les mains de la personne qui s’est grattée. 

Sauf que le virus n’est pas toujours éliminé une fois la varicelle terminée : il se réfugie dans les ganglions à la base des nerfs, où il peut rester tapi pendant des décennies avant de ressurgir pour donner le zona. 

Le mal commence souvent par une douleur vive, généralement d’un côté du thorax, de l’abdomen ou de la nuque, mais très rarement des deux côtés. La zone qui fait mal s’appelle le dermatome, et correspond à la partie du corps où les sensations sont contrôlées par le nerf infecté. Typiquement, 48 heures plus tard, de petits boutons apparaissent à cet endroit, formant après quelques jours une plaque rouge et pustuleuse reconnaissable.

La douleur, qui peut être très forte, vient de l’inflammation du nerf : ça pique, ça brûle, ça élance comme un coup de poignard, et la peau devient aussi sensible qu’après un gros coup de soleil. Ces douleurs névralgiques répondent mal aux médicaments, et à part appliquer des compresses fraîches, il n’y a pas grand-chose à y faire. Des traitements particuliers existent cependant pour les cas les plus graves, ou quand le zona touche l’œil. 

La plupart du temps, cette inflammation aiguë dure une dizaine de jours, puis les boutons forment une croûte, comme dans le cas de la varicelle, et la douleur s’estompe progressivement en quelques semaines. Quand le zona est repéré tôt, dans les trois premiers jours après l’apparition des symptômes, des médicaments antiviraux peuvent raccourcir la durée de la maladie ou diminuer son intensité. Prescrits après ces trois jours, ils sont nettement moins utiles pour la plupart des gens.

Une maladie commune et parfois grave

Chaque année, le zona frappe environ 27 000 Québécois et coûte autour de 25 millions de dollars au système de santé. Il cause 600 hospitalisations et 10 décès, principalement chez les gens de plus de 80 ans. La névralgie post-herpétique, qui touche une personne sur cinq parmi celles ayant été atteintes du zona, peut être très invalidante. Pendant des mois, voire des années, les personnes touchées par cette complication ressentent encore la douleur en permanence ou par moments, au point que même le contact avec les vêtements peut devenir insupportable. Anticonvulsivants, opioïdes ou antidépresseurs sont parfois suggérés pour rendre la maladie plus tolérable, mais ils ne sont pas toujours efficaces.

Le zona peut se manifester à n’importe quel âge, et on ne l’a généralement qu’une fois dans sa vie. Il est plus fréquent après 50 ans, et le risque de complications augmente avec l’âge. Les personnes immunosupprimées sont aussi nettement plus susceptibles d’avoir le zona, et d’en être atteintes éventuellement une deuxième fois. 

Un effet secondaire rare des vaccins contre la COVID ? 

On ne sait pas ce qui fait qu’à un certain moment, le virus se « réveille ». Il semble que cela survienne souvent après un traumatisme, une maladie ou en période de stress élevé, mais pas toujours. Récemment, des chercheurs ont émis l’hypothèse que les vaccins à ARN contre la COVID pourraient réactiver le virus herpes zoster chez des personnes atteintes de certaines maladies auto-immunes. Quelques cas ont été décrits notamment dans une étude publiée en Israël, en avril, et en Grèce, en juin.

Pour l’instant, cet effet semble très rare, et on n’a pas de preuve claire que le vaccin est en cause. Qu’on ait repéré seulement quelques cas parmi des millions de personnes vaccinées et alors que la vigilance est très élevée devrait nous rassurer. Toutefois, comme pour n’importe quel problème de santé constaté dans les jours ou les semaines suivant un vaccin, un zona survenant à ce moment-là devrait être signalé à un professionnel de santé qui pourra remplir en ligne une déclaration de manifestation clinique inhabituelle. On en saura certainement plus à ce sujet dans les prochains mois.

Un vaccin très efficace

Un premier vaccin contre le zona, le Zostavax de la société pharmaceutique Merck, a été autorisé au Canada en 2008, d’abord pour les 60 ans et plus. Il contient le même virus vivant atténué que le vaccin contre la varicelle, mais en quantités bien supérieures. Son efficacité diminue cependant rapidement au fil des ans et il est contre-indiqué pour les personnes immunosupprimées. En 2017, un autre vaccin nettement plus performant, le Shingrix, mis au point par GSK, a été homologué pour les personnes âgées de plus de 50 ans. Ce vaccin composé d’une copie de la protéine du virus, qui fait réagir le système immunitaire, est efficace à plus de 90 % à tous les âges, et l’immunité se maintient pendant au moins cinq ans, selon les dernières études publiées à son sujet, avant la pandémie. Il convient aux personnes immunosupprimées. 

Comme les vaccins à ARN contre la COVID, le Shingrix est assez réactogène, c’est-à-dire susceptible de donner des effets secondaires comme de la fatigue, des douleurs musculaires ou des maux de tête assez forts pendant un ou deux jours, mais il produit très rarement des effets secondaires graves. Deux doses séparées de 2 à 12 mois sont nécessaires. On peut les acheter et les recevoir en pharmacie, au coût d’environ 150 dollars par dose (à magasiner, les prix varient !), en respectant un intervalle d’au moins 14 jours avec les vaccins contre la COVID. 

