Oléoduc Énergie Est : combien d’accidents en vue?

En 2013, 1,3 milliard de barils de pétrole brut ont été transportés dans des pipelines de juridiction fédérale au Canada. Ce transport s’est soldé par deux «accidents» et 31 «incidents».

Combien de déversements le transport de pétrole brut par pipeline, envisagé par TransCanada avec son projet Énergie Est, risque-t-il d’engendrer ?

Sante_et_scienceEn analysant les données du Sommaire statistique des événements de pipeline 2013 (pdf), produit par le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST), on peut estimer grossièrement ce qui semble le plus probable.

En 2013, selon le BST, 1,3 milliard de barils de pétrole brut ont été transportés dans des pipelines de juridiction fédérale au Canada.

Ce transport s’est soldé par deux «accidents» et 31 «incidents», au cours desquels des déversements se sont produits, parce que le pipeline a été endommagé ou parce qu’il a été exploité d’une manière non sécuritaire (voir le document pour les définitions précises).

Le transport de 1,1 million de barils de brut par jour que prévoit Transcanada pour son oléoduc Énergie-Est correspond à 30 % de la quantité transportée par pipeline en 2013, au Canada.

La longueur prévue de l’oléoduc, soit 4 600 km, correspond à 24 % de celle des pipelines de compétence fédérale ayant servi au transport de produits pétroliers en 2013, au Canada.

On devrait donc s’attendre, en proportion, à ce que le projet d’Énergie Est engendre, en gros, entre un quart et un tiers des déversements qui se sont produits en 2013 sur tout le réseau de pipelines canadiens transportant des produits pétroliers.

Ce qui donne, au minimum, huit déversements par an.

La question des garanties financières est donc cruciale, car si jamais ce pipeline était construit, il est très fortement probable que des déversements de pétrole se produiront. Où, et de quelle ampleur ?

Pour utiliser la même langue que celle qu’emploie le BST dans les annexes de son document (pourquoi elles ne sont pas en français, je me le demande…), that is the question !

Dans les dernières années, les compagnies exploitant les pipelines ont-elles amélioré leur bilan en matière de sécurité ?

Cela n’a rien d’évident, comme le montrent les calculs suivants, réalisés encore une fois à partir des données du BST.

Entre 2004 et 2008, la quantité d’énergie transportée par pipeline au Canada sous forme de produits pétroliers s’est établie en moyenne à 6,44 exajoules par an.

Entre 2009 et 2013, elle a atteint en moyenne 7,34 exajoules par an, ce qui correspond donc à une hausse de 14 %.

Entre 2004 et 2013, le nombre d’incidents et d’accidents avec déversements pour le transport par pipeline de pétrole brut, lui, a varié d’un minimum de 22 en 2004 à un maximum de 77 en 2012.

Entre 2004 et 2008, ce nombre s’est établi en moyenne à 28,2 «événements» par an.

Puis, entre 2009 et 2013, à 55 événements par an, ce qui correspond à une augmentation de 95 %.

Il y a certainement quelques nuances à apporter à ces calculs grossiers. Mais globalement, il semble bien que le nombre de déversements de pétrole brut ait augmenté dans les dernières années beaucoup plus fortement que la quantité d’énergie transportée par pipeline sous forme de produits pétroliers.

On peut donc dire, en restant prudent, qu’il est hautement improbable que le transport par pipeline devienne nettement plus sécuritaire dans les prochaines années.

À moins, évidemment, d’un resserrement draconien de la réglementation gouvernementale et d’un investissement massif dans des technologies plus sécuritaires de la part de l’industrie, auxquels il est bien difficile de croire dans le contexte actuel…

* * *

À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

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16 commentaires
Les commentaires sont fermés.

J’ai lu que malgré que les compagnies de pipelines nous assurent avoir des technologie de détections de fuites ultra-performantes, la très grande majorité ( sinon la totalité ) des fuites avaient été découvertes par des randonneurs…. avant que leurs merveilleux systémes ne les détectent !!!!

Il est irresponsable de faire un calcul de prévision d’accidents par une simple règle de trois. Il faut tenir compte de l’ensemble des facteurs ayant conduits aux accidents passés et de la technologie actuelle.

Hors, il est clair que l’oléoduc construit en 2015 ne sera aucunement de la même technologie des oléoducs construits il y a vingt ans, l’instrumentation de contrôle sera tout aussi différente et les méthodes de construction seront elles-aussi, fort différentes.

