Nourriture crue pour animaux de compagnie : un débat à assainir

Les aliments à base de viande crue pour animaux de compagnie gagnent en popularité. Mais attention aux bactéries et parasites pouvant affecter les animaux et les humains, met en garde notre collaboratrice.

ThamKC / Getty Images / Freepik / montage : L’actualité

L’auteure est médecin vétérinaire et éthicienne. Ex-présidente de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec, elle travaille au Groupe de recherche en épidémiologie des zoonoses et santé publique, offre des formations et intervient régulièrement sur les relations humains-animaux et l’approche Une seule santé.

C’est difficile à croire aujourd’hui, mais à une époque encore récente, les chiens se contentaient des restes de table des humains et d’une moulée de composition approximative. Les chats aussi, mais eux avaient accès à l’extérieur et pouvaient compléter leur alimentation avec quelques petites proies. 

Nos animaux de compagnie ont pris beaucoup d’importance dans nos vies depuis ce temps. Ce sont presque des membres de la famille, à qui nous achetons des jouets, des accessoires, des gâteries et de la nourriture diversifiée. Côté alimentation, une nouvelle tendance gagne d’ailleurs en popularité : les aliments à base de viande crue. Les fabricants, de petites entreprises qui vendent leurs produits en boutique ou dans des animaleries, en vantent les avantages : ils seraient, disent-ils, plus frais et sains. Et leurs clients, conseillés par des personnes sans formation en santé animale et santé publique ou influencés par des témoignages sur les médias sociaux, sont convaincus des bienfaits d’une telle diète. 

Les médecins vétérinaires, de leur côté, déconseillent la nourriture crue. Parce que les bénéfices de cette alimentation ne sont pas bien documentés. Alors que les risques sanitaires, eux, le sont.

Je n’ai aucun intérêt à déclarer dans ce dossier, sauf peut-être qu’au tout début de ma carrière, il y a 30 ans, j’ai eu un employeur qui vendait de la nourriture. Mon parcours ne s’est pas déroulé longtemps en clinique. Il a été très varié : je m’intéresse à la vulgarisation scientifique, à l’éthique et à la santé publique. Je ne vends rien, je réfléchis, j’écris, je partage des connaissances et je travaille avec des chercheurs.

Et, disons-le, je vis avec trois chiens.

Que dit la science ? 

Il n’y a pas de données probantes montrant une potentielle supériorité nutritionnelle de l’alimentation crue — pas plus que d’une diète maison cuite, d’ailleurs. Les défenseurs du cru se basent donc sur des récits anecdotiques d’animaux dont l’état semble s’être amélioré avec ce mode d’alimentation. Il est possible que certains de ces animaux aient une intolérance à des ingrédients de certaines croquettes commerciales, ce qui pourrait expliquer cette perception. Dans ces cas, une diète maison cuite sans les ingrédients en cause éviterait aussi l’intolérance.

Il semble qu’une certaine clientèle souhaite tellement faire le meilleur choix pour ses animaux qu’elle voudrait des études comparatives, lesquelles sont presque impossibles à obtenir scientifiquement. Il existe bien des tableaux comparatifs affichant l’analyse nutritionnelle de différentes diètes, mais cela ne dit pas tout — par exemple, si les nutriments présents peuvent être bien digérés et absorbés par l’animal. Il faudrait des études longitudinales (suivre les mêmes animaux sur une longue période), sur des chats et des chiens de différentes races, à tous les stades de la vie, pour démontrer la supériorité de l’un sur l’autre, mais cela présente des défis : comment comparer « le cru » avec « le cuit » ? Quel cru et quel cuit ? Cela alors qu’aucune nourriture n’a exactement la même composition qu’une autre et que, en général, les animaux ne mangent pas qu’un seul aliment ?

La valeur nutritive

On sait que les croquettes de bonne qualité permettent à un animal de vivre en santé : les diètes commerciales respectant les critères de l’Association of American Feed Control Officials (AAFCO), un organisme basé sur une adhésion volontaire, répondent toutes à certaines exigences, entre autres relativement à la teneur en protéines. Des fabricants ont créé des produits haut de gamme, avec une recette fixe pour les animaux en santé et des diètes adaptées à diverses maladies. Ces marques de qualité font des études sur la santé des animaux nourris avec leurs produits.