En 2018, le Comité sur l’immunisation du Québec a rendu son Avis sur la pertinence d’ajouter la vaccination contre le zona au Programme québécois d’immunisation et proposé que le vaccin soit offert, par ordre de priorité, d’abord aux personnes de plus de 50 ans immunosupprimées, puis aux 65 ans et plus, puis aux 50 ans et plus. Dans un nouvel avis publié en 2020, il recommande le vaccin pour les personnes de plus de 18 ans immunosupprimées, mais aussi pour les 50 ans et plus atteints de certaines maladies chroniques qui augmentent nettement le risque de zona et de ses complications. Les maladies en question sont l’arthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux disséminé, la maladie intestinale inflammatoire chronique, la maladie pulmonaire obstructive chronique ou l’asthme bronchique, les maladies rénales chroniques et le diabète insulinodépendant.

Un bon moment pour lancer la vaccination gratuite

Pour l’instant, les vaccinateurs sont surchargés avec la campagne contre la COVID, et le ministère de la Santé et des Services sociaux en a aussi plein les bras. Mais la Dre Chantal Sauvageau croit qu’on devrait profiter de l’élan de ce programme de vaccination pour lancer celui contre le zona dès que possible. « Dans notre avis de 2018, nous soulignions que ce vaccin posait un double défi : d’une part, on doit l’administrer à un âge où les gens n’ont guère l’habitude de se faire vacciner, et d’autre part, on sait que les vaccins à deux doses sont toujours plus difficiles à donner, car les gens ont tendance à oublier ou négliger la deuxième dose », explique la spécialiste. La campagne de vaccination contre la COVID a assurément eu l’avantage de sensibiliser la population au fait qu’un vaccin peut être conseillé à tout âge, et que la deuxième dose est importante. 

En Ontario, le Zostavax a été offert gratuitement dès 2016 aux personnes de 65 ans et plus. Et en pleine pandémie, en octobre 2020, la province a décidé de le remplacer par le Shingrix, malgré son coût plus élevé. « C’est certain que c’est une dépense, mais n’allez pas vous imaginer que les gouvernements payent les vaccins au même prix que les particuliers ! » précise Chantal Sauvageau. Selon l’analyse qu’elle a menée avec ses collègues, le rapport coût-efficacité d’une telle campagne de vaccination serait tout à fait acceptable. Même si on meurt rarement du zona, on en souffre beaucoup. 

Vite, qu’on nous en débarrasse ! 

Sans varicelle, pas de zona ?

Jusqu’au début des années 2000, la varicelle, qui cause parfois des complications, envoyait des centaines de petits Québécois à l’hôpital chaque année. Mais son incidence a diminué de 90 % depuis qu’un premier vaccin, fait d’un virus atténué, a été introduit dans le calendrier vaccinal du Québec, en 2006. Depuis 2019, on donne aux bébés, à l’âge de 12 et 18 mois, deux doses d’un vaccin dit quadrivalent, qui protège en même temps contre la varicelle, la rougeole, la rubéole et les oreillons. Ce vaccin RRO-Var est très efficace et réduirait nettement la probabilité d’avoir le zona plus tard dans la vie, même si les chercheurs n’ont pas encore assez de recul pour en juger assurément. Le risque de zona ne serait cependant pas nul pour les vaccinés contre la varicelle, puisqu’il semble que le virus atténué présent dans le vaccin puisse parfois se réfugier dans les nerfs et se réactiver. Vraiment sournois, ce virus !

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« offrir ce vaccin gratuitement »
Ben voyons donc!
Rien n’est gratuit!
Quand c’est l’État qui paie, « qui » paie, croyez-vous???

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Je n’ai pas de voiture mais je paye pour les routes–ça ne m’empêche pas de dormir!

et combien coûtera au système de santé une personne infectée qui n’aura pas été vacciné pcq trop dispendieux ??

Ayant eu le zona une fois, je me suis précipitée sur le Shingrix dès qu’il est sorti, en dépit du coût élevé. J’aurais hypothéqué ma maison pour le faire!

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Bonjour, j’adore vos chroniques et vous êtes toujours pertinente et bien renseignée. J’aimerais juste pour faire part que les MCI (manifestations cliniques inhabituelles ou effets secondaires des vaccins) doivent être déclarées par la loi au directeur de santé publique des régions du Québec, et non à l’Agence de santé publique du Canada directement. Ceci permet notamment à la santé publique de faire une surveillance et une analyse plus rapide et plus fine des données. Merci pour vos textes éclairants!

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Il y a 3 ans j’ai été vacciné contre le zona avec un nouveau vaccin Shingrix à une seule dose et mon médecin m’a alors dit que l’on espérait que ce soit à vie mais qu’au pire il serait bon pour 10 ans. C’était en Colombie-Britannique et il fallait payer une partie du vaccin, l’autre l’étant par une assurance médicaments privée. Je trouve ça curieux que l’article n’en fasse pas mention.

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