En fait, les avancements de toute technologie de quelque domaine que se soit sont effectués grâce aux accidents, incidents, défaillance des technologies passées et des méthodes de construction.

Il est évident que toutes les pétrolières ont comprises que les oléoducs sous-terrains demeurent la meilleure solution puisqu’ils ne sont pas perburbés par l’environnement. C’est la même chose en orient qu’au Canada et dans la région du Golf persique depuis environ une dizaine d’années. BP annonçait d’ailleurs dans son dernier rapport annuel que l’oléoduc provenant de la Mer de Beaufort et lui cause de nombreux problèmes (parce que construit il y a près de 40 ans et envahi par la rouille) devrait être reconstruit entièrement sous-terrain.

Votre calcul est donc faussé en généralisant une équation très complexe qui provient de nombreux facteurs dont l’âge, les technologies employées lors de la construction et des méthodes de construction pour chaque oléoduc, à l’époque qu’il a été construit.

Si vous prenez la peine de faire l’exercice du nombre d’accidents et incidents par tranche d’âge des oléoducs vous constaterez que le nombre d’incidents augmente selon l’âge de chacun. Ce n’est pourtant pas difficile à comprendre, les automobiles et les maisons ont de plus en plus de problèmes au gré du temps.

Le corps humain aussi d’ailleurs !

Et le nouveau pipeline, tellement sécuritaire aujourd’hui selon vous, quand il aura atteint 30, 40 ou 50 ans, est-ce qu’il sera encore aussi sécuritaire?

Je trouve votre commentaire à l’effet que les oléoducs souterrains sont la meilleure solution « puisqu’ils ne sont pas perturbés par l’environnement » très intéressante. Que voulez-vous dire au juste? Est-ce parce qu’ils sont cachés sous terre qu’ils seraient moins dommageables pour l’environnement en cas de déversement? Dans le cas de Northern Gateway, que penser d’un oléoduc enfoui sous tere dans une zone à haut risque de séisme, comme c’est le cas dans la Chaîne côtière et la côte de la CB? Est-ce qu’une fuite ne serait pas plus facile à colmater si le pipeline était en surface?

M. Roger le pipeline que veut inverser Endbrige a 38 ans d’âge, celui que TransCanada projette d’utiliser entre l’Alberta et le Québec (et changer sa vocation de transporteur de gaz à celui de transporteur de pétrole sale) a 41 ans… Ce ne sont donc pas des oléoducs de 2015! Donc toute votre argumentation est faussée dès le départ!

Merci pour cette intéressante projection. Par contre je ne saisis pas bien votre propos quand vous dites que « La question des garanties financières est cruciale ». Vous savez qu’en cas de déversement important dans le Saint-Laurent ou un de ses affluents, pour ne prendre que cet exemple, seule une petite fraction du pétrole déversé pourrait être nettoyé. Quelle somme d’argent pourrait réparer la pénurie d’eau potable, la possible dégradation de la qualité de l’eau potable à long terme, la destruction de l’écosystème, la perte de qualité de vie des riverains victimes de marée noire, la perte de valeur foncière pour les citoyens et les municipalités, la perte de réputation du Saint-Laurent comme destination touristique et la perte de revenus que le Québec au complet subirait de ce fait, y compris Montréal?… Aucune garantie financière ne saurait être à la hauteur. Le Canada produit déjà deux fois plus de pétrole qu’il n’en consomme. Rien ne justifie la construction d’une infrastructure qui permettrait d’augmenter encore cette production.

Mlle Dupuis

Considérez que des infrastructures pétrolières sur le fleuve existent depuis 70 ans. Le port de Montréal pour l’approvisionnement en brut des pétrolières de Montréal-Est et le quai de Québec en sont de bons exemples puisqu’il n’y a jamais eu d’accidents.

Un oléoduc qui transite sous une rivière importante et fleuve doit selon les normes établies, avoir trois parois qui permettent de contenir plusieurs milliers de gallons de pétrole. Ce tronçon triple débute un certain nombre de kilomètres en aval et en amont du cour d’eau et les équipements de détections sont, elles aussi, triples sinon plus. Les communications entre ces tronçons sont par fait par câble téléphonique et par voie aérienne (réseau cellulaire) afin de s’assurer toute défaillance.

