Obliger ou recommander ?

Si plus personne ne porte le masque alors qu’il est recommandé de le faire dans plusieurs contextes, faudrait-il ou non le rendre obligatoire de nouveau ?

Photo : Daphné Caron pour L’actualité

À la fin du printemps, quand les dernières mesures visant à prévenir la contagion par le virus de la COVID ont été levées, j’ai assisté virtuellement à des congrès bien réels. J’ai alors été dérouté par l’attitude des professionnels de la santé quant au port du masque dans ces rencontres : les soignants ne le portaient presque plus.

À la réflexion, deux raisons pouvaient expliquer ce changement soudain. Peut-être le portaient-ils jusque-là seulement par contrainte et non par conviction de protéger ainsi les autres et eux-mêmes. Ou bien ils jugeaient que, devant la propagation décroissante de variants apparemment moins dommageables, le risque était maintenant plutôt faible.

Il serait toutefois difficile d’invoquer le manque d’information : personne ne sait mieux que des soignants d’hôpital comment se protéger. La méconnaissance des risques ? On peut en douter, ces soignants s’occupant depuis deux ans des plus malades d’entre tous et ayant sûrement eu affaire à de nombreux cas de COVID longue.

Je constate surtout un schisme entre ceux qui adoptent de tels comportements, disons « relâchés », et d’autres professionnels et chercheurs (très présents sur les réseaux sociaux) qui restent favorables à des mesures obligatoires de prévention beaucoup plus strictes. Et qui, je dois l’admettre, ont raison sur plusieurs points.

Parce que les risques sont encore bel et bien là : subir les conséquences occasionnelles mais parfois fatales d’une forme grave de l’infection ; souffrir des symptômes de la COVID longue, plus fréquents ; miner la capacité globale de soigner en s’excluant des effectifs disponibles ; favoriser l’émergence de variants en raison de l’excès de circulation virale. 

Tout cela est vrai, mais semble avoir peu d’influence sur la prise de risque des soignants ou de la population générale — voilà mon point.

L’information n’est qu’une partie congrue de l’équation complexe qui gouverne nos comportements humains.

Je vois aussi les tenants d’une approche stricte répéter que ces comportements s’expliqueraient par un manque de connaissances quant aux modes de transmission, à la façon de se protéger adéquatement et aux conséquences de l’infection. Pourtant, au vu des innombrables contenus accessibles dans les médias grand public, les réseaux sociaux ou les journaux spécialisés, cette conclusion apparaît discutable.

Mais si tout le monde ne comprend effectivement pas de manière semblable le fin détail des effets de la COVID à court et à long terme, la situation est la même pour bien d’autres activités comportant des risques variés, comme le tabagisme, la prise d’alcool, la conduite automobile, voire l’émission de carbone : les gens fument encore, boivent de l’alcool régulièrement et conduisent trop rapidement… des VUS, et ce n’est pas (seulement) par manque d’information.

C’est que l’information n’est qu’une partie congrue de l’équation complexe qui gouverne nos choix et comportements humains, où les enjeux émotifs, sociaux, cognitifs et même économiques jouent aussi un rôle crucial. Je ne partage donc pas l’idée selon laquelle les gens prendraient des décisions bien différentes si encore plus d’information circulait.

Un autre point, c’est que les limites de ce qu’on peut aisément obliger sur une longue période sont peut-être atteintes en cette mi-juillet où j’écris ces lignes, du moins dans les sociétés comme la nôtre où les gens sont peu habitués à se faire dicter leur façon de vivre, que ce soit pour leur bien ou non. Surtout quand tous les pays de la Terre, ou presque, semblent être sur la même longueur d’onde.

D’où ces idées qui m’habitent ces jours-ci : le choix « risqué » des professionnels participant sans masque à des conférences est peut-être plus assumé et la plupart des gens sont peut-être davantage prêts à vivre avec les conséquences de la COVID qu’on ne le pense généralement. En tout cas, rejeter du revers de la main cet argument, c’est remettre en question autant la capacité de juger que le libre arbitre.

D’autant plus que la fin de l’obligation du masque ne signifie évidemment pas son interdiction. Il est encore possible — et souhaitable ! — de le porter dans plusieurs situations où l’on « perçoit un risque », comme nous l’a mentionné le Dr Luc Boileau, directeur national de santé publique du Québec, en conférence de presse début juillet. Par exemple, dans un autobus bondé… ou dans une salle comble pour une conférence médicale. Sauf que ça ne se fait pas beaucoup.

Je me demande donc quelle est la meilleure approche à adopter en ce moment. Si tout reste stable et qu’on n’assiste pas à court terme aux situations extrêmes qu’on a connues dans le système de santé, doit-on à nouveau obliger le masque — et d’autres mesures au besoin — ou se contenter de le recommander ? Après tout, la santé publique suggère aussi — sans l’obliger — le port du condom, n’est-ce pas ?

Faire confiance aux gens est sans doute la meilleure solution dans les circonstances actuelles — du moins jusqu’à nouvel « ordre ».

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L’obligation du masque, à part que dans les établissements de santé, çà nous passe désormais par dessus la tête.
Les personnes vulnérables pourraient mieux se responsabiliser en le portant davantage.

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