En matière de valeur nutritive, les diètes maison, qu’elles soient constituées d’aliments crus ou cuits, peuvent être très déséquilibrées. Un déficit ou un excès de nutriments, répété sur une longue période, peut avoir un effet très important sur la santé de l’animal.

Les pro-cru sont souvent anti-croquettes commerciales et affirment que nos chiens et chats ont de plus en plus de cancers. Pourtant, c’est parce que nos animaux vivent de plus en plus longtemps qu’ils ont plus de cancers !

L’alimentation crue est par ailleurs considérée comme plus naturelle. Ceux qui en font la promotion l’associent à une nourriture plus fraîche et moins transformée. Ces caractéristiques pourraient aussi être celles d’une alimentation maison cuite, ce qui réduirait au moins les risques infectieux.

Les risques sanitaires

Les grandes instances de santé publique mettent en garde la population contre les risques infectieux de la nourriture crue pour animaux de compagnie. L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) et les Centers for Disease Control and Prevention américains (CDC) déconseillent cette pratique.

Les risques d’infection, bien connus, proviennent des bactéries et parasites microscopiques comme les salmonelles et les campylobactéries, qui peuvent affecter les animaux et les gens qui les entourent. La cuisson réduit fortement ces risques. 

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne suffit pas de prendre les mêmes précautions que lorsqu’on manipule notre viande avant la cuisson. Laver les surfaces, les ustensiles, nos mains et le bol de l’animal par la suite constitue une bonne pratique, mais cela n’évite pas tout. Quand l’animal ingère une viande crue, des microorganismes différents et potentiellement dangereux colonisent son système digestif, modifiant son microbiome. 

L’animal va excréter ces microorganismes et contaminer son environnement. Les humains de la famille flattent leur compagnon, le caressent, dorment avec lui, etc., ce qui mène à un certain partage de la flore intestinale. Une personne qui a un système immunitaire moins fort — c’est le cas de certains malades, des jeunes enfants et des personnes âgées — verra donc sa santé menacée.

Que faire ?

Si vous n’êtes pas un adepte convaincu du cru, je ne vous encourage pas à le devenir. Si vous ne désirez pas offrir de la nourriture commerciale à votre ami à quatre pattes, vous pourriez opter pour une diète maison, en faisant cuire la viande pour éviter les risques infectieux. Il faut aussi s’assurer d’une recette équilibrée, idéalement en suivant les conseils d’un nutritionniste vétérinaire (ils sont peu nombreux). Parce qu’une recette mal adaptée peut compromettre la santé de votre animal.

Si vous êtes déjà un adepte de la nourriture crue, il est de votre responsabilité d’en aviser toute personne âgée ou immunosupprimée de votre entourage, et d’éviter de mettre votre animal en contact avec de jeunes enfants. Les précautions de salubrité à prendre pour ce type d’alimentation ne sont pas uniquement liées à l’hygiène de la préparation des aliments. Le lavage des mains après les interactions avec l’animal devient plus important, particulièrement pour les personnes dont le système immunitaire est moins efficace, tout comme l’élimination adéquate des matières fécales.

En tenant compte de l’information existante, vous pouvez faire un choix éclairé pour votre animal et votre famille.

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Alors pourquoi si ce n’est que ceux-ci, qu’il y a moins de perte, les excréments sont moins fréquentes ainsi que la masse. En plus le poil est plus reluisants et les sucres sont bcp moins présentes.