Les problèmes sont beaucoup plus aigus lorsqu’il s’agit de production telle que celle de l’Ile d’Anticostie par fracturation par-dessus le marché, où les déversements ne peuvent être protégés car peu émerger de failles bien au-delà des puits et être directement sous le St-Laurent.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’oléoduc sera souterrain et ne pourra que difficilement être endommagé par des emmerdeurs qui n’ont rien d’autre à faire que de saboter les infrastructures.

Plusieurs rapports de l’Association International de l’énergie dénote depuis près de vingt années, de plus en plus de défaillances dus au sabotage dont les nombres démontrent une augmentation inquiétante depuis 10 ans et obligé les pétrolières à enfouir sous terre les oléoducs pour les diminuer.

Les citoyens veulent avoir du pétrole pour leur véhicule mais ne veulent pas qu’il transite par oléoduc ni par bateau, faudra bien se faire une idée. Le syndrome du “pas dans ma cour” a atteint ses limites il y a bien longtemps. Malgré toutes les précautions du monde, rien ne peu garantir un déversement, mais les technologies ont largement avancées depuis une décennie pour garantir une meilleure sécurité.

Je sors de chez moi…combien d’accidents en vue?

Le risque zéro n’existe pas. Dans n’importe quel domaine. Point.

Cet article pour faire peur au monde est digne des bonhommes sept heures.

Nous sommes de très gros consommateurs de pétrole au Québec et les choses ne sont pas près de changer et oui, il y a des risques tout comme il y en a à cuisiner chez soi. Va-t-on nous en empêcher?

Ça dépend toujours si ta cuisine est si insécure que tu risques de mettre le feu à la maison. Il y a des normes, elles doivent être respectées.

« Il y a des normes, elles doivent être respectées. » (sic)

D’accord avec vous et elles existent également dans le transport de pétrole. Mais ces dites normes ne garantissent pas le risque zéro. Il y a eu et il y aura toujours des feux de cuisine. Tout comme de l’écoulement de pétrole ou d’enfants qui se blessent dans un parc dit « sécuritaire ».

Quoique l’on fasse et/ou dicte, il y aura TOUJOURS des risques mais tenter de faire d’un risque minime une norme pour ensuite « faire peur au monde » et ainsi faire avancer sa cause somme le fait l’auteur de ce blogue frise la mauvaise foi.

Pourquoi une fuite n’est pas immédiatement colmattée? Probablement parce que la perte financière (ou le manque à ganger) est plus grand lors de l’interruption du flot de pétrole que le coût du nettoyage partiel… Imaginez 1.1 million de barils par jour! Combien coûtera l’arrêt du pompage pendant quelques heures ou quelques jours…

Le problème du temps de réaction est dû au fait du tracé de l’oléoduc. Il faut que le personnel, qui n’est pas nécessairement près d’une brèche s’y rende, en partie par la route, et l’autre par hélicoptère pour aller constater quel type de problème il s’agit et envoyer le plus rapidement possible les informations à l’équipe la plus proche qui doit s’assurer d’avoir en main tout le matériel et équipement pour colmater ou réparer la brèche.

Cette deuxième étape exige encore plus de ressources puisqu’il faut faire parvenir le matériel et équipement sur les lieux ainsi que le personnel qualifié pour y parvenir.

Plusieurs pensent que tout ce beau monde et tous ces équipements et matériel existent pour chaque kilomètre d’un oléoduc.

Seul le transport par hélicoptère est tout un problème au Canada et les équipes les plus proches doivent souvent s’éloigner de la brèche pour utiliser un service d’hélicoptère adéquat car le poids du matériel et des équipements ne peut être transporté que par un hélicoptère qui peut les transporter.

La température est aussi un facteur aggravant dans de telles circonstances puisque les hélicoptères qui transportent le matériel et les équipements doivent le faire en les accrochant en dessous ce qui rend les manoeuvres très difficiles, voire impossible s’il y a des vents en rafales ou si de la neige avec rafales viennent s’y ajouter.

Il ne faut pas oublier que l’oléoduc a un trajet à l’extérieur des villes afin de ne pas avoir des fuites dans des zones habités où la nappe phréatique serait en danger et ennuierait un très grand nombre de personne.

Les Américains du Nord-Ouest critiquent le passage de l’oléoduc canadien (Keystone) sur leurs terres pendant que des milliers de puits de pétrole par fracturation hydrauliques sont présents dans le paysage. Trouvez l’erreur, elle n’est pourtant pas difficile à voir, c’est la notion de bonne foi qui est au centre de tout ce cacofouillage (sic) insensé.

