Nous ne laisserons que des robots

Au lieu d’explorer l’espace nous-mêmes et d’y produire des déchets, nous pourrons peut-être un jour laisser des machines de pointe autoreproductrices faire le boulot à notre place.

Photo : Antoine Bordeleau pour L'actualité

Il est fort possible que, dans notre galaxie, se trouve une foule de petits engins en mission d’exploration. Ils errent depuis des siècles, des millénaires ou plus dans le vide glacial de l’espace. Si leurs réserves d’énergie sont suffisantes, ils envoient régulièrement des signaux lumineux bourrés d’information vers leur planète d’origine. Ils ne sont pas « intelligents » ou « conscients » au sens propre du terme ; plutôt « bien programmés ». Mais si on en trouvait un, ce serait la preuve irréfutable qu’il y a de la conscience ailleurs dans l’Univers.

Nous aussi, nous laissons des traces matérielles de notre présence dans le voisinage galactique. Cinq de nos sondes (Voyager 1, Voyager 2, Pioneer 10, Pioneer 11 et New Horizons) se trouvent présentement sur des trajectoires interstellaires — c’est-à-dire qu’elles orbitent désormais autour de notre galaxie et ne reviendront plus jamais dans notre système solaire. Or, dans un futur lointain, ces sondes continueront de communiquer leurs données à la Terre, même quand l’humanité ne sera plus. Et dans un futur encore plus éloigné, lorsque le Soleil aura gonflé au stade de géante rouge et complètement vaporisé notre planète (détruisant tout le système solaire interne, de Mercure jusqu’à Mars), ces sondes seront les seules preuves que l’humanité a déjà existé.

Toute civilisation qui parvient à atteindre une certaine révolution scientifique et technologique découvrira un jour ou l’autre que le meilleur moyen d’explorer l’espace n’est pas d’envoyer des matières biologiques affronter les périls du néant interstellaire, mais bien de construire et de programmer des machines de pointe pouvant faire l’exploration à sa place. Nous y arrivons déjà depuis quelques décennies et cela ne fait que commencer.

Certes, il n’est pas impossible que l’humain puisse un jour se promener à l’intérieur de notre système solaire. Mais visiter d’autres systèmes solaires ? Explorer « en présentiel » des planètes orbitant autour d’étoiles autres que le Soleil, à des années-lumière de nous ? Impensable pour l’instant. L’être humain, avec son constant besoin d’eau, de nourriture, d’oxygène et de divertissement, est un organisme trop fragile, avec une espérance de vie beaucoup trop courte, pour entreprendre un tel périple.

J’étais au milieu de mes études collégiales quand Sojourner, un petit véhicule à six roues de 11,5 kilos, a roulé sur le sable rouillé de Mars pendant trois mois, parcourant une distance d’à peine 100 m avant que ses batteries ne meurent pour de bon. Vingt-cinq ans plus tard, Perseverance — un engin de la taille d’un VUS et d’une masse de plus d’une tonne — étudie le sol et l’atmosphère de la planète rouge avec des appareils ultraperfectionnés pouvant creuser la surface et analyser les échantillons recueillis.

Imaginez une prochaine version de Perseverance, capable d’extraire les minerais et d’emmagasiner l’énergie solaire, voire de construire une minicentrale nucléaire si elle trouve des éléments radioactifs dans le sol. Équipé avec des membres de haute dextérité (pensez au « bras canadien »), un tel engin pourrait fabriquer pièce par pièce une copie de lui-même : boucliers thermiques, propulseurs, processeurs, lentilles et antennes de communication. Cette copie aurait alors pour mission… de continuer l’exploration de la planète et de créer à son tour une copie d’elle-même.

Ces engins autoreproducteurs se nomment des machines de von Neumann, en l’honneur du scientifique hongro-américain John von Neumann, qui aurait élaboré ce concept au milieu du XXe siècle. Von Neumann s’interrogeait sur la possibilité que des machines pouvant se répliquer soient capables d’évoluer selon les mêmes principes et lois que la sélection naturelle de Darwin. Pure science-fiction ? Nous n’avons qu’à constater l’incroyable évolution des robots que l’humanité a envoyés sur la planète voisine pour comprendre que de telles machines pourraient devenir réalité plus tôt qu’on le pense.

Ces robots pourraient poursuivre leur mission pendant des milliers d’années et peut-être, sans même tomber dans l’hyperbole, des millions. Et les signaux qu’ils transmettent ? Ils pourraient ne jamais être interprétés, car l’espérance de vie (si on peut s’exprimer ainsi à propos de machines) de ces robots pourrait dépasser celle de la civilisation qui les a conçus de plusieurs ordres de grandeur.

C’est ce qui me vient en tête quand je lis des articles sur les ovnis. Non pas la visite de petits bonshommes verts venus de loin. Biologiquement, cette hypothèse n’a absolument aucun sens. Mais peut-être, juste peut-être, qu’un bon jour il s’agira de la énième génération d’un robot en mission d’exploration vers notre système solaire, qui enverra des données vers sa planète, où prospérait une civilisation avancée, disparue depuis longtemps.

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