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J’ai deux chiens. L’alimentation canine fait partie de mes préoccupations. Bien franchement, la campagne de peur autour de l’alimentation crue est lassante à la fin.
Pour rappel, les croquettes pour chien (surtout à base de grains) peuvent être contaminées par des mycotoxines. Est-ce qu’on parle de leur danger chez les humains?
Certainement pas parce que ce c’est ce qui est vendu dans les cliniques vétérinaires. Ces marques (Hill’s, Nestlé Purina, Royal Canin) ont souvent du procéder à des rappels à cause de contaminations qui ont causé la mort de nos compagnons à quatre pattes. Bien franchement quand je vois tous ces étalages de croquettes à vendre chez le vétérinaire, j’ai bien de la difficulté à ne pas voir de biais ou de conflit d’intérêt dans leur recommandation et leur réticence face à l’alimentation crue.
Ces fabricants doivent-ils se conformer à certaines exigences sanitaires pour éviter ces contaminations et ces rappels? Si oui, lesquels?
Au Québec, il y a des fabricants de nourriture crue accrédités par le MAPAQ. Certains se conforment au programme HACCP.
Quant aux rations ménagères je citerai l’étude du Dr Gérard Lippert et Bruno Sappy qui ont démontré que les chiens nourris aux rations ménagères vivaient en moyenne 32 mois plus longtemps que ceux nourris exclusivement aux croquettes. Probablement parce qu’ils mangent des aliments frais et peu transformés. Alors que les croquettes sont des aliments hautement transformés auxquels on doit ajouter vitamines et minéraux parce qu’ils sont détruit lors du processus d’extrusion.
Contrairement à ce qui est avancé dans cet article, on aurait observé une diminution de l’espérance de vie de nos chiens et plus de maladies.
Les croquettes ont certains avantages: rapide et facile à utiliser. Les fabricants les disent équilibrées. Elles se conservent longtemps.
Le cru, à mon avis ne comporte pas plus de risque que de manipuler mon poulet ou mes boulettes de bœuf haché. Par contre, c’est une alimentation qui demande plus de planification, de temps à préparer, un espace de conservation et coûte plus cher.
Quant aux rations ménagères, je n’ai rencontré aucun vétérinaire capable de m’expliquer comment cuisiner des repas équilibrés pour mes chiens.
Finalement, peu importe l’alimentation choisie, elle comporte un risque autant pour nous que notre chien. Le débat croquettes c. cru dure depuis longtemps. Il serait temps qu’on arrête la campagne de peur et qu’on se penche sur une vraie recherche comparative. Si on a pu démontrer l’impact de l’alimentation maison c. les croquettes, on devrait pouvoir en faire de même avec le cru. Je pense que ce serait plus honnête.

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Plusieurs fabricants de nourriture crue effectuent maintenant des analyses complètes et rencontrent les normes AAFCO ( analyses à l’appui) et les compagnies sérieuses de crue utilisent des ingrédients propre à la consommation humaine. Le problème est plutôt tous les apprentis sorciers qui se déclarent fabricants de crue et qui affirment avoir des formules complètes sans aucune analyse à l’appui. C’est la responsabilité de chaque propriétaire de s’assurer que la recette qu’il donne à son ami poilu est complète selon les normes AAFCO et appropriée à l’état de santé de son ami poilu. Il serait également important de noter que croquettes n’égale pas qualité. Bien qu’elles rencontrent les normes, souvent minimales AAFCO, puis-je vous rappeler les plumes trouver dans des croquettes vendues dans un grand magasin ? Puis je également vous rappeler que le cursus de la formation d’un vétérinaire ne comporte que quelques heures sur la nutrition ? La plupart des informations fournies aux vétérinaires viennent des grands consortiums de fabrication de nourriture animale. Bonjour, l’objectivité…. Sans oublier certains agronomes qui se targuent d’être des spécialistes de la nutrition canine alors que leur cursus ne comporte aucune spécialisation en ce domaine et que leurs recommandations ne respectent pas AAFCO et ce, avec la bénédiction de leur ordre professionnel. Le domaine de la nourriture animale est une jungle qui manque cruellement d’études scientifiques objectives ( non commanditées par un fabricant de croquettes) et d’opinion objective basé sur des faits venant de vétérinaire et/ ou professionnel de la santé animale véritablement spécialisé en nutrition.

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C’est décevant de l’actualité de ne pas avoir d’autre point de vue, comme celui d’un agronome spécialisé en alimentation . Cette vétérinaire qui avoue ne pas avoir travaillé longtemps dans le métier publiciste une pensée rétrograde face au crue qu’on n’entend plus depuis 5 ans. Elle recommande les repas maison en plus, quelle bonne manière de mal alimenter ton animal. 🙁

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