Il est certain qu’il y aura des accidents. L’industrie de l’aviation est l’exemple ultime en ce qui concerne la sécurité avec ses normes très strictes, ses systèmes redondants et les faramineux dédommagements qu’elle doit payer en cas de catastrophe. Pourtant, malgré que ce soit le moyen de transport le plus sécuritaire, des accidents se produisent encore aujourd’hui. L’autre chose qui est certaine c’est que dès qu’un accident se sera produit, tous les promoteurs du transport du pétrole auront disparu et qu’il ne restera plus personne d’autre que les victimes pour réparer les dégâts et les avocats des compagnies pour contester tous les recours intentés. C’est ainsi que les contribuables québécois se sont retrouvés, en temps d’austérité, seuls à Lac Mégantic même si les règlements du transport sont de juridiction fédérale. Plusieurs années ont passé depuis l’explosion de Deep Water Horizon dans le golfe du Mexique et les avocats des compagnies responsables continuent de retarder le règlement du litige pendant que les riverains ont dû dès les premiers jours absorber les pertes causées et s’adapter à vivre dans un milieu irrémédiablement pollué. Parions que le jour où les risques pour les propriétaires des compagnies qui jouent avec le pétrole seront aussi grands que ceux encourus par les victimes potentielles, les projets de ce genre seront beaucoup moins nombreux et surtout beaucoup plus sécuritaires.

Totalement d’accord,
Il est autant, sinon plus, question du comportement des compagnies que du comportement des technologies. Les corporations n’ont qu’un seul objectif associé à leur survie : la profitabilité et ne rendent compte qu’à une seule entité : l’assemblée des actionnaires. Partant, toute analyse sérieuse d’un projet énergétique doit nécessairement envisager, au premier degré : l’absence de toute contribution financière corporative notable en cas de catastrophe, la multiplication des recours afin d’affaiblir les victimes et toute sorte d’autres agissements visant à réduire les impacts sur le bilan comptable. Évidemment, le citoyen concerné se tourne notamment vers sa municipalité et les pouvoirs publics supérieurs(Fédéral et Provincial) qui négligent à mettre en place des institutions musclées aptent à protéger le public et l’environnement ou interviennent dans le mandat ou la portée des actions de celles qui le font déjà. (Voir notamment sur le site Web de l’Union des municipalités du Québec, la résolution adoptée par les maires de l’Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent lors de son assemblée annuelle le 23 juin dernier. Un constat alarmant d’insuffisance réglementaire (point 1) afin de prévenir et d’impuissance financière (point 2) afin de faire face à une catastrophe.)
36 ans après Amoco Cadiz, 30 ans après Bhopal, 25 ans après Exxon Valdez, après Tchernobyl, Fukushima, Deepwater Horizon. 10 ans après le projet insensé et avorté de justesse d’implanter un terminal méthanier(Projet Rabaska) sur les terres à haute valeur patrimoniale sur la rive-sud en face de la ville de Québec, et un jour, on dira 25 ans après Mégantic, statistique ou pas, on peut bien se convaincre que la technologie et les façons de faire ont évolué mais, il est encore impossible de se convaincre de l’évolution du comportement corporatif ou de celui des élites censés nous représenter et nous protéger. Et, en gros, c’est cela qui tuera dans l’oeuf tout projet, notamment en transport, d’énergie fossile. Au revoir Oléoduc.

Le zéro risque n’existe pas et la technologie s’est tout de même améliorée. On ne devrait pas oublier que le pipe-line Portland-Montréal a été construit à la va-vite durant la deuxième guerre pour alimenter les six raffineries de Montréal et échapper aux sous-marins allemands et mis en service en 1941. Le port de la ville de Portland est devenu le plus gros port de pétroliers dans l’est de l’Amérique. Combien d’accidents graves? Combien de déversements dans les rivières traversées?

Si le transport de pétrole ne se fait pas par pipeline, il se fera par le train. Est-ce plus sécuritaire par train ou par pipeline?

Je suis à peu près convaincu que le pipeline est plus sécuritaire. Il ne passe pas dans le milieu des villes et des accidents comme Lac Mégantic ne peuvent pas se produire.

Faudra un jour choisir entre ces deux options, et arrêter de faire de l’angélisme en essayant de croire que notre consommation de pétrole peut diminuer.