Obésité : des produits chimiques parmi les coupables potentiels

Les obésogènes, une catégorie de produits chimiques qui augmentent le risque de surpoids, intéressent de plus en plus les chercheurs. Une experte en santé publique fait le point sur les connaissances actuelles. 

Dedraw Studio / theasis / Getty Images / montage : L’actualité

Les produits nettoyants, emballages et autres biens de consommation courante pourraient avoir un effet inattendu : contribuer à l’épidémie d’obésité. 

Une récente revue de la littérature, publiée dans Biochemical Pharmacology par une équipe internationale d’une quarantaine de chercheurs, explore cette hypothèse et fait le bilan des preuves amassées à ce jour. Les fœtus et les jeunes enfants seraient les plus sensibles à ces contaminants présents dans l’environnement, qui augmenteraient la probabilité de souffrir d’obésité plus tard dans la vie. 

Nombre de ces substances dites obésogènes, comme le bisphénol A ou les phtalates, sont des perturbateurs endocriniens. Elles intéressent les chercheurs depuis longtemps, puisqu’elles dérèglent le système hormonal. Des scientifiques y voient maintenant un facteur supplémentaire de l’épidémie d’obésité dans les sociétés occidentales, car un grand nombre de ces substances modifient aussi le métabolisme. Bien de la recherche reste cependant à faire.

L’actualité a demandé à Maryse Bouchard, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les contaminants environnementaux et la santé des populations, de faire le point sur les connaissances actuelles à ce sujet.

Comment sommes-nous exposés aux obésogènes ?

Les obésogènes sont très nombreux, on estime qu’une cinquantaine de molécules différentes feraient partie de cette catégorie. On peut donc y être exposé d’une foule de façons. Cela se produit principalement par inhalation ou par ingestion, par l’intermédiaire de l’alimentation ou des objets du quotidien qu’on utilise dans nos maisons.

Par exemple, les obésogènes les mieux documentés, les bisphénols, se retrouvent dans plusieurs plastiques (comme le polycarbonate) et aussi dans la résine d’époxy, qui tapisse l’intérieur des conserves. Les phtalates, également très courants, sont présents dans de nombreux plastiques et dans certains pesticides. Ces molécules peuvent se détacher du produit et se retrouver dans l’air qu’on respire ou dans ce qu’on ingère.

De quelle façon un obésogène influencerait-il notre poids ?

Un obésogène est une substance qui fait augmenter la proportion de tissus adipeux dans le corps humain. Les mécanismes par lesquels il peut avoir cet effet sont diversifiés. Les jeunes enfants et les bébés à naître y sont particulièrement sensibles, parce que leur organisme est en train de se former et donc très susceptible de subir des modifications externes.

Par exemple, un jeune enfant ou un fœtus exposé à répétition à des obésogènes peut développer davantage d’adipocytes, des cellules dont la fonction est de stocker les réserves de gras. Leur nombre est normalement plutôt fixe dès la naissance, seul leur volume va changer au cours de notre vie. Mais si ce nombre augmente, cela accroît la capacité de stocker des réserves de gras.

Les obésogènes peuvent également avoir un effet sur le métabolisme, en réduisant par exemple les dépenses énergétiques nécessaires pour remplir nos fonctions physiologiques. Ils peuvent aussi influer sur la régulation de l’appétit et le sentiment de satiété, tout comme sur la glande thyroïde, qui joue un grand rôle dans la régulation du métabolisme.

Jusqu’à quel point est-on certain du rôle des obésogènes dans la prévalence de l’obésité ? 

Le niveau de preuve est plus ou moins élevé pour chacune des molécules considérées comme un obésogène potentiel. Pour certaines, la démonstration est assez probante, tel le tributylétain, un fongicide, qui a été l’objet de plusieurs études sur les humains et les animaux. Même chose pour les bisphénols et les phtalates.

L’obésité étant associée à plusieurs facteurs, il est difficile de montrer du doigt une seule cause, mais de plus en plus de chercheurs estiment que les contaminants contribuent à ce problème. Ce qu’il reste à préciser et à mesurer, c’est l’effet réel des obésogènes, en fonction des doses auxquelles nous sommes exposés. 

Lorsqu’il est question d’obésité, on met souvent l’accent sur la responsabilité individuelle. Mais on comprend de plus en plus que ce n’est pas entièrement de notre ressort. Personne ne contrôle la dose de phtalates ou de bisphénols qu’il ingère.

Que peut-on faire pour s’en protéger ?

Les gouvernements peuvent les bannir, comme cela a été fait pour plusieurs utilisations du tributylétain ou du bisphénol A [NDLR : au Canada, il est interdit depuis 2008 de vendre des biberons en plastique contenant du bisphénol A]. Beaucoup de ces produits pourraient être remplacés ou tout simplement ne pas être utilisés du tout lors de la fabrication de biens de consommation courante. Car même si on cesse de s’en servir, les effets peuvent perdurer.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.